TUNIS: MANIFESTATION APRÈS UN ASSASSINAT ATTRIBUÉ PAR LE HAMAS À ISRAËL

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De 200 à 300 personnes ont manifesté mardi dans le centre de Tunis pour exprimer leur colère après l’assassinat d’un ingénieur tunisien la semaine dernière, attribué par le mouvement islamiste palestinien Hamas à Israël.

Répondant à l’appel de partis politiques dont Al-Joumhouri (centre), les manifestants ont brandi des drapeaux tunisiens et palestiniens. Ils ont entonné l’hymne national, et effectué une courte marche sur l’avenue Habib Bourguiba, la principale artère de la capitale, a constaté un journaliste de l’AFP.

Les slogans contre l’Etat hébreu ont été nombreux: « avec le sang, avec notre âme, nous te vengerons Palestine », « Résistance, résistance! Ni réconciliation, ni chantage », « Non à la normalisation, la Tunisie n’est pas à vendre », ont-ils notamment scandé, selon la même source.

« Mohammed Zaouari est un martyr avec un M majuscule. (…) C’est une perte non pas pour la Tunisie mais pour la Palestine et le monde arabe », a déclaré à l’AFP un participant, Mohammed Ammar.

Sous surveillance des forces de l’ordre, le rassemblement s’est déroulé sans heurts.

L’appel à manifester avait été lancé pour dénoncer l’assassinat jeudi dernier à Sfax, dans l’est du pays, d’un ingénieur de 49 ans, Mohamed Zaouari.

Le Hamas a affirmé deux jours plus tard qu’il s’agissait d’un de ses dirigeants spécialisé dans le développement de drones, et a accusé Israël de l’avoir tué.

Dix personnes ont été interpellées par les autorités tunisiennes à ce jour, et au moins deux étrangers sont recherchés. Lundi soir, lors d’une conférence de presse, le ministre de l’Intérieur Hédi Majdoub a jugé « possible » « l’implication d’un service étranger » dans cet assassinat, mais a affirmé manquer de « preuves tangibles » à ce stade.

Selon lui, l’opération a été planifié dès le mois de juin depuis deux capitales européennes, Vienne et Budapest.

– L’ambassadeur allemand convoqué –

L’affaire a été transmise par le tribunal de Sfax au pôle antiterroriste de Tunis, a indiqué mardi à l’AFP le porte-parole du parquet Sofiène Sliti.

Le Premier ministre Youssef Chahed, qui avait tenu une réunion sécuritaire la veille, s’est entretenu en matinée avec le président Béji Caïd Essebsi pour faire le point sur ce dossier qui a suscité l’émoi en Tunisie.

Le gouvernement tunisien a également dû s’expliquer sur la diffusion ces derniers jours d’un reportage d’une chaîne de télévision israélienne marquée par la présence d’un de ses journalistes sur les lieux du crime.

Une source proche de l’enquête a affirmé à l’AFP que ce journaliste israélien était entré en Tunisie avec un passeport allemand, « en tant qu’écrivain ».

Lundi soir, l’ambassadeur d’Allemagne à Tunis a été convoqué au ministère des Affaires étrangères pour fournir des explications, selon ce département.

Mohamed Zaouari, qui possède également la nationalité belge, a été tué jeudi en plein jour d’une vingtaine de balles alors qu’il était au volant de sa voiture, devant son domicile. Quatre véhicules et deux pistolets munis de silencieux ont été saisis.

Marié à une Syrienne, Zaouari a longtemps vécu à l’étranger. Il était revenu en Tunisie après la révolution de 2011. Le Hamas a affirmé qu’il travaillait depuis 10 ans pour ce groupe et qu’il avait tenté de s’introduire en Israël en 2014.

Les autorités israéliennes n’ont pas réagi aux accusations. Mais l’Etat hébreu a dans le passé assassiné plusieurs membres de groupes activistes, notamment en Tunisie.

                                                                      Afp