SPEECHES Discours de S.E AZALI Assoumani Président de l’Union des Comores, Président en exercice de l’Union Africaine, à la 36ème Session Ordinaire de l’Union Africaine

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  • Majestés, Excellences, Mesdames, Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement, Chers Collègues,
  • Monsieur le Président de la Commission de l’Union Africaine,
  • Le Premier Ministre de la Palestine,
  • Messieurs les Secrétaires Généraux des Nations Unies et de la Ligue des Etats Arabes,
  • Mesdames, Messieurs les Ministres,
  • Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs et Chefs de délégations,
  • Mesdames, Messieurs,

Je voudrais, à l’entame de mon propos, présenter, tout d’abord, en votre nom à tous et au nom de toute l’Afrique, nos condoléances attristées, ainsi que notre profonde compassion, aux peuples frères de la Turquie et de la Syrie, suite aux séismes meurtriers qui ont secoué leurs pays, faisant des dizaines de milliers de morts et des dégâts matériels immenses.

Je vous demande de bien vouloir vous joindre à nous, pour observer une minute de silence, en mémoire des nombreux disparus.

Je voudrais, ensuite, adresser, avec beaucoup d’émotion, mes très sincères remerciements, aux membres du Bureau de l’Union Africaine qui viennent de faire un grand honneur à mon pays, l’Union des Comores, en lui confiant, et ce pour la première fois de son histoire, les destinées de notre Organisation continentale.

Je remercie, en outre, mes Chers Collègues, Frères et Sœurs des pays d’Afrique de l’Est pour avoir soutenu ma candidature à cette noble fonction et plus particulièrement Mon Cher Frère, le Président William RUTO qui a eu l’élégance de retirer la candidature de son beau pays, le Kenya, à ce poste, ce qui permet, aujourd’hui, l’accession historique de l’Union des Comores à cette noble fonction.

J’ai d’autant plus conscience de cet honneur que mon pays, incarnation même d’un Etat Insulaire en Développement, n’a accédé que tardivement à l’indépendance, avec une superficie très réduite et une population de moins d’un million d’habitants.

En permettant à l’Union des Comores, de diriger le continent africain, notre Organisation vient de prouver au monde, sa conviction que tous les pays ont les mêmes droits et jouissent des mêmes libertés.

Ainsi, en succédant, dans cette enceinte sacrée, à mon Frère le Président Macky SALL, en qualité de Président en exercice de l’Union Africaine, c’est avec le poids de la responsabilité continentale sur mes épaules, que j’entends assumer, à compter d’aujourd’hui, les fonctions de Président de l’Union Africaine, en cette 36ème Session ordinaire.

Il ne sera pas facile de lui succéder, mais je ferai de mon mieux pour poursuivre son œuvre et, entre autres, en privilégiant comme il a toujours su le faire, le dialogue, l’écoute et le rassemblement, conditions indispensables pour faire de ce mandat, celui du succès de notre Continent.

Permettez-moi ensuite, d’exprimer, au nom de toutes les délégations ici présentes, notre profonde gratitude aux très hautes autorités et au peuple éthiopiens, pour l’accueil chaleureux et fraternel, qui nous a toujours été réservé, dans cette belle capitale d’Addis Abeba, la « Nouvelle fleur ».

Une nouvelle fleur qui a toujours exhalé, aux quatre coins du continent et du monde, le parfum de nos ambitions communes, pour notre mère patrie, l’Afrique.

Majestés, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de saisir cette opportunité, pour saluer la mémoire des Pères fondateurs de l’Afrique, Kwame Nkrumah, Léopold Sedar Senghor, Sékou Touré, Modibo Keïta, Kenneth Kaunda, Sylvanus Olympio et tant d’autres encore.

Certes, les temps ont changé, toutefois, ces modèles idéologiques qui incarnent l’idéal d’intégration africaine, continuent toujours d’inspirer nos pensées, nos actions et la marche du continent.

Dans cet esprit, je voudrais aussi rendre hommage à toutes celles et à tous ceux qui ont contribué, en 1999, à l’élaboration de la Déclaration de Syrte, quia jeté les bases d’une Union Africaine moderne, visible, lisible et audible, disposant à sa tête, d’une autorité morale et politique, incarnée par un Président en exercice.

C’est cette autorité, que le Président Macky SALL a porté avec dignité et discernement, pendant ces douze derniers mois.

