Au cœur d’une République centrafricaine en pleine mutation économique, la sécurité d’approvisionnement en hydrocarbures s’impose comme le prérequis absolu de la souveraineté et du développement. Dans cet entretien exclusif, Ernest Fortuné Bernard Batta, directeur général(Dg) de la Société centrafricaine de stockage des produits pétroliers (Socasp), dresse le bilan d’un outil logistique stratégique en pleine modernisation. De l’extension du hub névralgique de Kolongo à la relance imminente du site multimodal de Salo dans le sud-ouest, en passant par le défi de l’enclavement géographique, le partenariat bilatéral avec la Scdp camerounaise et le virage écologique du gaz butane contre la déforestation, le patron de la Socasp détaille sa feuille de route. Une stratégie ambitieuse axée sur les Partenariats public-privé (Ppp), pour transformer le réseau pétrolier aval en un véritable moteur de croissance, de compétitivité et d’attractivité pour les investisseurs internationaux.
Monsieur le directeur général, la Socasp est présentée comme le poumon énergétique de la Rca. Comment évaluez-vous aujourd’hui vos capacités de stockage face à une demande nationale en pleine croissance ?
La Socasp va bien au-delà de son rôle de simple entreposeur : elle constitue une infrastructure souveraine au service de l’État et le maillon névralgique de notre chaîne énergétique. Dans un pays enclavé comme le nôtre, la disponibilité constante des produits pétroliers conditionne l’ensemble de l’activité économique, des transports aux mines, en passant par les Btp, l’industrie et la production d’électricité. Garantir cette continuité, c’est préserver la stabilité et l’attractivité du pays.
Notre mission couvre l’intégralité de la chaîne logistique aval : réception, contrôle qualité, conservation et mise à disposition des opérateurs de carburants conformes aux standards de sécurité et d’environnement, tout en gérant les stocks stratégiques de la Nation.
A ce jour, la Socasp opère une capacité de stockage supérieure à 52 000 m³, principalement concentrée principalement sur notre dépôt central de Kolongo. Si cet outil couvre encore nos besoins immédiats, la trajectoire de la consommation nous impose d’anticiper : les volumes mis à la consommation sont passés de 138 000 m³ en 2024 à plus de 164 000 m³ en 2025, soit une hausse de 19 %. Cette accélération reflète directement le dynamisme de plusieurs secteurs de notre économie, notamment les transports, les mines, les infrastructures et les services.
Cette croissance est un indicateur économique très encourageant. Elle démontre que la demande en énergie progresse au rythme du développement du pays. Notre feuille de route consiste donc à moderniser et étendre nos infrastructures dès aujourd’hui, afin de doter la République centrafricaine des capacités de stockage adaptées aux exigences de demain.
Au-delà des chiffres, notre ambition est de faire de la Socasp un véritable levier de compétitivité économique. Renforcer les capacités nationales de stockage, c’est réduire la vulnérabilité de notre chaîne logistique, sécuriser les approvisionnements, soutenir l’investissement privé et créer les conditions d’une croissance durable. C’est cette vision qui guide aujourd’hui notre action au service de la République centrafricaine.
Le dépôt de Kolongo, qui avoisine les 54 000 m³, demeure votre principale infrastructure stratégique. Après les récents investissements et l’inauguration de nouveaux bacs, quels sont les prochains projets d’extension engagés pour sécuriser l’approvisionnement national ?
Ces investissements traduisent la volonté politique de l’exécutif, sous l’impulsion du Chef de l’État, le Professeur Faustin Archange Touadéra : doter la République centrafricaine d’infrastructures énergétiques modernes à même de soutenir la transformation structurale de notre économie.
A Kolongo, hub névralgique de notre réseau, la Socasp a renforcé ses capacités par la construction de nouveaux bacs et la modernisation des systèmes de sécurité industrielle. Avec une capacité portée à près de 54 000 m³, le site conforte son statut de plateforme nationale de réception des carburants importés.
En parallèle, nous avons franch
i un cap décisif dans la logistique aéroportuaire avec la mise en service d’un dépôt aviation moderne de 1 000 m³ à l’aéroport international Bangui-M’Poko, adossé aux 450 m³ du système Hydrant refueling system (Hrs). Cet outil sécurise l’approvisionnement en Jet A-1 pour les compagnies commerciales, les missions diplomatiques et les opérations humanitaires. 
