Gabon : A quoi joue la France ?

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En perte de vitesse diplomatique sur le continent, la France a tôt fait de fustiger le Président de la Transition gabonaise pourtant assimilé à un véritable messie dans ce pays de l’Afrique centrale où elle croyait encore manipuler l’opinion mais en réalité, perpétuer le pillage sans vergogne des ressources naturelles et minières de ce pays où elle installa une dynastie quand bien même les aspirations démocratiques du peuple exigeaient un ancrage démocratique adossé autant sur la redistribution équitable des revenus publics que sur une accession à la magistrature suprême transparente , reflétant les aspirations populaires.Voguant ainsi à contre-courant, la France étale aux yeux du monde son incapacité à s’arrimer à la nouvelle vision africaine du pouvoir, de moins en moins encline à accorder à quelque puissance étrangère, fut-elle, ancienne colon ou tuteur la clause de la Nation favorisée ou plus exactement à adhérer à une France-Afrique revisitée. Celle qui entretint des potentats à l’autel de ses intérêts au détriment de ceux des populations prétendument souveraines mais assujetties à un néocolonialisme inhibiteur de toute aspiration à la liberté fondamentale. Et plus d’un demi-siècle après les indépendances, la même France voudrait faire croire aux Africains qu’elle reste leur maître à penser et surtout à décider de leurs gouvernants. A preuve, comment comprendre cette diplomatie à double vitesse pourrait-on la qualifier entre les relations entretenues avec les juntes militaires de la Cedeao et celle du Gabon aujourd’hui vilipendée lors que dans le même temps la population l’a littéralement adoubée.

Déphasage révélateur

Analyse faite, autant la France croit disposer à loisir de l’uranium nigérien, autant elle se trompe lourdement en ce qui concerne le pétrole et le bois gabonais qui devront plus que jamais constituer le socle du développement socioéconomique de ce pays qui n’a que par trop souffert de la gabegie institutionnelle de la famille Bongo qui près de 60 ans durant s’est approprié le Gabon, le transformant en une sorte d’épicerie familiale avec une gestion des plus calamiteuse, ou plus exactement à l’emporte-caisse. Une situation contre laquelle la France ne se sera guère insurgée, tant que ses intérêts étaient saufs. A preuve alors que la sait prompte à tirer à boulets rouges sur les processus électoraux en Afrique, le Gabon fait plutôt office de bon élève quand bien même elle avalisait de fait en réalité un coup de force constitutionnel avec la parodie d’élection présidentielle qui emporta finalement son légume, Ali Bongo Ondimba, affaibli par la maladie et manipulé à dessein par des gourous et autres conseillers toxiques battant pavillon français. Sinon, comment comprendre qu’Acrombesi ait réussi à être le véritable interlocuteur des partenaires du Gabon qui ne manque pourtant pas de ressources humaines aguerries et plutôt rompues à la tâche ? L’évocation de cet épisode de la vie publique gabonaise est loin d’être anodine car, elle étale en réalité au grand jour les couloirs nauséabonds des relations franco-gabonaises plutôt empreintes d’hypocrisie et de clientélisme de mauvais aloi. Comme pour le démontrer, la France s’est accommodée d’élections générales bâclées et marquées par le bâillonnement de l’expression assorties d’une fermeture des frontières et du black-out médiatique. Autant d’incongruités qui en temps normal sont reprises en boucle par divers média français mais qui pour le cas du Gabon seront restés cois.

A qui étaient destinées les liasses d’euros ?

Pour bizarre, au plus fort de la débandade qui s’empara des proches de la famille Bongo, celle-ci crut devoir amasser en toute vitesse les réserves de change pour s’offrir quelque exil doré. Mais des indiscrétions plutôt recueillies à bonne source révèlent plutôt que cet argent était plutôt destiné à des officiels français pour restaurer le potentat Bongo au travers des forces françaises stationnées dans ce pays. Dans tous les cas, que des proches de cette famille aient été interpellés et incarcérés pour haute trahison doublée d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Autant dire des putschistes qui oeuvraient sous le paravent de la présidence de la République Gabonaise. Et, déjouant dès lors ce sombre dessein, le Général Brice Oligui Nguema bénéficie à juste titre de l’adoubement populaire qui est le sien et ne saurait s’écarter de son engagement à mener le Gabon vers la terre promise. A preuve aussitôt installé comme président de la transition ses premiers engagements furent la gratuité de l’école, la régularisation des pensions des retraités et surtout l’accompagnement de la presse locale à laquelle il remit des moyens logistiques conséquents pour se mouvoir valablement dans l’exercice de ses fonctions d’information. Toutes choses qui viennent inéluctablement en rajouter à la popularité desdits militaires qui ont immédiatement formé un gouvernement majoritairement civil avec de fortes têtes de l’opposition, question de mettre définitivement un terme au frustrations essuyées en leur temps par ces leaders politiques sacrifiés à l’autel du népotisme et du clientélisme de la Dynastie Bongo. Dynastie à laquelle la France ne fait guère allusion, préférant plutôt traiter les libérateurs du Gabon en putschistes «désabusés par un égocentrisme certain», selon certains média français. Et comme si cela ne suffisait pas, le protégé d’hier est aujourd’hui voué aux gémonies et assimilé à un véritables pestiféré.

Un zorro dépassé

Pour avoir longtemps évolué tel Zorro le libérateur des opprimés, la France se rend compte sur le tard que l’heure n’y est plus et que l’Afrique a cessé de compter sur elle pour résoudre certains de ses problèmes. Que d’aucuns aient qualifié cela de sentiment anti français exacerbé, pour notre part, cela résulte simplement de la prise de conscience sur le tard certes, mais suffisamment explicite pour démontrer la vacuité de la France dans cette Afrique qui s’est littéralement réveillée et a enfin entrepris de se prendre en mains. Que cela suscite le courroux de la France et de ses satellites africains, n’engage en rien les Africains qui doivent plutôt être fiers de leurs dirigeants actuels déterminés à tordre littéralement le cou à tous ceux qui essaient d’entraver cette dynamique nouvelle initiée avec le Mali et poursuivi par le Niger et depuis peu le Gabon.

Jean Paul ONANA


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