 Cher Macky, vous avez plaidé inlassablement pour la paix et l’intégration africaine, pour la défense des intérêts de notre continent, dans la gouvernance politique, économique et financière mondiale.

Vous avez réussi, à créer le consensus autour de l’accession de l’Union Africaine, au rang de membre, de plein droit, permanent, du G20.

Merci, Cher Macky, pour ce bilan éloquent, qui vous honore, qui honore le Sénégal, et qui continue à honorer le continent africain, dans son ensemble !

Je remercie également notre Cher Frère, Son Excellence Moussa Faki, Président de la Commission de l’Union Africaine, et l’ensemble de ses collaborateurs, pour leur travail assidu et leur investissement remarquable, en faveur de notre organisation.

Honorable assistance,

Le monde, et nos pays en particulier, traversent aujourd’hui, une période trouble, instable, et à bien des égards, imprévisible.

Alors que nos pays sortaient à peine, de la plus grave crise sanitaire qu’ait connue le monde, la COVID-19, ils subissent de plein fouet, les conséquences de cette nouvelle crise russo-ukrainienne.

Durant l’année 2022, la croissance n’a pas dépassé les 3%, alors que les taux de natalité, notamment en Afrique, demeurent très élevés, absorbant sans trêve, les efforts consentis par les Etats, en matière sociale et infrastructurelle.

22 Etats africains sont aujourd’hui, selon la Banque Mondiale, en situation de détresse au regard de leur dette, et concentrent une part notable, des mille soixante-quatorze milliards de dollars, de dette extérieure du continent.

Pour une viabilité de la dette africaine, nous exhortons la mise en place d’un cadre commun de règlement de cette dette, qui sera plus inclusif, y intégrant les créanciers bi et multilatéraux, et aussi les créanciers privés, avec un soutien renforcé du FMI.

Nous saluons, dans ce sens, le rôle important qu’a joué la Directrice générale du FMI, Madame Kristalina Georgieva, qui, ces dernières années, a soutenu les pays africains, notamment en matière de gestion et de restructuration de la dette mais aussi de coordination, entre les créanciers bilatéraux, à travers l’Initiative de Suspension, du Service de la Dette et le Cadre Commun.

Nous plaidons, pour une annulation totale de la dette africaine, pour permettre une relance de l’économie Post Covid et nous permettre de faire face, aux impacts négatifs, de la crise en Ukraine.

Cette crise complexe, économique et multiforme génère aussi une insécurité alimentaire, très préoccupante. Par son acuité, elle menace de renvoyer le continent, à des scénaris de malnutrition ou de famine, d’une ampleur inégalée, depuis le début de ce siècle.

Si l’on y rajoute les insuffisances de notre capital humain, à commencer par l’éducation et la formation des jeunes, la santé mais aussi l’accès à l’eau et à l’électricité, l’Afrique risque de voir remises en cause, ses principales avancées, depuis deux décennies.

Les remèdes ne sont pas simples, ils nécessitent des politiques concertées, au niveau national, régional et continental pour créer le mouvement vertueux qui nous permettra de sortir de l’ornière.

Si la guerre s’est à nouveau invitée sur le territoire européen, l’ombre de ce conflit fratricide, risque de ruiner et déstabiliser notre continent.

Face à cette situation critique, et comme nous l’avons fait, en pleine crise sanitaire de COVID-19, la solidarité doit toujours prévaloir.

J’invite alors nos partenaires européens à mobiliser massivement le fonds de partenariat, de 150 milliards d’euros, mis en place lors du Sommet Union Européenne-Union Africaine, de février 2022, pour appuyer notre continent.

 J’entends d’ailleurs porter, incessamment, cette demande légitime, auprès du Président du Conseil européen, qui a toujours affiché son attachement, au développement de notre continent.

Honorable assistance, Mesdames et Messieurs,

Dans le cadre des responsabilités que vous venez de me confier, j’entends, sur les questions très importantes auxquelles fait face notre continent, me fixer une mission essentielle, qui constitue d’ailleurs le thème de l’année, à savoir l’accélération de la mise en œuvre de la Zone de Libre Echange Continentale Africaine (ZLECAf).

Nous plaçons collectivement, beaucoup d’espoir dans cette ZLECAf, que notre Organisation a lancé en 2021// et qui peut apporter des solutions idoines//à nos problèmes.