Notre feuille de route vise désormais à parachever la mise aux normes internationales du dépôt de Kolongo, afin d’améliorer encore sa performance opérationnelle, sa fiabilité et son niveau de sécurité. Mais notre vision va au-delà d’un seul site. Nous préparons surtout le déploiement de dépôts secondaires dans les grands bassins de consommation du pays. Ces infrastructures relais rapprocheront les carburants des usagers, réduiront les surcoûts logistiques et renforceront la résilience de notre dispositif d’approvisionnement.
Enfin, la réhabilitation du dépôt de Salo demeure une priorité stratégique pour le sud-ouest : elle permettra de mieux redistribuer nos capacités nationales de stockage et d’accompagner l’essor économique de cette région.
Notre ambition est claire : bâtir un véritable réseau national d’infrastructures pétrolières moderne, sécurisé et performant, capable de soutenir la croissance économique, d’améliorer la compétitivité des entreprises et de répondre aux besoins énergétiques d’une République centrafricaine en pleine évolution.
Vital pour la région du sud-ouest, le site de Salo a subi de plein fouet des crises successives, depuis 2013. Quelle est aujourd’hui la feuille de route de la Socasp pour sa réhabilitation, et quel en sera l’impact économique local ?
Avec sa capacité de 3 000 m³, le dépôt de Salo constitue un maillon-clé de notre stratégie de maillage territorial. Avant les événements de 2013, cette infrastructure jouait un rôle névralgique dans le ravitaillement du sud-ouest, notamment du bassin de Nola et de ses environs, grâce à sa position bimodale permettant des approvisionnements aussi bien par voie fluviale que par voie routières.
Bien que la crise ait contraint à la mise hors service du site, la Socasp a anticipé sa relance en finalisant les études techniques et le chiffrage des investissements requis. La concrétisation du projet restait toutefois suspendue au désenclavement routier de cette partie du pays.
Les chantiers de réhabilitation des corridors et des ouvrages d’art actuellement menés par le gouvernement changent la donne. Dès que l’accessibilité logistique sera totalement garantie, nous lancerons la modernisation du site selon les standards internationaux de sécurité, de qualité et de protection de l’environnement.
Au-delà du volet industriel, la relance de Salo s’impose comme un véritable levier de développement pour le Sud-Ouest, une zone à fort potentiel minier, forestier et transfrontalier d’excellence, dont la compétitivité dépend largement d’un approvisionnement en hydrocarbures.
En rapprochant les carburants des acteurs économiques, ce dépôt réduira significativement les coûts de transport, sécurisera les opérations de production et dynamisera le commerce avec les pays voisins, redonnant à toute la région son attractivité économique, afin de soutenir durablement son développement.
L’enclavement de la Rca pose un défi logistique complexe. Comment la Socasp optimise-t-elle ses circuits d’approvisionnement à partir des différents corridors d’importation ?
L’enclavement géographique constitue effectivement l’un des verrous majeurs de notre chaîne d’approvisionnement. Dans ce contexte, la performance logistique devient un facteur déterminant de la sécurité énergétique, mais aussi de la compétitivité de notre économie. Toute notre stratégie consiste donc à optimiser les différents corridors d’importation afin de garantir la disponibilité permanente des produits pétroliers au meilleur coût logistique.
Notre modèle repose sur la complémentarité stratégique de deux axes d’importation :
– Le corridor fluvial Congo-Oubangui (80 % des volumes) : c’est l’artère maîtresse de notre dispositif. Chaque campagne de navigation nous permet d’engranger des stocks massifs pour couvrir la saison des pluies et sécuriser le premier trimestre de l’année suivante, période où la baisse du niveau des eaux ralentit la batellerie ;
– Le corridor routier via le Cameroun (20 % des volumes) : cet axe apporte la flexibilité indispensable. Plus réactif, il agit comme un levier d’ajustement pour répondre aux pics de demande ou pallier les contraintes saisonnières de la voie fluviale.
