Interview : Alberic D. Nounagnon, Représentant Résident du Ceeah à Cotonou : « Ces multiples coups d’Etat que nous observons, depuis quelques années, sont les résultantes de la mauvaise gouvernance que nous dénonçons, chaque jour, au Ceeah».

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Acteur majeur dans le processus électoral, le Haut conseil des experts électoraux africains (Ceeah) ne peut rester indifférent face aux mouvements observés ces temps derniers dans bon nombre d’Etats du continent. Il a saisi l’occasion que lui a offert notre tribune pour lancer un vibrant appel aux personnes de bonne volonté et aux Ongs de le rallier, à l’effet de faire davantage bloc et influer suffisamment sur la culture démocratique, garante de paix et de stabilité en Afrique. Exclusivité !

Excellence, c’est quoi, le Ceeah ?

Notre plateforme de droit béninois dénommée Haut conseil des experts électoraux africains, en abrévié Ceeah, regroupes-en son sein neuf organisations de la société civile d’Afrique. Sa vision est d’être une plateforme regroupant plusieurs experts électoraux bien avertis de la chose, pour travailler ensemble, afin de porter, de protéger et de défendre le droit des votants dans nos pays. Le Ceeah a à cœur la paix tangible et durable, le respect du droit humain et la bonne gouvernance publique et associative dans nos communautés. Il est dirigé par une équipe de huit (08) personnalités de nationalités différentes, à savoir : le principal (le président) Richard KENMOGNE de nationalité Camerounaise ; le secrétaire général (le Résident) Alberic D. NOUNAGNON, de nationalité Béninoise ; le trésorier général MVA Jean ; le commissaire à l’organisation ; MODOMTÉ Zakain, de nationalité Tchadienne ; et la chargée de communication OLAITAN Eléonore, de nationalité Béninoise et les conseillers: Luc Florentin DJOSSA de nationalité Nigérienne, Mathias ADOSSI de nationalité Togolaise et MOUBARAK Ibrahim Djaware de nationalité Tchadienne. Vu le caractère diplomatique de la mission qu’il s’est donné, le Ceeah a fait l’option d’appeler ses membres « ambassadeurs » (excellence).

Dans quel contexte est né le Ceeah ?

Tout est parti du constat de l’évolution politique du continent africain, qui montre que la conquête de la démocratie n’a pas été facile. Il y a des siècles, les dirigeants africains étaient issus des royautés ; cependant, le déficit de démocratie y a d’abord été vécu sur le mode de l’autoritarisme politique. Aujourd’hui, les élections libres et démocratiques constituent le critère de base de la démocratie.

Les premières véritables alternances politiques ont eu lieu autour des années 90, soit trente ans après les indépendances. Ce déficit de démocratie, sur le continent africain, a été surtout perçu, entre autres, sous l’angle de l’absence d’alternance, de l’accaparement du pouvoir par les gouvernants.

D’une manière générale, l’avènement de la démocratie a été caractérisé par la mise en place, d’organes censés organiser, en toute indépendance, le processus électoral. Ces organes de gestion étant les plus importants, pourraient rehausser la crédibilité et l’acceptation des élections, réduire le risque de violents conflits et de ce fait, contribuer à la consolidation de la paix et au renforcement de la démocratie en Afrique.

Tous les Etats, tant du nord que du sud affichent une volonté de favoriser la participation de toutes les couches de la société, du secteur privé et des organismes de la société civile à la vie économique, politique et sociale. Ainsi, les Ongs sont l’expression d’une partie de la société civile qui a choisi de s’engager à promouvoir les valeurs intrinsèques de la démocratie et la consolidation d’une paix durable.

Pour renforcer l’efficacité de leur participation au développement durable en Afrique, des Ongs de la société civile de différents pays africains se sont dotées d’un espace d’échanges, objet de la version initiale de nos statuts, validés en Assemblée générale constitutive le 03 juillet 2021, au centre culturel Talino Manu de N’djamena, au Tchad. C’est dans cette optique que ces experts électoraux, membres des pays de l’Union africaine (Ua) se sont ainsi réunis et ont mis sur pied le Haut conseil des experts électoraux africains (Ceeah), qui est une tribune leur permettant d’apporter leur expertise en matière électorale.

Etant donné que vous accompagnez les Etats en périodes électorales, quel regard portez-vous sur les coups d’Etat enregistrés ces derniers temps en Afrique, notamment celui survenu à la suite des élections générales du 26 août dernier au Gabon, pour lesquelles, selon nos sources, les pouvoirs publics ont refusé d’accréditer les observateurs internationaux ?

