La Bolivie souhaite exploiter seul son lithium

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À l’heure où le pétrole se raréfie, le lithium, matière lithiumpremière des batteries de voitures électriques, apparaît comme une ressource prometteuse. Il y a deux ans, Economie et société, faisait le point sur la Bolivie, pays où se situent les réserves les plus importantes.

Depuis le gouvernement bolivien continue d’investir pour développer cette activité sans avoir recours aux sociétés étrangères. En novembre 2010, il a indiqué qu’il investirait 902 millions de dollars pour exploiter son lithium et ce, en trois phases à partir de 2011 : production de carbonate de lithium, de lithium métallique puis de batteries au lithium à partir de 2014.

 Pays le plus pauvre de l’Amérique Latine en termes de revenu par habitant, la Bolivie détient pourtant une richesse phénoménale en ressources naturelles qui attire des pionniers depuis l’époque de la colonisation espagnole. D’abord l’argent et ensuite l’étain, aujourd’hui ce petit pays, dispose de la seconde réserve de gaz naturel de l’Amérique du Sud, avec des exportations vers le Brésil qui constituent 16 % de son PIB. Cependant si on croit les experts, l’avenir de l’économie bolivienne ne dépendra pas de ses hydrocarbures mais de sa réserve d’une matière première en plein boom; le lithium.

L’or gris de la Bolivie

Depuis quelques années, le lithium a connu un essor considérable qui a fait grimper son prix de 350 dollars par tonne en 2003 à environ 3000 en 2008. Ce fort accroissement de la demande est lié à la production de batteries ultralégères destinées aux téléphones et ordinateurs portables. Car le lithium est non seulement l’élément le plus léger du tableau périodique, il présente aussi l’avantage de fournir une autonomie énergétique plus importante que d’autres métaux utilisés dans la confection des batteries. Des atouts qui n’ont pas échappé à la vigilance des constructeurs automobiles qui commencent déjà à commercialiser des voitures hybrides aux batteries lithium-ion. Alors l’engouement actuel pour des voitures électriques pourrait vite transformer ce minerai en denrée la plus convoitée du 21e siècle.

Avec une réserve d’environ 5,4 millions de tonnes (près de la moitié du lithium au monde), selon un rapport de l’institut d’études géologiques des Etats Unis, la Bolivie est idéalement placée pour en devenir le premier fournisseur mondial. Le gouvernement bolivien a bien compris l’enjeu de ce marché potentiel et en mai 2008, l’Etat a investi 6 millions de dollars pour ouvrir une usine pilote au Salar de Uyuni, un vaste désert de sel au sud-ouest du pays. Selon un communiqué du gouvernement, ce premier chantier, situé à 3,700 mètres d’altitude, « produira 20 000 tonnes de carbonade de lithium par an ». De quoi répondre au besoin croissant exprimé par l’industrie de l’automobile.

L’investissement étranger sous certaines conditions

Alors que les entreprises étrangères se bousculent pour établir des contrats d’exploitation de ce minerai miracle, le gouvernement socialiste d’Evo Morales compte mettre ses conditions au clair. Au mois de février, Ivan Canelas, le porte-parole du président Morales a annoncé que le gouvernement accepterait que ces firmes exploitent le lithium « si elles garantissent que la production des batteries et, même, des voitures, se fasse sur place ». Des exigences destinées à assurer le développement économique du pays à long terme. Selon le ministre des mines, Luis Alberto Echaz, qui s’exprimait lors d’un entretien avec le BBC, « la Bolivie ne répétera pas l’expérience du 15e siècle ». Mais si la Bolivie veut être au rendez-vous de l’explosion de la demande du lithium prévue d’ici 2015, ses dirigeants seront obligés de faire appel au savoir-faire technique des investisseurs potentiels.

Une autre variable qui pourrait être décisive dans le choix d’un investisseur étranger est celle du coût écologique. Des activistes boliviens s’inquiètent déjà des conséquences de l’extraction du lithium dans le Salar de Uyuni, une merveille de la nature qui attire des milliers de touristes chaque année. Si la décision du gouvernement bolivien est finalement influencée par des critères verts, ce ne serait pas la première fois. En décembre 2007, la société minière Jingal a gagné un contrat pour l’exploitation du fer dans les réserves vierges qui se trouvent au sud-est du pays. En plus d’avoir proposé d’excellents termes économiques, la firme bénéficie d’une réputation irréprochable concernant la protection de l’environnement.

 Nadya Masidlover

 

 

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