Cette logistique modale exige un pilotage de précision et une anticipation constante. Les performances du corridor fluvial demeurent étroitement liées aux aléas climatiques, qui influencent le niveau des eaux, la durée de la navigabilité et le calendrier des convois. C’est pourquoi la Socasp planifie très en amont les volumes à importer, suit en permanence l’évolution des stocks et travaille en étroite coordination avec les importateurs, les transporteurs, les armateurs et les administrations concernées afin d’optimiser les flux et de prévenir toute rupture d’approvisionnement.
En définitive, notre stratégie ne consiste pas seulement à acheminer des produits pétroliers ; elle vise à optimiser l’ensemble de la chaîne logistique, afin de réduire les coûts d’approvisionnement, de sécuriser les flux commerciaux et d’offrir aux opérateurs économiques un environnement plus stable et plus compétitif.
Dans un pays enclavé comme le nôtre, la maîtrise de la logistique constitue un véritable avantage économique.
Une part significative de vos approvisionnements transite par le territoire camerounais. Comment évolue votre partenariat avec la Société camerounaise des dépôts pétroliers (Scdp) et quels mécanismes garantissent la fluidité de ces transferts ?
La relation entre la Socasp et la Scdp va bien au-delà des seuls aspects opérationnels : elle incarne un partenariat stratégique majeur pour la sécurité énergétique et l’intégration économique en zone Cémac. Je tiens à saluer, au nom de la Socasp et de la République centrafricaine, l’engagement constant des plus hautes autorités camerounaises pour la fluidification du corridor Douala-Bangui, une artère vitale pour l’approvisionnement énergétique de notre pays, ainsi que la direction générale de la Scdp et de ses équipes pour leur professionnalisme, leur disponibilité et la qualité exemplaire de leur coopération.
Ce partenariat fondé sur la confiance, le partage d’expertise et le renforcement des compétences repose sur deux piliers essentiels :
– le transfert de compétences et d’expertise : la Scdp contribue au renforcement des capacités de nos cadres et techniciens, à travers des modules de formation continue, élevant continuellement nos standards opérationnels ;
– l’optimisation logistique et le stockage tampon : sur le plan technique, la Scdp facilite le transit des carburants et met à notre disposition, lorsque la chaîne logistique se tend, des capacités de stockage temporaires (sommiers). Ce mécanisme régule les flux, synchronise les départs des convois vers Bangui et sécurise le marché contre les risques de pénurie.
Au-delà de son intérêt opérationnel, cette coopération constitue un véritable facteur de compétitivité. En fluidifiant les opérations de transit, elle contribue à réduire les délais logistiques, à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et à soutenir les échanges économiques entre nos deux pays. Elle illustre également l’importance de l’intégration régionale au sein de la Cémac, où les infrastructures et les partenariats constituent des leviers essentiels de développement.
Pour la Socasp, cette coopération est appelée à se renforcer. Les défis énergétiques actuels imposent des réponses concertées, fondées sur la confiance, la complémentarité et une vision commune de la sécurité des approvisionnements et du développement économique régional.
Le marché mondial des hydrocarbures est sujet à une forte volatilité. Dans quelle mesure la Socasp, forte de son actionnariat mixte associant l’Etat centrafricain à des majors privés (TotalEnergies, Tradex), parvient-elle à amortir ces chocs exogènes sur le marché national ?
Il convient d’abord de préciser notre périmètre : la Socasp est un gestionnaire d’infrastructures de stockage. Notre rôle n’est pas d’agir sur les cours internationaux ni sur les mécanismes de tarification. En revanche, nous constituons le principal rempart de la nation contre les ruptures logistiques engendrées par ces turbulences extérieures.
Dans un environnement mondial perturbé par les tensions géopolitiques, les fluctuations des marchés internationaux et les blocages des chaînes de transport, notre priorité absolue est de garantir la disponibilité physique des produits pétroliers. Grâce à la gestion rigoureuse de nos capacités de stockage et des flux, nous mettons les acteurs économiques (transporteurs, industriels, miniers et services publics) à l’abri des pénuries qui paralyseraient le pays.
Notre modèle d’actionnariat constitue à cet égard un atout stratégique majeur. L’alliance entre l’Etat centrafricain et des majors privés de référence favorise une gouvernance exigeante, équilibrée, un dialogue fluide et un transfert d’expertise permanent. Cette synergie renforce l’efficacité de la Socasp et la coordination de l’ensemble de toute la filière pétrolière aval.
