Journée mondiale de la presse : la pratique du journalisme de plus en plus périlleuse

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Plusieurs journalistes tués depuis le début de l’année 2026. Le journalisme est-il devenu un métier moins sûr et conduisant systématiquement à la mort ? C’est l’inquiétante question qu’il faut se poser à l’avant-veille de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse.

Aujourd’hui, 1er mai, le monde entier célèbre ce que les Anglo-Saxons appellent le ‘’labour day’’. C’est-à-dire la Fête du Travail ou « journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs ». C’est un jour férié annuel célébrant les conquêtes sociales des travailleurs, et trouvant son origine dans les combats pour la journée de huit heures.

En attendant que cette uniformisation de la journée de travail de huit heures soit universellement réglementée et appliquée concrètement, il y a des travailleurs dans un secteur d’activité – j’ai nommé le journalisme – qui sont menacés d’extinction ( le mot n’est pas fort), alors qu’ils pratiquent ce qui est qualifié comme le plus beau métier du monde. Paradoxal !

C’est le 3 mai qu’est célébrée la Journée mondiale de la liberté de la presse. L’UNESCO a prévu d’organiser les festivités de cette année les 4 et 5 mai à Lusaka en Zambie sous le thème : «Façonner un avenir en paix ». A travers ce thème en effet, l’organisme onusien souhaite réaffirmer la nécessité de lutter efficacement contre le recul de la liberté d’expression.

Parce que, il faut le dire sans se cacher derrière les mots : il y a vraiment péril dans la demeure. Les journalistes ne sont en sécurité nulle part dans le monde. L’attaque survenue lors du gala annuel des correspondants de presse de la Maison Blanche à Washington le 25 avril dernier vient juste s’ajouter à une série noire dont la liste est loin d’être exhaustive.

27 journalistes tués depuis le début de l’année

Le dire n’est plus une lapalissade : le journalisme reste une profession à haut risque, marquée par des assassinats, des enlèvements et des détentions arbitraires, particulièrement dans les zones de conflit et les dictatures. Au-delà des dangers physiques, les journalistes font face au harcèlement en ligne, aux pressions politiques et à l’autocensure.

L’ONG Press Emblem Campaign (PEC), qui vise à améliorer la protection des médias annonce le chiffre de 27 journalistes tués dans le monde depuis le début de l’année en cours. L’organisme basé à Genève en Suisse déplore notamment que le gouvernement israélien soit responsable à lui seul de près des deux tiers des victimes, soit un total de 16 journalistes qui ont perdu la vie sur les 27.

Avec une résignation objective et lucide, Blaise Lempen, le président de PEC estime que : «Malheureusement, cette année encore à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, nous devons constater l’absence de progrès dans la protection des journalistes et la lutte contre l’impunité».

PEC soutient que « les graves tensions au Moyen-orient expliquent pour une large part un bilan qui reste élevé, après les records enregistrés en 2023, 2024 et 2025. Ainsi, sur les 27 victimes recensées en 4 mois depuis le début de l’année, 17 sont liées au conflit au Moyen-Orient et 16 sont le fait des forces militaires israéliennes ».

Le détail de cette macabre besogne indique que 9 journalistes ont été tués au Liban, 6 dans la bande de Gaza, un en Iran, un en Syrie. En dehors du Moyen-Orient, la PEC a recensé 2 victimes au Mexique, 2 au Venezuela, 1 au Guatemala (soit cinq en Amérique latine), 1 Bangladesh, 1 en Somalie, 1 aux Philippines, 1 en Ouganda et 1 en Inde.

La liberté de la presse au plus bas depuis 25 ans

Outre la PEC qui « déplore l’absence de réaction de la communauté internationale, autres que des protestations de pure forme, alors même que les États ont adopté ces dernières années de nombreuses résolutions sur la sécurité des journalistes destinées à mieux lutter contre l’impunité », dans son Classement 2026, Reporters sans frontières (RSF) s’alarme de la liberté de la presse qui est au plus bas depuis 25 ans.

« Pour la première fois dans l’histoire du Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), plus de la moitié des pays du monde sont en situation “difficile” ou “très grave”. En 25 ans, le score moyen de l’ensemble des pays étudiés n’a jamais été aussi bas. Le développement d’un arsenal législatif de plus en plus restrictif, notamment lié aux politiques de sécurité nationale, vient, depuis 2001, éroder le droit à l’information, jusque dans les démocraties.

L’indicateur légal est celui qui baisse le plus cette année, signe d’une criminalisation croissante du journalisme. Et les Amériques connaissent une évolution significative, les États-Unis perdant sept places tandis que plusieurs pays d’Amérique latine plongent dans la spirale de la violence et de la répression. », souligne Anne Bocandé la directrice éditoriale de RSF.

En 2013, en mémoire des journalistes Ghislaine Dupont et Claude Verlon assassinés au Mali, l’ONU instituait la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes. Une journée qui est célébrée chaque année le 2 novembre et dont les journalistes devraient s’en approprier et la vulgariser de plus en plus pour qu’elle ait plus d’impact. Elle a pour objectif de faire pression sur les Etats pour la sécurité des journalistes et la lutte contre l’impunité des auteurs de violences.

A voir comment les journalistes sont de plus en plus assassinés, il urge que les Etats prennent leurs responsabilités et protègent davantage ces derniers dans l’exercice de leur métier, qui demeure le plus beau du monde.

Serge HENGOUP