Cameroun : Que cache le lobbying actif de Bolloré pour le terminal à conteneurs du Port de Kribi?

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Initialement disqualifié pour la gestion du terminal à conteneurs du vincent-bollorePort en eau profonde de Kribi, le groupe Bolloré a été remis sur la sellette à la faveur de son ralliement au consortium CMA CGM et China Harbour Engineering Corporation (Chec). Mais loin de s’y tenir, le patron dudit groupe multiplie des manœuvres à fort relents de lobbying pour remporter le marché.

 Autant on pourrait lui concéder l’option évoquée supra, autant en l’entourant malheureusement de forts relents de lobbying le patron dudit groupe, laisse supposer qu’il serait plutôt en terrain conquis. Assertion fondée en ce que depuis lors, l’homme ne lésine sur aucun moyen pour inverser la tendance qui jusqu’alors lui était défavorable.

Pour ce faire, il n’est pas des politiques français de premier plan qui n’aient été mis à contribution, pour obtenir l’aval tacite des autorités camerounaises. Il nous souvient à ce propos qu’en marge de sa récente visite au Cameroun, Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères françaises ait profité de l’occasion pour en toucher un mot à Paul Biya. Toutes choses qui ont bien évidemment suscité le courroux de ses concurrents directs en l’occurrence, Ictsi et Apm Terminals qui jusqu’alors étaient en pôle position.

Dès lors, on en vient à penser que le consortium créé à dessein avec CMA CGM et à la China Harbour Engineering Corporation (CHEC) pour optimiser ses chances de l’emporter, n’est en réalité qu’un savant artifice. C’est le cas effectivement de le penser, quand on sait les manœuvres rédhibitoires qui auront de tout temps entouré le déploiement dudit groupe sur la quasi-totalité des pays du Golfe de Guinée.

Aussi le revirement du gouvernement camerounais s’assimilerait-il à quelque concession ainsi faite au groupe, même si pour ce faire, celui-ci aurait inséré une clause engageant les soumissionnaires à construire un quai deux fois plus grand que celui prévu à l’initial (700 m au lieu de 350 m).

Monopole préjudiciable

Analyse faite, si le groupe Bolloré et son patron éponyme ont inéluctablement mis à profit le délai de latence entre le lancement du nouvel appel d’offres relatif audit terminal, il n’en demeure pas moins vrai qu’en le remportant, cela assurait audit groupe un monopole outrageant dans le secteur des opérations maritimes avec toutes les déclinaisons y afférentes.

Toutes choses qui pourraient rendre le Cameroun dépendant dudit groupe, non sans que cela lui assure des velléités d’avilissement du gouvernement. En la matière, des exemples sont légion, notamment en ce que ledit groupe agirait en sous mains en de nombreux pays africains où il est présent en essayant d’imposer au gouvernement ses interlocuteurs en son sein. Et à ce propos, la guéguerre qu’il entretint lors du premier passage d’Emmanuel Eyoundi Oyono au Pad est révélatrice à plus d’un titre. Surtout que le même groupe semble avoir littéralement encerclé la chaîne logistique de bout en bout, au travers de certaines autres de ses structures, notamment Saga, Bolloré Africa Logistics et Camrail.

Or, jusqu’en novembre 2014 personne ne pouvait imaginer le scénario de plus en plus plausible qui lui octroierait également le terminal polyvalent de Kribi. Autant le premier fut construit par les Chinois et devrait bénéficier des financements de ce pays d’ores autant ces derniers sont déjà approchés par Vincent Bolloré lui-même. Aussi les langues n’ont-elles pas hésité à se délier pour non seulement dénoncer cet état de fait mais aussi et surtout en relever le caractère préjudiciable.

Sursaut d’orgueil

Fort de ce qui précède, on comprend aisément que les concurrents directs dudit n’aient point baissé les bras et singulièrement Necotrans qui pouvait y fonder quelque revanche pour avoir été préalablement ressenti, à la suite des échecs itératifs qu’il connut sur le terminal à conteneurs du port de Conakry, en Guinée.

En effet, déclaré concessionnaire du terminal à conteneurs du port de Conakry suite à un appel d’offres gagné devant les concurrents, Necotrans a vu son contrat résilié et attribué à Bolloré dès l’arrivée au pouvoir du président Alpha Condé. Face à cette décision, Necotrans avait dû assigner le groupe Bolloré devant le tribunal de commerce de Nanterre, en France, pour «concurrence déloyale et parasitisme».

Le 10 octobre 2013, le tribunal de commerce de Nanterre a rendu la décision obligeant le groupe Bolloré à verser deux millions d’euros (environ 1,3 milliard de francs Cfa) au groupe Necotrans, somme représentant le coût des travaux réalisés par son partenaire Getma, avant que la concession ne soit finalement attribuée à Bolloré Africa Logistics. Serait-ce le même procédé que voudrait alors éviter le groupe de Vincent Bolloré en multipliant des rencontres au sommet qui, il faut le dire, constituent par ailleurs des occasions de corrompre ou plus exactement d’avilir les autorités gouvernementales ? Nous n’y sommes pas encore certes, mais tout semble indiquer qu’on pourrait rapidement y être, avec des risques latents majeurs. Aussi certains n’ont-ils pas hésité d’y entrevoir des prémices d’une véritable prise en otage de l’économie camerounaise.

Alain Njoh