Au-delà de notre mission technique, notre contribution est avant tout économique. En assurant la continuité du ravitaillement national, nous sécurisons l’activité économique, les investissements privés et les recettes fiscales de l’Etat. . Dans une économie où les produits pétroliers alimentent la quasi-totalité des secteurs d’activité, la disponibilité de l’énergie constitue un facteur essentiel de croissance, de compétitivité et de résilience économique.
Si la Socasp ne maîtrise pas les fluctuations des marchés internationaux, elle contribue, par la fiabilité de ses infrastructures et la qualité de sa gouvernance, à en atténuer les effets sur l’économie nationale. C’est cette mission qui fait aujourd’hui de la Socasp un acteur stratégique de la stabilité économique de la République centrafricaine.
Le secteur des hydrocarbures en République centrafricaine pâtit de la contrebande et du marché noir, des fléaux qui amputent lourdement les recettes publiques. Alors que des saisies spectaculaires de carburant frauduleux ont récemment fait la une des médias, quel rôle joue concrètement la Socasp dans la sécurisation du marché formel ?
La prolifération des flux informels et des importations illicites d’hydrocarbures constitue un défi majeur pour nos finances publiques et notre économie. Au-delà du manque à gagner fiscal et douanier considérable qu’il inflige à l’Etat, ce commerce clandestin fausse le jeu de la libre-concurrence, altère la qualité des carburants livrés aux consommateurs et fait courir de graves risques d’incendie et d’explosion à nos concitoyens.
Il importe toutefois de préciser notre cadre d’intervention : la Socasp n’est ni une police administrative ni un organe de répression. Ces missions relèvent des services compétents de l’État. Le contrôle des frontières et le démantèlement des réseaux de fraude relèvent exclusivement des prérogatives régaliennes des forces de défense, de la douane et des services de contrôle. Notre rôle intervient en appui technique, en aval des saisies conservatoires.
En raison de l’extrême dangerosité et de la volatilité de ces produits de contrebande, les stocks saisis sont immédiatement transférés et sécurisés dans nos installations aux normes Seveso/Iso. Nos laboratoires spécialisés procèdent ensuite à des prélevés et des analyses physico-chimiques rigoureuses pour établir la traçabilité et la qualité du produit, éclairant ainsi la décision des autorités administratives et judiciaires sur leur destination finale (reprise dans le circuit officiel, recyclage ou destruction).
En somme, si la traque des fraudeurs est une œuvre collective emmenée par l’Etat, la Socasp y apporte son expertise industrielle. En garantissant une étanchéité totale du réseau formel et une conformité stricte des produits mis en circulation, nous préservons les recettes de la nation, tout en protégeant les consommateurs et l’appareil productif centrafricain.
Comment pilotez-vous vos relations avec les marketeurs et distributeurs agréés pour conjurer le spectre des ruptures de stock qui paralysent si fréquemment les transports et le tissu industriel ?
Dans le secteur stratégique des hydrocarbures, la prévention des tensions d’approvisionnement ne tolère aucun pilotage à vue. Elle repose sur une synergie constante et transparente entre la Socasp, les sociétés de distribution, les importateurs et les régulateurs de l’Etat. Dans un secteur aussi stratégique que celui des hydrocarbures, la circulation de l’information est un facteur essentiel de performance. ‘est ainsi que la maîtrise de l’information en temps réel constitue notre premier levier d’action.
Chaque matin, nos services transmettent à chaque marketeur un état détaillé de ses réserves disponibles dans nos dépôts. Cette traçabilité quotidienne offre aux distributeurs la visibilité nécessaire pour ajuster leurs plannings d’importation, cadencer le ravitaillement de leurs réseaux de stations-service et rationaliser leurs livraisons aux industriels sur tout le territoire.
En amont, la Socasp exerce une veille permanente sur les volumes globaux des importateurs. Dès qu’un seuil d’alerte ou de stock critique est franchi, nous déclenchons une procédure de relance pour inciter les opérateurs à réapprovisionner le marché dans les plus brefs délais. Cette démarche d’anticipation permet de limiter les risques de tension sur le marché et de préserver la continuité de l’approvisionnement national…
Enfin, en notre qualité de commissionnaire en douane agréé par l’État pour les hydrocarbures, nous centralisons la gestion douanière du secteur. Chaque fin de mois, la Socasp liquide les droits et taxes afférents aux volumes mis à la consommation. Ce rôle d’interface garantit la fiabilité de la fiscalité pétrolière et met à la disposition des autorités financières des données consolidées indispensables au pilotage des recettes publiques.
