Dans une correspondance datée du 13 octobre 2026 et adressée au ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense, le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga, commandant en second du groupement de gendarmerie du Sud, exprime ses inquiétudes pour sa sécurité et sollicite la possibilité de déposer devant le Tribunal militaire de Yaoundé dans le cadre de l’affaire Martinez Zogo.
Ce document, portant le cachet de réception de la Direction de la justice militaire, remet au centre des débats la question de la sécurité des témoins dans une procédure judiciaire particulièrement sensible.
Un témoin qui dit craindre pour sa vie
Dans cette lettre dont l’objet est clairement indiqué comme étant son témoignage dans l’affaire Martinez Zogo, le lieutenant-colonel Ayissi Nanga affirme être confronté à une succession de faits qui, selon lui, menacent sa sécurité et celle de ses proches.
L’officier évoque notamment une expédition menaçante ainsi qu’une tentative d’homicide dont il affirme avoir été victime à Ebolowa, dans la nuit du 19 au 20 août dernier. Il fait également état de faits de surveillance qu’il attribue à des individus inconnus, lesquels chercheraient, selon ses déclarations, à influencer sa conduite devant la juridiction militaire.
Dans sa correspondance, il affirme par ailleurs que certaines personnes exerceraient des pressions sur lui au moyen de menaces et de promesses, dans le but de le dissuader de déposer devant le tribunal.
Ces accusations, formulées par l’officier dans son courrier, restent à confronter aux éléments de preuve et aux vérifications des autorités compétentes.
Une demande de comparution dans un procès très sensible
Au-delà des préoccupations sécuritaires, le lieutenant-colonel Ayissi Nanga sollicite expressément l’autorisation de passer à la barre pendant les audiences prévues au cours de la semaine du 12 octobre 2026.
Il explique être conscient des contraintes liées à la programmation des audiences et à la disponibilité des différentes parties. Il demande néanmoins que les risques qu’il dit encourir soient pris en considération afin de lui permettre de déposer dans les meilleurs délais.
L’officier souhaite notamment que son témoignage puisse être entièrement recueilli avant son retour à Ebolowa. Une demande qui soulève un enjeu essentiel pour la suite de la procédure : comment garantir la disponibilité des témoins et la sérénité de leurs dépositions dans une affaire où les responsabilités pénales demeurent au cœur des débats ?
L’affaire Martinez Zogo, un dossier toujours sous tension
Pour rappel, le journaliste et animateur radio Martinez Zogo, de son vrai nom Arsène Salomon Mbani Zogo, avait été enlevé en janvier 2023. Son corps avait été retrouvé quelques jours plus tard près de Yaoundé. Sa mort avait provoqué une vive émotion au Cameroun et suscité de nombreuses réactions au sein de la société civile et des organisations de défense de la liberté de la presse.
Le procès devant le Tribunal militaire de Yaoundé, ouvert en mars 2024, met en cause plusieurs personnes, parmi lesquelles d’anciens responsables des services de renseignement et des personnalités du monde des affaires. Les débats portent notamment sur les circonstances de l’enlèvement et de l’assassinat du journaliste, ainsi que sur les responsabilités individuelles des accusés. Les faits reprochés à ces derniers doivent être appréciés par la juridiction compétente.
En octobre 2026, les audiences se poursuivent avec l’examen de témoignages et la confrontation des éléments de l’enquête. La correspondance du lieutenant-colonel Ayissi Nanga intervient donc dans une phase où les dépositions et leur examen contradictoire occupent une place importante dans les débats.
La protection des témoins, un enjeu pour la manifestation de la vérité
La démarche du lieutenant-colonel Ayissi Nanga pose une question fondamentale : quelles garanties de sécurité peuvent être offertes à un témoin qui affirme craindre pour sa vie avant de comparaître devant une juridiction ?
Si les menaces qu’il évoque venaient à être établies, elles nécessiteraient une réponse appropriée des autorités compétentes. La protection des témoins est en effet un enjeu majeur pour permettre à la justice de recueillir des déclarations libres, sans intimidation ni pression.
À ce stade, le document permet d’établir l’existence d’une demande écrite de comparution et de préoccupations sécuritaires exprimées par son auteur. Il ne permet toutefois pas, à lui seul, de confirmer la matérialité de toutes les menaces alléguées ni d’en identifier les éventuels responsables.
Reste désormais à savoir quelle suite sera réservée à cette requête et dans quelles conditions le témoignage de l’officier pourra être recueilli.
Dans l’affaire Martinez Zogo, où la manifestation de la vérité demeure au cœur des attentes, la sécurité des témoins et la conduite régulière des débats judiciaires constituent des questions auxquelles les autorités compétentes devront apporter des réponses précises.
François ABY






