Présidentielle au Nigeria: Muhammadu Buhari revendique la victoire

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Muhammadu Buhari, le principal rival du sortant Goodluck MUHAMMADU BUHARIJonathan, « très confiant », a revendiqué mardi sa victoire à la présidentielle la plus serrée de l’histoire du Nigeria, une annonce suscitant l’immense joie de ses partisans.

Des milliers de Nigérians sont descendus dans les rues de Kano pour célébrer leur « victoire » revendiquée par le camp Buhari mais pas encore confirmée officiellement, a constaté un journaliste de l’AFP dans cette grande ville du nord musulman.

Une nuée de scooters et de voitures tous feux allumés faisaient des rodéos avec leurs engins, crachant beaucoup de gaz d’échappement. Des femmes voilées et la foule scandaient “Juste Buhari! ».

De nombreuses personnes brandissaient une balayette, logo symbole du parti de Buhari, le Congrès progressiste (APC), qui s’est engagé à lutter contre des années de mauvaise gouvernance et de corruption.

Des jeunes écrasaient des fédoras noirs– le chapeau que M. Jonathan porte en toute occasion – portant des valises sur leurs têtes alors que des gens chantaient « Pars de Aso Rock!”, la villa présidentielle nigériane.

– ‘Buhari a réussi!’-

« C’est l’un des plus beaux jours de ma vie », exultait Khalid Isa Musa, un étudiant de 25 ans. « C’est comme le jour de l’Aïd, pour moi, Buhari a réussi!.

« Mon vote a vraiment compté. C’est le début de la consolidation de la démocratie. J’ai confiance, Buhari va vaincre les deux principaux problèmes du pays, l’insécurité et la corruption », a renchérit Maikudi Adamu, un vendeur de charbon de bois de 35 ans.

Selon les derniers chiffres officiels de la Commission nationale électorale indépendante (Inec), Buhari, musulman du nord, dispose d’une avance de 2,1 millions de voix sur Jonathan, un chrétien du sud.

Il a remporté 20 états contre 15 au président sortant, qui enlève aussi le territoire d’Abuja. Seuls les résultats de l’Etat de Borno, dans le nord-est, où sévit l’insurrection islamiste de Boko Haram, restaient inconnus en début de soirée.

– ‘Un nouveau Nigeria’ –

« C’est la première fois que l’opposition chasse un gouvernement par la voie des urnes dans l’histoire du Nigeria », s’est réjoui à l’AFP Lai Mohammed, porte-parole du Congrès progressiste (APC), le mouvement de M. Buhari, revendiquant la victoire dans une ambiance de joie, chants et tambours battants, parmi les leaders du parti réunis dans Abuja.

Aisha Buhari, l’épouse de Muhammadu Buhari, « fière de son mari », a renchéri: « Nous allons construire un nouveau Nigeria, comme mon mari l’a promis ». Puis, réaliste, elle ajoute: « Ca va être dur. Les attentes sont immenses ».

L’APC a affirmé que Goodluck Jonathan a reconnu mardi sa défaite. « Le président Jonathan a appelé à 17h15 (16h15 GMT) », pour reconnaître sa défaite, a déclaré à l’AFP Shehu Garba, le directeur de campagne de M. Buhari. « Le général Buhari a accepté et il l’a remercié pour cela », a-t-il ajouté. Le porte-parole de M. Jonathan n’était pas immédiatement joignable

Mais de nombreux Nigérians redoutent des violences comme en 2011, lorsque des affrontements avaient fait un millier de morts après l’annonce de la victoire de M. Jonathan.

Au cours de l’après-midi, dans une ambiance à la fois enthousiaste et inquiète qui a marqué depuis le début le processus électoral à travers le pays, du nord au sud, l’avance de M. Buhari – ex-général de 72 ans qui fut à la tête d’une junte militaire dans les années 1980 et se présente pour la quatrième fois à la présidentielle depuis le retour du pays à la démocratie en 1999 -, s’est peu à peu creusée.

Le vote communautaire et religieux est un phénomène très marqué au Nigeria, pays mosaïque de 173 millions d’habitants, le plus peuplé d’Afrique, majoritairement chrétien dans sa moitié sud et musulman dans sa moitié nord.

M. Buhari, un musulman du nord, a largement devancé M. Jonathan, un chrétien du sud, dans ses fiefs, dans l’Etat de Kano, le plus peuplé du nord, et celui de Kaduna.

Quant à M. Jonathan, il a été plébiscité dans la région pétrolifère du delta du Niger, dans le sud.

A Lagos, capitale économique et ville la plus peuplée du pays, où les électeurs ont tendance à voter selon d’autres critères que l’origine et la religion des candidats, M. Buhari a devancé M. Jonathan.

Lagos, qui compte environ 20 millions d’habitants, est considéré comme un Etat-clé du scrutin, mais seulement 1,7 million des 5,8 millions d’électeurs enregistrés y ont voté pour la présidentielle et les législatives.

M. Buhari, qui améliore largement ses scores par rapport au scrutin de 2011, a axé sa campagne électorale sur la lutte contre la corruption endémique au Nigeria, pays à la croissance dynamique devenu l’an dernier la première puissance économique d’Afrique, riche de son importante production de pétrole mais aux inégalités sociales criantes.

– ‘Changement, changement!’ –

Des troubles ont éclaté dès dimanche dans l’Etat de Rivers, où l’APC a organisé de nombreuses manifestations pour dénoncer des fraudes. Des rassemblements se sont poursuivis lundi, jusqu’à l’instauration d’un couvre-feu pour la nuit.

Kaduna, grande ville du centre submergée par les violences entre chrétiens et musulmans en 2011, craint l’embrasement.

« Si le président Jonathan est déclaré vainqueur, et non le général Buhari (…) je peux vous dire que Kaduna va s’embraser », avait prévenu lundi Awwal Abdullahi Aliyu, président de l’Union pour l’unité du peuple du Nord et la réconciliation, une organisation oeuvrant localement pour l’entente entre chrétiens et musulmans.

Mais mardi soir, des milliers de partisans de Buhari célébraient sa victoire dans Kaduna, défilant en voiture et mobylettes devant une foule en joie, et chantant « changement, changement », en levant le poing . Arrachant et jetant à terre les affiches du parti de Jonathan.

Quant à la rébellion de Boko Haram, affaiblie ces dernières semaines par l’offensive régionale en cours,et qui avait promis d’empêcher le processus électoral dans le nord-est, elle a échoué.

                                                                                                      AFP