D’ailleurs, grâce à l’impulsion finale du Sommet de l’Union Africaine, sur la diversification économique en Afrique et du Sommet Extraordinaire, sur la Zone de Libre-échange du 25 novembre dernier à Niamey, cette Zone de Libre-échange est désormais mise en place et ratifiée par 46 de nos pays, et j’encourage le reste de mes Pairs, à bien vouloir la ratifier, également.

Il appartient donc à chacun de nos Etats signataires, de créer, à son tour, les conditions normatives nécessaires, pour que cet outil exceptionnel serve réellement de levier, au commerce intra-africain et à son développement, car celui-ci demeure très insuffisant, à hauteur de 17% des échanges continentaux, tout comme la part de l’Afrique, dans le commerce mondial, qui stagne à 4%.

Sans cet engagement au réalisme de tous, la Zone de libre-échange serait condamnée, à rejoindre la longue liste des occasions malheureusement manquées.

Cela, nous ne pouvons pas nous le permettre, car nos peuples et nos entreprises, attendent avec impatience, la concrétisation de l’Agenda 2063.

Honorable assistance,

Nous devons accorder une grande importance à la paix et à la sécurité et surtout, chercher à les consolider, par la prévention et la négociation.

Notre continent compte de trop nombreux conflits internes. Ceux-ci ont entaché la confiance dans la capacité des institutions continentales à les prévenir et à y mettre fin, avec les conséquences qui en découlent.

 Le bilan estimatif de ces conflits internes atteint, depuis les indépendances, le chiffre effrayant de cinq millions de victimes. S’y rajoute le poids des déplacés internes qui atteignent, aujourd’hui 36 millions, soit 44% des personnes déplacées dans le monde.

Au-delà de la tragédie que constitue pour chaque exilé, la perte de sa famille et de ses biens, l’ampleur du phénomène représente un défi colossal, pour nos pays. Défi logistique, sanitaire, éducatif et financier, mais aussi, défi en termes de sécurité.

Nous savons, en effet, que c’est de la détresse humaine que naissent l’amertume et le désespoir qui constituent, à leur tour, l’un des terreaux des fléaux meurtriers, en particulier le terrorisme.

A cet effet, j’entends appuyer autant qu’il me sera possible, les efforts entrepris par le Conseil de Paix et de Sécurité, en faveur de la prévention des conflits et en appui aux processus d’interposition des forces panafricaines et de DDR sur le terrain. Je félicite mon Frère Aby pur les efforts qu’il déploie, dans ce sens.

Nous ferons également de notre possible pour que les deux Etats, la Palestine est Israël, puissent vivre en paix, avec Jérusalem comme Capitale de la Palestine.

J’entends, aussi, contribuer et faire en sorte que l’Union Africaine, soit un acteur engagé au service d’un multilatéralisme, pour la paix.

Mais parce que le multilatéralisme repose aussi sur le principe de l’équité, je me ferai aussi le relais du milliard deux cent millions d’Africains que nous sommes, pour plaider inlassablement, en faveur du droit de notre continent à siéger, de façon permanente, au Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Nous devons également nous atteler avec plus d’énergie à la question climatique. En effet, bien que l’Afrique ne soit responsable que de 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, le changement climatique affecte, de façon de plus en plus visible, la vie de notre continent.

Il imprime notamment, sa marque dans de nombreux conflits liés aux ressources naturelles. Sur cette question, éminemment stratégique du climat, l’Union Africaine devra donc continuer de faire entendre sa voix, dans le concert des nations, comme elle l’a fait avec succès, à la COP27, grâce à notre Frère, le Président Macky SALL. Nous devons d’ailleurs nous préparer pour réussir également la prochaine COP.

Notre continent abrite 8 des 34 principales réserves de biodiversité mondiale. Le bassin du Congo est avec l’Amazone, le second poumon en oxygène de notre planète.

L’adoption par la COP27, de la compensation des dégâts causés par le changement climatique déjà subis par les pays les plus pauvres, résolution dite des « pertes et dommages », doit alors se concrétiser rapidement.

Je saisis ici l’occasion qui m’est donnée, pour rendre hommage au parcours historique exceptionnel des Etats Insulaires en Développement, dont mon pays fait partie.

Grâce au plaidoyer de ces Etats Insulaires et des organisations régionales du continent, l’Afrique s’est souvenue aussi qu’elle avait 26.000 kilomètres de littoral.

