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DE MENOUET A SAINT-MAMMES Quand une fille du Cameroun devient maire en France et affronte le racisme

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Il y a quelques mois encore, son histoire était racontée comme une formidable illustration de la réussite d’une fille du Cameroun en France. Leslie Halleur, Princesse de Menouet et première femme maire de Saint-Mammès, victime de propos racistes : sa famille royale par la voix de son guide, Sa Majesté Aby Donfack François, dénonce et appelle au respect de la dignité humaine

Par Evarist MOHBEU

Le 15 mars 2026, Leslie Vanessa Djoufack Batoba, épouse Halleur, originaire de Menouet, à Foto dans le département de la Menoua, était élue maire de Saint-Mammès, en Seine-et-Marne, devenant ainsi la première femme à diriger cette commune, depuis sa création administrative en 1943. Le même jour, deux autres femmes de la même chefferie camerounaise étaient également élues : la Princesse Julienne Geneviève Djoufack Nangoum, conseillère municipale déléguée à Melun, et la Reine Hermine Rigaud, réélue maire-adjointe de Chevilly-Larue, pour un cinquième mandat

Trois femmes, trois mandats, une même origine : Menouet.

L’événement avait alors été salué comme un moment historique pour cette chefferie de l’Ouest-Cameroun et comme un symbole de la capacité des filles et fils d’Afrique à s’engager et à réussir au sein des institutions de leur pays d’adoption. Mais quelques mois plus tard, le récit prend une dimension beaucoup plus douloureuse. La Princesse Leslie Halleur est aujourd’hui au cœur d’une affaire judiciaire liée à des propos à caractère raciste dont elle aurait été victime dans l’exercice de son mandat de maire.

« On n’a pas besoin d’une maire noire ici ». C’est la phrase rapportée par la presse française qui a profondément marqué cette affaire.

Selon l’article publié par Actu.fr, un homme âgé de 71 ans a comparu devant le tribunal correctionnel de Fontainebleau, notamment pour des faits d’injures publiques en raison de l’origine, de l’ethnie, de la nation, de la race ou de la religion, ainsi que pour des faits concernant l’orientation sexuelle et des violences présumées. Leslie Halleur a témoigné à l’audience du 21 septembre 2026 en qualité de partie civile. À l’issue de cette audience, la maire de Saint-Mammès a déclaré : « Je veux qu’on traite les gens par leurs compétences, pas leur couleur de peau ou leur orientation sexuelle. Ça me désole de devoir se battre pour ça en 2026. »

Une déclaration qui résume à elle seule l’essentiel du problème. Car derrière le titre de maire, derrière la fonction élective et derrière les appartenances familiales, il y a avant tout une femme qui demande à être considérée pour son travail, ses compétences et son engagement.

La famille royale de Menouet monte au créneau

Face à cette situation, la Famille Royale de Menouet, dans le Groupement Foto à Dschang, n’a pas souhaité rester silencieuse. Dans un communiqué daté du 25 septembre 2026, Sa Majesté Fowamenouet, Aby Donfack François, Chef de la Famille Royale de Menouet, exprime la profonde indignation de la Cour Royale et apporte son soutien à sa petite-fille.

La famille royale rappelle que Leslie est une Princesse de Menouet et souligne la fierté ressentie lorsqu’elle est devenue, le 15 mars dernier, la première femme maire de Saint-Mammès. Elle dénonce aujourd’hui les propos racistes rapportés et affirme rester « debout aux côtés de sa fille », tout en indiquant qu’elle demeurera attentive à la suite de la procédure judiciaire.

Cette réaction n’est pas seulement celle d’une famille qui défend l’une des siennes. Elle pose une question qui dépasse largement les frontières de Saint-Mammès : Une femme noire, même lorsqu’elle est élue démocratiquement, doit-elle encore prouver qu’elle a sa place dans l’espace public ?

Une fille de Menouet au cœur de la République française

L’histoire de Leslie est également celle d’une génération de Camerounais et d’Africains dont les parcours se construisent entre plusieurs espaces culturels. Elle est Princesse de Menouet. Elle est fille du Cameroun. Elle est aussi une élue de la République française.