Plus qu’un simple entreposeur, la Socasp s’affirme ainsi comme la tour de contrôle logistique et fiscale de la filière aval, garantissant l’équilibre du marché et la stabilité de l’écosystème économique national. A la clôture de chaque mois, nous établissons la situation des droits et taxes liquidés sur les produits pétroliers, permettant ainsi de consolider la fiscalité pétrolière mensuelle et de fournir aux pouvoirs publics des données fiables pour le suivi des recettes de l’Etat et le pilotage du secteur.
Au-delà de sa mission de stockage, la Socasp joue ainsi un rôle de coordination logistique au service de l’ensemble de la filière pétrolière. En favorisant l’anticipation, la transparence et la fluidité des opérations, nous contribuons à sécuriser l’approvisionnement du marché, à soutenir les activités économiques et à préserver un environnement favorable aux investissements.
Le maintien de la qualité des produits stockés est une exigence forte. Comment la Socasp garantit-elle cette sécurité sanitaire et environnementale sur ses sites ?
Dans l’industrie pétrolière, la qualité n’est pas une option : c’est le socle sur lequel reposent la sécurité des infrastructures, la durabilité des équipements industriels et automobiles, la préservation des écosystèmes et la confiance des investisseurs.
A la Socasp, le contrôle qualité s’exerce en continu selon un protocole strict articulé en trois étapes indissociables : à la réception des cargaisons, durant la phase d’entreposage dans nos bacs, et juste avant la mise à disposition des distributeurs. Notre laboratoire d’analyse spécialisé effectue des tests physico-chimiques systématiques afin d’attester la conformité de chaque lot aux spécifications réglementaires.
S’agissant des carburants à haut risque comme le Jet A-1 destiné au secteur aéronautique, notre niveau d’exigence franchit un palier supplémentaire. Au-delà des contrôles internes, effectués par notre laboratoire, chaque cargaison fait l’objet d’une contre-expertise et d’une recertification par des laboratoires homologués de la sous-région, conformément aux critères drastiques de l’Organisation de l’aviation civile internationale (Oaci) et de l’Iata. Cette rigueur garantit aux compagnies aériennes et aux acteurs humanitaires une fiabilité zéro défaut.
Sur le plan opérationnel, cette politique de qualité s’adosse à un système rigoureux d’Hygiène, sécurité et environnement (Hse). Maintenance préventive des bacs et tuyauteries, formation continue des techniciens aux risques industriels et modernisation permanente des dispositifs de détection et de lutte contre les sinistres constituent notre quotidien.
Garantir l’intégrité des carburants va donc bien au-delà de la technique : c’est protéger le pouvoir d’achat des consommateurs, préserver l’environnement et offrir aux acteurs économiques une chaîne de valeur conforme aux meilleurs standards internationaux.
Etant donné que l’‘énergie conditionne l’essor industriel de toute nation. De quels leviers et de quels soutiens la Socasp a-t-elle besoin aujourd’hui pour s’imposer comme le véritable moteur de l’industrialisation centrafricaine ?
Il ne peut y avoir de développement industriel sans une infrastructure énergétique solide, pérenne et souveraine. Sans une garantie absolue dans la régularité des approvisionnements en hydrocarbures, il devient illusoire de prétendre attirer des investissements lourds ou de structurer des filières productives compétitives.
Si la Socasp bénéficie déjà d’un portage politique fort de la part des plus hautes autorités de l’Etat pour moderniser le sous-secteur pétrolier aval, nous devons désormais franchir un cap d’échelle. Notre ambition s’articule autour de quatre priorités stratégiques : l’extension des capacités (accroître le volume de nos réserves stratégiques au dépôt principal de Kolongo); le maillage territorial (déployer un réseau de dépôts secondaires dans les provinces et parachever la réhabilitation du site stratégique de Salo) ; la transition numérique (digitaliser l’ensemble de nos processus d’exploitation, de comptage et de gestion des flux pour une traçabilité optimale) ; et la mise aux standards internationaux (continuer la modernisation Hse (hygiène, sécurité, environnement) de toutes nos installations).