Elle a réalisé l’importance de sa contribution à notre sécurité et à notre souveraineté alimentaire. Elle a pris conscience que l’économie bleue de l’Afrique devrait générer 405 milliards de dollars en 2030 et représenter ainsi une part considérable du PIB continental.

Lors de la prochaine Conférence des Nations Unies qui sera consacrée, à la fin de cette année, à la Grande Muraille Bleue, l’Afrique devra donc présenter, par la voix de notre Organisation, un front uni et des propositions concrètes dans ce domaine essentiel pour l’avenir de nos peuples.

En tant que Président de l’Union Africaine, j’entends être à la pointe de ce combat.

Il faut reconnaitre aussi que si ce combat est appuyé par l’utilisation à bon escient, du numérique qui est incontournable, dans tous les domaines, dans tous les métiers, même les plus traditionnels, il intensifiera notre capacité à relever davantage la croissance, pour le bien-être des populations.

Nous devons, enfin, veiller à promouvoir l’autosuffisance sur notre continent.

Il n’est pas normal que l’Afrique soit largement tributaire des importations, en dépit de toutes les richesses naturelles et humaines dont elle regorge.

Notre continent peut et doit, se donner les moyens de produire suffisamment, et de pouvoir transformer et stocker ses produits, afin de se préparer aux statistiques qui prévoient que l’Afrique puise devenir, incessamment, le plus grand marché du monde.

A l’instar de la COVID-19, la crise russo-ukrainienne a montré la nécessité pour nos pays, de sortir du cycle de la dépendance, en prenant, à bras le corps la question de la promotion de la production alimentaire et surtout, en allant dans le sens de la Déclaration de Dakar, sur la Souveraineté Alimentaire et la Résilience.

Il est temps de multiplier les négociations avec les Organisations concernées et notamment la BAD, qui ne ménage aucun effort pour accompagner le secteur agricole en Afrique, afin d’obtenir les semences et les intrants, à cette production, mais aussi renforcer les capacités de nos pays dans un domaine important qui est celui de l’agriculture.

Permettez-moi de saluer ici le travail exceptionnel que notre Frère, le Président Akinwumi Adesina, a pu accomplir, dans ce sens.

Mais il faut aussi et surtout intéresser nos jeunes aux métiers et plus particulièrement ceux de l’Agriculture qui ont un très grand potentiel et qui permettront à nos pays de sortir de la pauvreté, de la famine, de la malnutrition et de la dépendance.

Il est, en effet, essentiel de former et occuper ces jeunes, afin de les empêcher de devenir les otages des extrémistes de toutes sortes, qui menacent la paix et la stabilité de nos pays, à travers leurs actions terroristes.

Majestés, Excellences, Mesdames et Messieurs,

L’Afrique fait face à des défis immenses. Nous serons dans quelques années, 3 milliards d’habitants sur ce continent qui n’en comptait pas encore un seul, en l’an 2000.

C’est à nous, qu’il incombe de tracer les perspectives et d’apporter les réponses pour que l’Afrique de demain soit une Afrique prospère et porteuse d’espoir.

Agissons alors, pour l’épanouissement et le renforcement des droits des femmes, qui comptent parmi les responsables de l’Afrique d’aujourd’hui et de demain.

Des femmes qui donnent la vie, assurent au quotidien l’éducation des enfants, la transmission des valeurs culturelles et familiales et occupent une place toujours plus grande dans la création de richesses sur notre continent.

Des femmes qui méritent que nous nous impliquions davantage dans les efforts que déploie notre organisation en vue de leur égalité de droits avec les hommes mais aussi de leur autonomisation pour plus de développement sur notre continent, d’où l’importance de coordonner nos actions dans ce sens et notamment l’harmonisation de nos politiques sur le genre.

Majestés, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Je ne peux manquer de rendre hommage à l’engagement de nos Collègues, Champions, qui portent à cœur la cause africaine, en veillant à l’aboutissement des hautes missions que nous leur avons, tous ensemble, confiées.

Au moment de conclure mon allocution, je veux vous assurer que la défense et la promotion des intérêts de notre continent sera, tout au long du mandat qui m’échoit, au cœur de mes préoccupations.

 Avec le soutien des membres de notre Bureau et celui de vous tous, Majestés, Excellences, Mesdames et Messieurs, je ne doute pas que nous parvenions ensemble, à écrire une nouvelle page de l’histoire de notre Organisation.

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Vive l’Afrique !

Vive l’Union Africaine !

Vive la solidarité Internationale !

Je vous remercie.


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