Alors que le spectre du repli sur soi et des cloisonnements économiques a longtemps freiné l’essor global de l’Afrique, le Royaume chérifien dessine une trajectoire résolument inverse. Sous la vision stratégique et le leadership visionnaire de sa majesté le roi Mohammed VI, le Maroc s’est érigé en véritable locomotive d’une coopération Sud-Sud à la fois pragmatique, solidaire et agissante. En connectant son modèle de développement national aux priorités des Etats subsahariens et en s’investissant pleinement dans la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), Rabat ne se contente pas de multiplier les partenariats commerciaux : le pays réinvente les fondements de l’unité africaine, transformant le devoir de solidarité historique en un puissant levier d’émergence économique et humaine partagée.
Pour comprendre l’intensité des liens actuels entre Rabat et le reste du continent, il convient de plonger dans les pages fondatrices de l’histoire post-coloniale.
Les racines historiques : d’une diplomatie de combat à la construction institutionnelle
Le Maroc n’est pas un nouveau venu sur l’échiquier des solidarités africaines ; ses racines y sont profondément ancrées. Dès l’aube des indépendances, le Royaume s’est positionné à l’avant-garde de la défense des causes continentales.
L’acte de naissance de cet engagement moderne remonte à 1960, avec l’organisation historique de la Conférence de Casablanca, initiée sous l’égide de feu sa majesté Mohammed V. Ce sommet crucial avait réussi le tour de force de réunir les principaux leaders d’une Afrique en pleine décolonisation. Ces concertations pionnières et ces démarches diplomatiques couronnées de succès allaient directement féconder les ambitions unitaires du continent, débouchant en 1962 à Addis-Abeba sur la création de l’Organisation de l’unité africaine (Oua).
Dès cette époque, le Maroc s’est fait le devoir d’inscrire la défense des intérêts africains au cœur de sa doctrine de politique étrangère. Cet ancrage historique s’est nourri de liens séculaires, culturels et spirituels qui unissent le Royaume aux pays au sud du Sahara. Loin d’être une simple posture de circonstance, la solidarité marocaine envers ses frères du Sud relève d’une responsabilité historique partagée dans l’effort de co-développement, jalonnée par la tenue de multiples conférences interafricaines.
Le tournant stratégique : l’ère Mohammed VI et le paradigme du développement humain
Si les bases politiques étaient solidement posées, l’avènement de sa majesté le roi Mohammed VI a imprimé une accélération sans précédent et un changement de paradigme fondamental à cette vision. Depuis son intronisation, le souverain a choisi de substituer à la diplomatie traditionnelle une approche de terrain, multisectorielle et résolument tournée vers le développement humain.
Le roi Mohammed VI a ainsi multiplié les déplacements officiels et les tournées stratégiques dans de nombreuses capitales d’Afrique subsaharienne. Au-delà des protocoles, chaque visite royale a été l’occasion d’introduire une dimension novatrice : celle de l’épanouissement de l’individu comme condition sine qua non de la croissance économique. Cette doctrine repose sur une conviction profonde : le capital humain est la véritable richesse du continent.
C’est dans cette dynamique que Rabat a organisé en 2007, en partenariat avec le Programme des Nations-unies pour le développement (Pnud), la première Conférence africaine sur le développement humain. Ce forum d’envergure répondait à l’ambition marocaine de promouvoir une croissance globale, équilibrée et harmonieuse à l’échelle du continent, alignée sur les Objectifs du millénaire pour le développement (Omd). La « Déclaration de Rabat », adoptée à l’issue des travaux, a scellé l’engagement des dirigeants africains à intégrer le développement humain au cœur même de leurs stratégies et plans d’action régionaux et sous-régionaux.
En parallèle, le Royaume a mobilisé son expertise avérée dans des secteurs névralgiques et vitaux pour les populations : l’accès à l’eau potable, la modernisation agricole, le transport, la pêche, la formation professionnelle et l’éducation, sans oublier le secteur de la santé.
Autant de domaines où le Maroc ne se pose pas en donneur de leçons, mais en partenaire partageant des solutions adaptées aux réalités locales.
De l’ajustement structurel à l’ouverture mondiale : l’apprentissage de la compétitivité
La capacité du Maroc à piloter aujourd’hui cette dynamique unitaire s’appuie directement sur ses propres acquis nationaux et ses réformes intérieures. Pour exporter un modèle de réussite, le Royaume a dû d’abord transformer sa propre économie.
