Le 30 septembre 2026, l’Ambassade du Cameroun en France a rendu public le Communiqué N°015/ACF/CAB. Signé de l’Ambassadeur André-Magnus Ekoumou, le texte convoque la communauté camerounaise établie en France à une session de consultation le jeudi 23 octobre 2026, de 14h00 à 18h30, au 73 rue d’Auteuil à Paris, en format hybride. L’objet est double et ambitieux : l’élaboration de la stratégie nationale en faveur de la diaspora et l’appui à la mission de cartographie de cette diaspora en France.
L’inscription se fait via les adresses guy.elessa@ambacamfr.cm et thierry.boundi@ambacamfr.cm, ou en ligne via Teams. L’initiative, sur le principe, est saluée par une grande partie de la communauté. La France abrite l’une des diasporas camerounaises les plus importantes, les plus dynamiques et les plus contributives au monde. La volonté de la structurer, de la quantifier et de l’associer au développement national répond à une demande ancienne. Mais sur le terrain, l’annonce suscite un sentiment partagé, entre espoir et lassitude. C’est ce ressenti majoritaire que cette analyse tente de restituer. Un besoin de cartographie incontestable, mais une fatigue des consultations.
Pour beaucoup de Camerounais de France rencontrés à Paris, Lyon ou Toulouse, la question n’est pas tant le « pourquoi recenser » que le « pour quoi faire après ». Au cours des dix dernières années, plusieurs missions similaires ont été annoncées. Peu de rapports ont été rendus publics, et encore moins de mesures concrètes ont suivi sur le quotidien consulaire. De fait, pour une majorité, la priorité reste l’amélioration des services de base : délais de délivrance des passeports, coût des actes consulaires, accueil et digitalisation des procédures. La forme de la consultation interroge.
Le choix d’un jeudi ouvrable à 14h00 dans le 16ème arrondissement de Paris, couplé à une diffusion en ligne via un lien Teams public, est perçu par beaucoup comme peu inclusif pour une diaspora largement active, dispersée sur tout le territoire français et souvent exerçant des métiers ne permettant pas une disponibilité en journée. Ce sentiment d’une consultation qui risque de n’associer qu’une frange parisienne et disponible est très présent. Ce que la majorité silencieuse attend. Au-delà de la cartographie, trois attentes reviennent systématiquement dans les échanges : Des services consulaires modernes et accessibles, à la hauteur de ce que proposent d’autres pays africains en France. Une reconnaissance économique : des mécanismes clairs et sécurisés pour faciliter l’investissement de la diaspora au Cameroun.
Une citoyenneté pleine et entière : un exercice effectif et simplifié du droit de vote et une protection consulaire renforcée. La rencontre du 23 octobre est donc perçue comme un test. Un test de méthode et un test de sincérité. Si elle aboutit à une feuille de route claire, avec des indicateurs et un calendrier, elle pourra réconcilier. Si elle reste une réunion de plus, elle risque d’accentuer le fossé entre l’institution et sa diaspora. La diaspora camerounaise de France ne demande pas à être comptée. Elle demande à compter. C’est tout l’enjeu du 23 octobre.
De Notre correspondant à Paris
FRANCOIS ABY DONFACK
La double nationalité, la revendication qui bloque tout
Au cœur de tous les débats de la diaspora, une question revient comme un leitmotiv : la double nationalité. C’est la mère de toutes les batailles. Le droit camerounais, régi par le Code de la nationalité de 1968 (Loi n°1968-LF-3 du 11 juin 1968), ne reconnaît pas la double nationalité. Son article 31 est clair : tout Camerounais majeur qui acquiert volontairement une nationalité étrangère perd automatiquement la nationalité camerounaise.
En 2026, cette disposition est devenue anachronique et inapplicable. Comment cartographier une diaspora à qui l’on demande, juridiquement, de ne plus être camerounaise dès qu’elle devient française ? Comment lui demander d’investir, de construire et de voter au Cameroun quand, sur le papier, elle n’est plus camerounaise ? C’est le paradoxe que vit la majorité des 300.000 à 400.000 Camerounais de France. Français pour la France, étrangers pour le Cameroun. Ils paient des visas pour aller voir leurs propres parents à Yaoundé, à Douala, à Menouet ou à Nkoladom.
Partout ailleurs sur le continent, le Sénégal, le Mali, le Bénin, le Rwanda ou le Nigeria ont tranché : la double nationalité est un atout, pas une trahison. Elle sécurise les transferts de fonds, qui pour le Cameroun dépassent 300 milliards de FCFA par an, et elle fidélise les cerveaux. Pour la diaspora de France, aucune stratégie nationale ne sera crédible sans la réforme du Code de 1968. C’est la condition préalable. Sans elle, la cartographie ne recensera que des étrangers d’origine camerounaise. La balle est dans le camp du législateur à Yaoundé.
CHEF ABY














