«LA MAIN SUR LE CŒUR» – Une autobiographie singulière

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Hinda Debny Itno

On sait que la première dame du Tchad, Hinda Deby Itno fortement impliquée dans le domaine des œuvres humanitaires et caritatives, mais aussi son engagement, n’avait jamais laissé supposer des talents aussi poignants en matière de littérature. Aussi, son tout premier ouvrage, qui retrace l’essentiel de sa vie, en réservant à son œuvre sociale une place de choix, se passe-t-il de tout commentaire. Car, il se sera agi pour la première dame de véhiculer, à travers cette œuvre littéraire, un message d’espoir pour l’ensemble de la composante sociologique tchadienne.

Fort de sept chapitres, «La main sur le cœur», retrace à la fois la vie de la première dame dans son côté plutôt intime, de même qu’il fait étalage de son implication dans la lutte pour le mieux-être de certains de ses compatriotes, notamment ceux dont les conditions de vie imposent indigence et constant recours à l’assistance des âmes bienfaisantes. Le style du récit à la fois impersonnel et personnel captive facilement le lecteur qui entreprend d’en explorer les différentes articulations qui, aux dires de l’un des plus célèbres critiques littéraires tchadien, sieur Ahmad Taboye, «en appelle à la curiosité», mieux encore à la découverte. Un appel que le critique littéraire lie aux thèmes savamment repris tout au long de la narration : la justice, le rejet de la guerre, la reconnaissance des droits à la femme, en s’appuyant bien évidemment sur son expérience personnelle, mais aussi et surtout l’indispensable réconciliation et l’adoption d’une culture de paix par ses compatriotes. En somme, forte de son vécu, Hinda ne pouvait taire ce volet de sa propre vie et même de l’univers dans lequel elle aura longtemps évolué. Un univers desservi par une guerre fratricide inutile, doit-on dire, quand bien même elle bénéficie d’un destin plutôt singulier, celui de Première Dame qui, plus, est issue du pays de Toumaï, synonyme de genèse de l’humanité toute entière.

Dès lors, on peut aisément comprendre que la conjonction de toutes ces spécificités en ait fait une sorte de paradigme, tout au moins en ce qui concerne la notion de partage qui, bien qu’ancrée en chacun de nous, ne s’exprime pas avec autant  de détachement comme pour Hinda Deby Itno. Certes, on peut y voir la résultante de la bénédiction naturelle attachée au pays de Toumaï, mais au-delà, son engagement traduit davantage son humilité légendaire, tant il est vrai qu’elle aurait plutôt fait prévaloir son statut de Première Dame pour se constituer une véritable tour d’ivoire inaccessible pour le gros de ses compatriotes. Mais au lieu de s’y faire, elle a plutôt opté pour des contacts directs et dénués de tout protocole, afin de prêcher par l’exemple, tout en véhiculant un message fort à propos : «Mon vœu le plus profond est que tous les Tchadiens et toutes les Tchadiennes s’imprègnent de ce message qui est celui de la réconciliation et de l’amour qui doivent nous habiter tous, afin que nous construisions ensemble un pays, notre beau pays, où il fera bon vivre pour nous, mais aussi et surtout pour les générations futures». C’est donc un appel au patriotisme, au-delà du caractère autobiographique, qui est celui formulé à l’occasion de la dédicace de « La main sur le cœur » par son auteur, Hinda Deby Itno. Au-delà, elle réveille la conscience nationale tchadienne pour des sujets aussi graves que le «rejet du drame qui se joue à l’Est de notre pays et dans le Darfour».

Interface d’un combat

Bien que politique de par le statut qui est le sien, Hinda Deby Itno s’en est pourtant démarquée dans son œuvre littéraire qui, comme elle l’indiquait lors de la même cérémonie de dédicace, se veut «comme une interface, un véhicule» de son «point de vue vers le citoyen, vers le lecteur». C’est pour cette raison qu’elle invite par conséquent tout lecteur, qui l’aura parcouru, de se positionner dans la même logique qui l’anime : entretenir et susciter davantage d’espoir et d’espérance au sein de la population tchadienne. Et quand bien même la position, qui est la sienne, lui octroie des privilèges, elle les aura mis à profit pour l’ensemble de la communauté où elle se meut. Comme pour l’attester, elle tiendra ces propos révélateurs : «Je me reprocherais si je ne profitais de cette tribune pour les remercier : mes parents pour l’éducation qu’ils m’ont inculquée ; et mon époux, pour m’avoir offert l’occasion de découvrir le Tchad sous toutes ses formes et dans ses réalités». C’est donc une militante de la justice sociale aguerrie, et donc consciente de l’impératif qui est le sien : rallier autour d’elle des bonnes volontés pour gagner le combat du mieux-être dont elle se fait le chantre dans l’espace sociopolitique tchadien. Pouvait-il, dès lors, avoir meilleure autobiographie pour une combattante si singulière ?

OUMOU SY.

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