Historiquement, face aux mutations économiques mondiales, le Maroc a adopté dès les années 1980 un programme d’ajustement structurel rigoureux. Ce processus visait la libéralisation progressive des échanges, ainsi qu’une restructuration profonde de l’appareil productif national, permettant une allocation optimale des ressources. Fort de cette transition, le pays s’est engagé dans une politique d’ouverture internationale sans précédent.
Plutôt que de dépendre d’un seul bloc économique, Rabat a méthodiquement diversifié ses partenaires commerciaux à travers la signature de onze accords de libre-échange majeurs depuis le début des années 1980. C’est ainsi que le Royaume a conclu des alliances douanières et commerciales d’envergure : avec les pays de l’Association européenne de libre-échange (Aele) ; un accord de libre-échange bilatéral avec les Etats-unis ; un accord de libre-échange avec la Turquie ; des partenariats approfondis avec le monde arabe, à travers la Grande zone arabe de libre-échange (Gzale) ; l’accord d’Agadir ; et un traité spécifique avec les Emirats Arabes-unis.
Cette trajectoire s’inscrit également dans l’évolution des règles du commerce mondial. En effet, les pays du Sud ont longtemps bénéficié du mouvement de libéralisation dans le cadre du Gatt (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), en étant exemptés de réciprocité stricte et en profitant de régimes préférentiels. Le Système de préférences généralisées (Spg), mis en place à partir de 1971, partait du principe qu’un traitement égal entre partenaires inégaux est fondamentalement injuste. Il visait à réduire les droits de douane sur les produits manufacturés des pays en développement vers les marchés développés. En capitalisant sur ces mécanismes, tout en musclant son tissu industriel, le Maroc a appris à manœuvrer avec agilité dans les courants de la mondialisation.
La Zlecaf : le nouveau catalyseur du leadership économique marocain
Aujourd’hui, fort de cette expérience des accords de libre-échange et d’un modèle macroéconomique résilient, le Maroc projette sa puissance commerciale au service de l’intégration continentale. La signature historique, le 21 mars 2018 à Kigali (Rwanda), lors du Sommet extraordinaire de l’Union africaine, de l’Accord portant création de la Zlecaf, marque une étape décisive. Cet accord représente une évolution majeure vers la liberté économique de l’Afrique et sa transformation socio-économique globale.
Pour le Maroc, la Zlecaf n’est pas une rupture, mais la consécration logique d’une approche graduelle initiée depuis des décennies. En intégrant ce marché unifié de plus de 1,2 milliard de consommateurs, le Royaume consolide, de manière irréversible, son rôle de leader économique en Afrique.
L’analyse des échanges commerciaux marocains et des accords précédemment conclus met en lumière la forte valeur ajoutée de ce nouvel outil régional. La Zlecaf offre aux entreprises marocaines (devenues des champions continentaux dans les secteurs de la banque, des assurances, des télécommunications, du Btp et des phosphates) un marché intégré aux opportunités incomparables. En éliminant progressivement les barrières tarifaires et non tarifaires, elle permet de connecter le modèle de développement marocain aux politiques publiques des autres Etats africains, favorisant la création de chaînes de valeur régionales compétitives.
Un pont vers l’avenir : relever les défis de la mondialisation par l’unité
L’évolution de la politique africaine du Maroc démontre de façon éclatante qu’il est possible de concilier souveraineté nationale et intégration continentale. L’adhésion en cours à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cédéao) s’inscrit dans cette même volonté de densifier le maillage institutionnel et commercial du continent.
Bien entendu, cette politique d’intégration maroco-africaine constitue un véritable défi. Elle accélère l’insertion du Royaume et de ses partenaires dans l’économie mondiale, une insertion porteuse de formidables opportunités de diversification des débouchés, mais également exigeante en termes de compétitivité et de normes.
Face au « nombrilisme » et au pessimisme, qui ont parfois caractérisé les analyses sur l’Afrique, la coopération Sud-Sud, version chérifienne, apporte une réponse concrète, mesurable et ambitieuse. Sous l’impulsion du roi Mohammed VI, le Maroc prouve que l’avenir de l’Afrique se joue d’abord en Afrique. En unissant les forces économiques, en partageant les expertises et en plaçant le développement humain au centre de sa politique, le continent cesse d’être le spectateur de la mondialisation pour en devenir l’un des acteurs majeurs.
Yannick Stève TATCHIM