Ces multiples coups d’Etat que nous observons, depuis quelques années, sont les résultantes de la mauvaise gouvernance que nous dénonçons, chaque jour, au sein du Ceeah. La gabegie, le bâillonnement de l’expression plurielle, les velléités de dictature, etc., sont des maux qui mettent à mal l’opinion internationale ! Sans oublier que les militaires font aussi partie intégrante de la population !

D’abord, pour le cas du Niger, la Cédéao a mis en route des sanctions qui fragilisent de plus en plus la population nigérienne et environnante. Il s’agit d’une menace permanente d’intervention militaire qui plane sur le pays et qui oblige la même population à être en alerte sans arrêt. Tout ceci met sérieusement à dure épreuve la paix que nous (Ceeah) prônons de toutes nos forces. Et c’est l’occasion pour nous de joindre, avec la dernière énergie, notre voix à celle de tous ceux qui de partout dans le monde demandent avec insistance, que ce soit seulement par la voie diplomatique que l’ordre constitutionnel soit rétabli dans ce pays. Pour nous au Ceeah, en tant que chercheurs et défenseurs de la paix, cette voie pour la sortie de crise est primordiale et nous y attachons beaucoup de prix.

En réalité, le cas du Gabon nous a beaucoup attristés, surtout en ce qui concerne le refus catégorique d’accréditation aux observateurs internationaux de la société civile africaine. C’est la preuve des intentions pas très louables. En effet, ce genre de comportements ne sécurisent pas les voix des votants et ouvrent très souvent les portes qui conduisent vers l’instabilité, l’insécurité et autres ; qui entraînent la perte de la paix et occasionnent la violation massive des droits humains.

Quelle lecture faites-vous justement de l’attitude de la Cédéao face aux putschistes du Niger et l’ensemble des pays ayant à leur tête des militaires pour la transition ?

Nous avons pris le temps d’observer les méthodes de la Cédéao, depuis un certain temps, et nous sommes de ceux qui pensent qu’elle doit être plus à l’écoute des voix d’appel au secours de la population que de celles des chefs d’Etats ou de gouvernements. Or, nous voyons une Cédéao qui brandit une solution militaire, au lendemain des coups d’Etats, pour soi-disant vouloir faire revenir l’ordre constitutionnel ; qui cherche ou pense pouvoir ramener au pouvoir par une intervention militaire quelqu’un qui a été déposé par sa propre garde rapprochée avec à la tête, le commandant en chef de la troupe, en harmonie avec tous les autres corps de l’armée du pays ! Quelle incongruité !

Ce ne serait que le chaos de plus, que l’histoire retiendra dans ses annales. Les effets néfastes sont encore vivaces et visibles à ce jour. C’est pourquoi, il est grand temps pour la Cédéao d’actualiser ses méthodes et prendre véritablement en compte les aspirations des populations de ses Etats membres.

Sachant que votre rôle en Afrique consiste aussi à encourager les Etats sur la voie de la paix, en cas de conflits, quel est le mode opératoire ?

Effectivement, c’est notre rôle en tant que société civile. Dans ce cadre, nous avons l’habitude d’opérer à travers l’accompagnement dans les échanges et discussions avec les différents antagonistes politiques, ainsi que les différents chefs traditionnels et religieux, afin de ramener à la table de discussions amicales et fraternelles tous les belligérants d’un conflit, pour une sortie durable et tangible de la crise.

Vos portes sont- elles encore ouvertes aux potentiels adhérents ? Si oui quelles sont les conditions à remplir par les Ongs nationales ?

Nous sommes ouverts à toutes adhésions nationales et pourquoi pas internationales L’union fait la force ! Et nous avons besoin d’être forts pour peser devant les autorités à divers niveaux, afin de nous faire entendre. C’est vital pour notre organisation.

Les conditions à remplir sont simples, il faut être citoyen de droit d’un pays et continuer de jouir des droits de mener ses activités dans ledit pays. Je voudrais rappeler que l’Ong ou association doit se mouvoir dans les activités de développement, la bonne gouvernance, la paix et la démocratie.

Quels sont vos projets à court, moyen et long termes ?

Participer aux élections partout en Afrique. Augmenter notre audience auprès des populations et des autorités à divers niveaux en Afrique. Parvenir à réunir les moyens nécessaires pour une communication davantage sensibiliser les populations sur les aspects de la vie en commun et les comportements qui apportent et pérennisent la paix.

Propos recueillis par Gilles Peltier


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