Zimbabwe: Le leader de la contestation appelle a « continuer » la greve

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Le pasteur Evan Mawarire, chef de file de la fronde citoyenne au Zimbabwe, a appelé jeudi, au lendemain de sa libération, à continuer la grève pour protester contre le régime autoritaire du président Robert Mugabe, un appel qui est toutefois resté lettre morte.

« La grève générale continue. Passez le message à tous ceux que vous connaissez, envoyez leur des vidéos, envoyez leur des textos ou des messages sur Whatsapp et dites leur que le pasteur a dit que la grève continuait », a déclaré Evan Mawarire dans une nouvelle vidéo postée sur Facebook.

« Envoyons ce message clair à notre gouvernement que trop c’est trop. N’oubliez pas de prier pour le Zimbabwe (…). Il y a de l’espoir en vous, de l’espoir dont le pays a besoin. Si vous ne participez pas, vous nous privez de cet espoir », a-t-il ajouté en homme libre après avoir été détenu moins de 48 heures.

Ce pasteur évangéliste fait partie des organisateurs de la grève générale du 6 juillet, qui avait été bien suivie et marquait le point culminant d’une série de manifestations, les plus importantes depuis des années au Zimbabwe, englué dans une terrible crise économique.

Mais la mobilisation a été extrêmement faible jeudi, tout comme la veille. Les écoles, les commerces, les services publics fonctionnaient normalement dans la capitale, ont constaté des journalistes de l’AFP.

De nombreux fonctionnaires qui avaient cessé le travail la semaine dernière ont fini par recevoir leur salaire de juin.

Le ministre de l’Intérieur, Ignatius Chombo, avait prévenu que les grévistes « s’attireraient les foudres de la loi » dans un pays où le régime en place depuis 1980 étouffe régulièrement toute contestation.

Depuis la semaine dernière, les forces de l’ordre ont procédé à l’arrestation de 300 personnes, selon Amnesty International.

Inconnu du grand public il y a encore quelques mois, Evan Mawarire s’est rapidement fait un nom en postant en avril une vidéo où il dénonçait les échecs et la corruption du régime.

Il a lancé le mouvement anti-Mugabe #The Flag (Le Drapeau), très actif sur les médias sociaux, et a réussi à fédérer la frustration croissante de la population zimbabwéenne épuisée par des années de crise économique.

Le pays, qui a abandonné sa monnaie à la faveur du dollar américain en 2009 pour mettre fin à l’hyperinflation, pointe parmi les plus corrompus au monde.

Environ 90% de la population active n’a pas de travail dans le secteur formel, l’Etat manque de liquidités, et une grave sécheresse aggrave encore les difficultés de la population.

– « Merci Evan d’être notre voix » –

« Nous ne haïssons pas le gouvernement sans raison. Nous voulons que vous sachiez la situation sur le terrain. Nous avons des revendications et nous demandons au gouvernement de les étudier », a encore dit le pasteur Mawarire dans sa dernière vidéo, portant autour du cou le drapeau zimbabwéen, devenu le symbole de son mouvement.

Il a lancé son appel quelques heures après avoir été libéré, mercredi soir, à la suite d’une décision de justice surprise rejetant le chef d’inculpation de tentative de renversement du gouvernement.

A sa sortie en homme libre du tribunal d’Harare, il a été accueilli par des centaines de supporters en liesse. « C’est vrai que Dieu existe », ont-ils scandé.

Des manifestations en soutien au mouvement de contestation ont été organisées jeudi dans des pays limitrophes du Zimbabwe. En Afrique du Sud, une centaine de personnes se sont rassemblées bruyamment devant l’ambassade du Zimbabwe à Pretoria. « Merci Evan d’être notre voix », « Mugabe, tu n’as pas de coeur », pouvait-on lire sur des pancartes.

« Le Zimbabwe fonctionne comme un Etat policier répressif inefficace et les critiques au régime +disparaissent+ », a commenté John Campbell, analyste au groupe de réflexion américain Council of Foreign Relations.

« Les Zimbabwéens ont été particulièrement passifs, mais alimentés par la peur de la faim, la passivité peut déboucher sur de la colère et se manifester en dehors de la politique conventionnelle », a-t-il toutefois prévenu.

AFP