Son élection ne lui a pas été accordée en raison de son appartenance à une chefferie traditionnelle, mais par le suffrage des habitants de Saint-Mammès. C’est précisément ce qui rend l’affaire particulièrement symbolique. Le 15 mars 2026, les électeurs de cette commune française ont porté une femme noire à la fonction de maire. Cette élection a été présentée comme historique, puisqu’elle faisait de Leslie Halleur la première femme à exercer cette fonction dans l’histoire de cette commune.

Quelques mois plus tard, elle se retrouve confrontée à des propos qui, selon les éléments rapportés dans la presse et la procédure judiciaire, remettent en cause sa légitimité en raison de sa couleur de peau.

Le paradoxe est saisissant.

Trois femmes, un même village, trois destins français

L’histoire de Leslie ne peut être dissociée de celle de Hermine et Julienne. Ces trois femmes issues de Menouet ont été élues le même jour en France, et installées chacune le 21 mars 2021, dans trois collectivités différentes. Julienne Geneviève Djoufack Nangoum a été élue conseillère municipale déléguée pour la ville de Melun.

Hermine Rigaud, Reine de Menouet (épouse du chef), a été réélue Maire-adjointe de la ville de Chevilly-Larue, pour un cinquième mandat consécutif. Et Leslie Vanessa Djoufack Batoba devenait Maire de Saint-Mammès. Trois femmes. Trois responsabilités publiques. Une même histoire familiale.

Une même terre d’origine. Menouet. Cette coïncidence électorale avait alors été décrite comme un symbole pour le Cameroun et pour l’Afrique. Elle prend aujourd’hui une autre dimension : celle de femmes africaines qui, malgré les discriminations auxquelles elles peuvent être confrontées, occupent des responsabilités au sein des sociétés dans lesquelles elles vivent et travaillent.

« Nos racines ne sont pas un frein ». Le parcours de ces trois femmes rappelle une réalité souvent oubliée dans les débats sur les diasporas africaines. L’intégration ne signifie pas l’effacement des origines. On peut servir une collectivité française et demeurer profondément attaché à son village, à sa famille, à sa chefferie et à sa culture.

On peut être citoyenne française et conserver la mémoire de ses ancêtres camerounais. On peut porter une fonction républicaine et être simultanément Reine ou Princesse dans une tradition africaine. Ces identités ne sont pas incompatibles.

L’histoire de Leslie, Julienne et Hermine en constitue une illustration particulièrement forte. Et Leslie veut être jugée sur ses compétences. La phrase prononcée par Leslie après l’audience mérite d’être entendue bien au-delà de Saint-Mammès : « On devrait traiter les gens par leurs compétences, et non pas par leur couleur de peau ou leur orientation sexuelle. »

Elle rappelle un principe universel. Un élu peut être critiqué. Son action peut être contestée. Ses décisions peuvent être débattues. Mais la couleur de sa peau ne devrait jamais devenir un argument pour lui dénier sa légitimité. C’est précisément sur ce terrain que se situe aujourd’hui le combat de Leslie et de sa famille. Une affaire française, un message qui concerne l’Afrique. L’affaire se déroule en France, mais elle résonne au Cameroun. Elle résonne à Dschang. Elle résonne à Menouet.

Elle résonne auprès de toutes les familles africaines qui voient leurs enfants partir étudier, travailler, entreprendre ou exercer des responsabilités à l’étranger.

C’est peut-être là le véritable enseignement de cette histoire. Que Leslie Halleur n’est pas seulement une Princesse de Menouet devenue maire en France. Elle est le visage d’une génération africaine qui refuse de choisir entre ses racines et son avenir. Son parcours montre que les racines africaines peuvent voyager. Qu’elles peuvent s’enraciner ailleurs sans disparaître. Et que les filles de Menouet, princesses Reine et Princesses peuvent porter leur histoire jusque dans les institutions de la République française.

Aujourd’hui, sa famille royale se tient à ses côtés. Et derrière elle, Leslie et Sa Majesté Fowamenouet Aby Donfack François, c’est toute une communauté qui regarde cette affaire avec attention.

Evarist Mohbeu

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