La France est une nouvelle fois confrontée à une réalité qu’aucune démocratie ne peut se permettre de banaliser : la violence motivée par la couleur de peau et l’origine réelle ou supposée des individus. Le vendredi 23 octobre 2026, des tirs à l’arme automatique ont semé la mort et la terreur à Trappes et à La Verrière, dans le département des Yvelines. Le bilan provisoire fait état d’un mort et de cinq blessés, dont une enfant de 12 ans. Derrière ce drame, une piste particulièrement inquiétante se dessine : celle d’une attaque dirigée contre des personnes noires et arabes.
Par François Aby Donfack, Correspondant en France
Depuis hier vendredi, son visage circule sur les réseaux sociaux, notamment à travers une photographie en noir et blanc. De nombreux hommages lui sont rendus. Il s’appelait Pengo Bossio Wangi, il avait 26 ans, français de Poissy, d’origine du Congo en Afrique Centrale, combattant amateur de MMA, catégorie welters (-77Kg), à la Atch Academy d’Aubervilliers, en région parisienne. Première victime des tirs en rafale d’un homme circulant à bord d’une Renault Clio gris clair, il a succombé à ses blessures au square Pergaud, à Trappes, dans les Yvelines.
Derrière cette image devenue le symbole d’une tragédie, il y a une vie brutalement interrompue et des proches plongés dans le deuil. Après avoir atteint mortellement le jeune homme, le tireur présumé a fait cinq autres blessés, dont une enfant de 12 ans, dans la commune voisine de La Verrière. Selon les informations communiquées vendredi soir par le Parquet national antiterroriste, les victimes ont été hospitalisées en urgence et leur état de santé n’était alors pas stabilisé.
Mais au-delà du bilan humain, cette attaque soulève une question particulièrement grave : s’agit-il d’une violence motivée par la haine raciale ? Selon les informations rapportées dans la presse française, le suspect aurait déclaré vouloir venger des commerçants victimes de pillages le 17 octobre et avoir choisi ses cibles en fonction de leur couleur de peau, visant notamment des personnes noires et arabes.
Quand la vengeance devient un prétexte à la haine
Le suspect, interpellé après son parcours meurtrier, devra répondre des faits qui lui sont reprochés. Les circonstances exactes de l’attaque et ses motivations devront être établies par la justice, dans le respect de la présomption d’innocence. Si les déclarations qui lui sont attribuées sont confirmées, elles révéleraient un mécanisme particulièrement inquiétant : transformer la colère provoquée par des actes de pillage en violence contre des personnes choisies en raison de leur apparence physique.
Même lorsque des commerçants sont victimes de dégradations ou de pillages, rien ne peut justifier que des innocents soient pris pour cibles. La responsabilité pénale est individuelle. Nul ne peut être tenu responsable des actes d’autrui en raison de sa couleur de peau, de son origine ou de sa religion supposée. La vengeance ne saurait remplacer la justice. Lorsqu’un individu décide de désigner des personnes comme ennemies en fonction de leur identité réelle ou supposée, c’est le principe même de l’égalité humaine qui est attaqué.
Une inquiétude pour les Africains vivant en Europe
La mort de Pengo Bossio Wangi et les blessures infligées aux autres victimes ravivent une interrogation douloureuse pour les populations africaines établies en France et ailleurs en Europe : peut-on vivre, travailler et élever ses enfants en sécurité lorsque la couleur de peau risque de devenir un motif d’agression ?
Les personnes d’origine africaine et arabe participent pleinement à la vie économique, culturelle, scientifique et politique de la France. Elles sont commerçantes, entrepreneurs, enseignants, ouvriers, médecins, artistes ou étudiants. Leur apparence ne diminue en rien leurs droits ni leur appartenance à la société. Lorsqu’une attaque semble viser des personnes en raison de leur couleur de peau, la peur dépasse les victimes directes. Elle touche les familles, les voisins et des communautés entières, qui peuvent se demander si elles seront les prochaines cibles.
L’émotion suscitée par ce drame dépasse ainsi les frontières françaises. En Afrique, où les liens humains, familiaux et économiques avec l’Europe sont nombreux, cette tragédie interpelle les opinions publiques et rappelle l’urgence de combattre les discriminations. Cela ne signifie pas qu’il faille condamner collectivement la France ou les Français. Le combat contre le racisme exige de désigner les actes, les idéologies de haine et les responsabilités établies, sans alimenter à son tour des oppositions entre les peuples.
Le poids des discours dans les tensions sociales
Les violences racistes doivent également conduire à examiner le climat dans lequel elles surviennent. Les discours qui présentent régulièrement les immigrés, les Noirs, les Arabes ou les musulmans comme responsables de l’insécurité et des difficultés économiques peuvent contribuer à banaliser les préjugés.
Les questions d’immigration, de sécurité et de cohésion sociale sont légitimes dans un débat démocratique. Mais elles ne doivent jamais servir à désigner des communautés entières comme des ennemies. Les responsables politiques, les médias et les acteurs de la société civile ont, à cet égard, une responsabilité majeure. Leurs paroles peuvent contribuer à apaiser les tensions ou, au contraire, nourrir la peur et la stigmatisation.
L’Afrique appelée à défendre un combat universel
Les médias africains ont un rôle essentiel à jouer : informer avec rigueur, dénoncer les violences racistes et donner une place aux victimes, sans céder à la surenchère. La justice devra établir les responsabilités et déterminer si le ciblage racial constitue effectivement le mobile de cette attaque. Les victimes doivent être accompagnées, leurs proches soutenus et les autorités appelées à garantir la sécurité de tous.
Mais la cohérence impose aussi de combattre les discriminations sur le continent africain. Le racisme et les préjugés fondés sur l’origine, l’appartenance ethnique ou la religion doivent être dénoncés partout, indépendamment de l’identité des victimes. La dignité humaine ne connaît pas de frontières. Défendre les Africains victimes de racisme en Europe, c’est défendre un principe universel : nul ne doit être persécuté pour ce qu’il est ou pour ce que les autres pensent qu’il représente.
Faire de la justice un rempart contre la haine
À Trappes, une famille pleure la mort d’un jeune homme de 26 ans, tandis que cinq autres victimes tentent de surmonter les conséquences d’une attaque dont les circonstances restent à établir. Le visage de Pengo Bossio Wangi, largement partagé sur les réseaux sociaux, rappelle que derrière les statistiques se trouvent des êtres humains, des histoires et des avenirs brisés.
L’urgence est désormais judiciaire et humaine : établir les faits, déterminer les motivations du tireur présumé, accompagner les victimes et prévenir de nouvelles violences.
À Trappes, la justice devra établir les responsabilités. Mais une exigence s’impose à toutes les sociétés : aucune colère, aucune frustration et aucune volonté de vengeance ne peuvent justifier que des êtres humains soient pris pour cibles en raison de leur couleur de peau. Car une démocratie ne se mesure pas seulement à sa capacité de sanctionner les crimes. Elle se mesure aussi à sa détermination à protéger chaque personne, sans distinction d’origine, de religion ou d’apparence physique.
FRANCOIS ABY DONFACK
Notre correspondant en France














