L’échiquier politique sénégalais vient de connaître un basculement majeur. Quelques jours seulement après son limogeage surprise du poste de Premier ministre, le leader du parti PASTEF, Ousmane Sonko, a été élu ce mardi 26 mai 2026 au perchoir de l’Assemblée nationale. Un retour retentissant au premier plan qui redéfinit l’équilibre des pouvoirs au sommet de l’État.
Un plébiscite sur fond de boycott de l’opposition
Ousmane Sonko succède à El Malick Ndiaye, démissionnaire deux jours plus tôt, pour devenir le 14e président de l’institution parlementaire. Le vote s’est soldé par un score sans équivoque : 132 voix sur 165 sièges.
Toutefois, cette élection s’est déroulée dans une atmosphère électrique. Une trentaine de députés de l’opposition ont purement et simplement boycotté la séance, contestant vigoureusement la légalité de la réintégration d’Ousmane Sonko en tant que parlementaire. Élu lors des législatives de novembre 2024, il avait en effet suspendu son mandat pour diriger l’exécutif, une fonction qu’il a quittée le 22 mai dernier par décret présidentiel. Pour l’opposition, cette manœuvre s’apparente à une « mascarade ».
La fin de l’« hyper-présidentialisme » ?
Dès son installation officielle, le nouveau président de l’Assemblée nationale a donné le ton dans un discours très offensif, n’hésitant pas à égratigner son ancien allié, le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye. Ousmane Sonko a ouvertement regretté que le PASTEF (parti majoritaire avec 130 sièges) n’ait pas été consulté pour la formation du nouveau gouvernement dirigé par le technocrate Ahmadou Al Aminou Lô. « On ne peut pas faire du PASTEF sans le PASTEF », a-t-il martelé à la tribune.
Tout en promettant qu’il n’utiliserait pas sa nouvelle fonction pour « organiser le chaos institutionnel » ou mener une « vendetta personnelle », Ousmane Sonko a prévenu que l’hémicycle ne se plierait plus aveuglément aux volontés du palais présidentiel : « L’Assemblée nationale ne sera pas une chambre d’enregistrement. Elle usera de manière responsable de tous les leviers de contre-pouvoirs. »
Vers une cohabitation inédite
Ce retour en force place Ousmane Sonko comme la deuxième personnalité de l’État. En affichant sa volonté d’exercer un contrôle strict sur l’exécutif ; notamment sur les questions économiques sensibles de la gestion de la dette ; il ouvre une période d’incertitude pour le président Bassirou Diomaye Faye.
Alors que le pays traverse des zones de turbulences économiques, le chef de l’État devra désormais composer avec un contre-pouvoir parlementaire fort, mené par son propre ex-mentor. La rupture politique est consommée, et le Sénégal entre officiellement dans une ère de gouvernance complexe et hautement surveillée. Consulter l’analyse sur la nomination du nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô.
Jean Paul ONANA















