Jean Marie Michel Mokoko : « Je me suis heurté à la machine totalitaire »

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Longtemps tenu éloigné de la vie politique parce que populaire et difficile à contrôler, le général Jean Marie Michel Mokoko a payé cher son détour dans l’arène électorale congolaise. Candidat malheureux des élections de 2016 au Congo, remportées par Denis Sassou Nguesso, dont il était le conseiller quelques mois avant, celui qui se considérait comme un « général en disponibilité » a ensuite été condamné à 20 ans de prison.

Depuis la mi-septembre, au Congo, on ne parlait que de Jean Marie Michel Mokoko. Le général, que la population surnomme J3M, avait suscité un long débat dans le pays dirigé par Denis Sassou Nguesso. Candidat contre l’actuel président aux élections de 2016, il avait été mis aux arrêts quelques semaines après une défaite qu’il refusait d’accepter.

En 2018, il avait été condamné à 20 ans de travaux forcés pour « atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat et détention illégale d’armes et munitions de guerre », au terme d’un procès que seule la télévision nationale avait été autorisée à couvrir. Malade, le général a été autorisé à être soigné en Turquie pendant un an. A son retour à Brazzaville, beaucoup de voix se sont élevées pour demander qu’il ne retourne pas en prison. Peine perdue. Il y a quelques jours, celui qui avait convaincu Denis Sassou Nguesso de laisser le pouvoir, est retourné dans sa cellule.

Général en disponibilité

Au Congo, il y a une dizaine d’années, personne n’aurait imaginé la situation dans laquelle se trouve Jean Marie Michel Mokoko. Très tôt, la vie de celui qui nait le 19 mars 1947 à Mossaka, au Congo, s’oriente vers l’armée. Il fréquente l’école militaire préparatoire Général Leclerc à Brazzaville avant de préparer le concours d’entrée à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, située en France, qu’il intègre en 1970.

Il réussit à convaincre Denis Sassou-Nguesso de se retirer du pouvoir. De retour de son exil en France, Pascal Lissouba fonde alors son parti politique et remporte le scrutin d’août 1992 face à Bernard Kolélas.

Jusqu’en 1972, il y est élève-officier de la promotion « Général de Gaulle », avant de poursuivre ses études à l’école d’application du génie d’Angers et de recevoir un diplôme de l’École d’État-major de Compiègne. Il rentre alors au Congo où il commence à gravir les échelons au sein de l’armée nationale.

Directeur central du Génie jusqu’en 1983, il est ensuite nommé commandant de la zone autonome de Brazzaville et du 3e Régiment d’infanterie motorisée. 4 années plus tard, il ajoute à ses fonctions le commandement des forces terrestres du pays, avant d’être nommé chef d’État-major général des forces armées congolaises. En 1990, il est élevé au grade de général de brigade. En 1991, en pleine conférence nationale, Jean Marie Michel Mokoko, qui semblait destiné à n’être connu que dans le sérail de l’armée, va être découvert du grand-public. Il réussit à convaincre Denis Sassou-Nguesso de se retirer du pouvoir. De retour de son exil en France, Pascal Lissouba fonde alors son parti politique et remporte le scrutin d’août 1992 face à Bernard Kolélas. Pour beaucoup, le général Mokoko a sauvé la démocratie congolaise.

Des craintes derrière des faux sourires et des silences

Cinq années après son départ, Denis Sassou Nguesso reprend le pouvoir par la force. S’il se méfiait déjà de ce militaire respecté qui l’a convaincu de quitter son trône, il préfère néanmoins ne pas l’avoir contre lui. Le président le nomme conseiller en 2005 et s’arrange pour le garder le plus loin possible du pouvoir. Dans le même temps, Jean Marie Michel Mokoko se mure dans un silence étonnant. Il ne commente aucune des affaires qui pourraient constituer un problème avec le président. Les deux hommes se craignent et se surveillent en cachant leurs intentions derrière des sourires d’apparat. En novembre 2013, Denis Sassou Nguesso choisit le général Mokoko pour prendre la tête de la force africaine en Centrafrique, la Misca. Les élections approchent et le général semble toujours être un problème. Pour le compte de missions de l’Union Africaine, il est envoyé au Mali, en Côte d’Ivoire, loin de Brazzavile quoi qu’il en soi. Mais, ce qui doit arriver arrive.

Pour le compte de missions de l’Union Africaine, il est envoyé au Mali, en Côte d’Ivoire, loin de Brazzavile quoi qu’il en soi. Mais, ce qui doit arriver arrive.

En 2015, durant un entretien accordé à la presse, Jean Marie Michel Mokoko désapprouve le changement de constitution demandé par Denis Sassou-Nguesso. Finalement, le projet est adopté par referendum et le général démissionne de ses fonctions de conseiller du président. Il annonce sa candidature pour les élections du 20 mars 2016.

Un général au bagne

Durant la campagne et pendant le scrutin, Jean Marie Michel Mokoko est « interrogé » à plusieurs reprises par les forces de l’ordre. Il va néanmoins jusqu’au bout et finit par recueillir moins de 14 % des voix lors d’élections que remporte sans efforts Denis Sassou Nguesso avec plus de 60 %.

Le général Mokoko fulmine et dénonce un simulacre de scrutin. Alors qu’il refuse de reconnaitre les résultats et appelle « à la désobéissance civile », il est rattrapé par une affaire datant de 2007. Une vidéo tournée cette année-là le montre discuter d’un putsch visant à chasser Denis Sassou Nguesso du pouvoir avec un homme blanc dont on ne voit pas le visage.

Le général déclare s’être fait « piéger » et raconte que le problème avait été « réglé en famille » avec le président.

Finalement, en 2018, il sera condamné à 20 ans de prison. Préférant garder le silence pendant son procès, il ne dit pas un mot pour empêcher son passage par la case prison, à laquelle il échappera quelques mois après son incarcération, le temps d’aller se faire soigner en Turquie. De sa cellule, il finit par briser le silence avec une lettre poignante qui, selon ses avocats et sa famille, entrainera la détérioration de ses conditions de détention.

De sa cellule, il finit par briser le silence avec une lettre poignante qui, selon ses avocats et sa famille, entrainera la détérioration de ses conditions de détention.

« Je me suis heurté à la machine totalitaire. Cette machine, via ses émissaires congolais et ses complices étrangers, a essayé en vain de me faire plier en exigeant de moi la reconnaissance des résultats que le monde entier savait avoir été grossièrement truqués. Face à mon refus, la dictature a ensuite entrepris de m’intimider, d’arrêter et de torturer mes compagnons, de dépenser des fortunes avec des consultants et des complices étrangers pour me diaboliser. Aujourd’hui, il ne me reste que mon honneur ».

Servan Ahougnon


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