La concrétisation de cette ambition requiert la mobilisation d’investissements conséquents, de technologies de pointe et d’expertises pointues. C’est pourquoi nous misons résolument sur la synergie des Partenariats public-privé (Ppp). L’alliance entre la vision de l’Etat, la souplesse des investisseurs privés, l’accompagnement des bailleurs de fonds et le savoir-faire des partenaires techniques constitue le modèle le plus efficient pour porter ces grands chantiers.
En renforçant l’outil industriel de la Socasp, nous ne modernisons pas une simple entreprise de stockage : nous créons un effet d’entraînement sur tout le tissu économique centrafricain. Sécuriser le carburant au meilleur coût logistique, c’est baisser les coûts de production des mines, des usines, des exploitations agricoles et des transports, offrant ainsi à la République centrafricaine le socle énergétique indispensable à son émergence.
A l’heure où la transition énergétique s’impose à l’agenda mondial, quelle est la vision stratégique d’un stockeur d’hydrocarbures en République centrafricaine face à cette mutation ? Quels projets menez-vous, notamment sur le stockage du gaz butane, pour enrayer la déforestation ?
La transition énergétique est un impératif global. En République centrafricaine, elle doit toutefois s’opérer de manière pragmatique, en conciliant souveraineté énergétique, essor économique et impératifs environnementaux.
Dans cette dynamique, la Socasp s’inscrit pleinement dans les orientations stratégiques impulsées par les pouvoirs publics. Notre activité évolue : nous ne sommes plus seulement un stockeur de carburants liquides. Le site de Kolongo abrite aujourd’hui une infrastructure moderne de stockage de Gaz de pétrole liquéfié (Gpl), dotée de réservoirs sous pression et pleinement opérationnelle.
Sous la vision stratégique du chef de l’Etat, son excellence le Pr Faustin Archange Touadéra, et avec l’onction du gouvernement, l’étape suivante vise à étendre ce réseau via la création de centres emplisseurs dans nos différentes provinces. L’objectif est clair : démocratiser l’accès au gaz butane pour l’ensemble des ménages centrafricains.
La phase suivante vise à franchir un cap dans la distribution. Avec l’appui du gouvernement, nous préparons l’implantation de centres emplisseurs de gaz butane dans les principales régions du pays. L’enjeu est de démocratiser l’accès à cette ressource, historiquement concentrée dans la capitale, pour en faire une véritable alternative énergétique nationale.
Au-delà de son intérêt énergétique, cette politique constitue un véritable projet de développement durable. En favorisant l’utilisation du gaz comme énergie domestique, elle contribuera à réduire la déforestation, à préserver les ressources forestières, à améliorer les conditions de vie des ménages et à accompagner la transition écologique de notre pays.
Pour la Socasp, réussir la transition énergétique signifie transformer l’outil logistique pétrolier en un levier concret de protection de la biodiversité centrafricaine.
Quel message fort souhaiteriez-vous adresser aux investisseurs qui s’intéressent au marché centrafricain et qui lisent aujourd’hui ce dossier spécial ?
A tous ceux qui observent notre pays avec pragmatisme et ambition, nous voulons envoyer un signal clair : la République centrafricaine est aujourd’hui une terre d’opportunités majeures, résolument engagée dans la modernisation de ses infrastructures souveraines.
Sous l’impulsion du chef de l’Etat, son excellence le Pr Faustin Archange Touadéra, et grâce à la détermination du gouvernement, la filière pétrolière aval connaît une transformation profonde. Cette volonté politique au plus haut sommet crée un environnement des affaires rénové, prévisible et propice au déploiement de projets structurants et à l’émergence de nouveaux partenariats.
La Socasp s’impose comme le pivot de cette mutation. Pour concrétiser notre feuille de route, qu’il s’agisse de déployer nos dépôts provinciaux, d’accroître nos réserves stratégiques, d’optimiser notre logistique, de développer la logistique pétrolière ou de structurer la filière nationale du gaz butane, nous faisons le choix résolu des Partenariats public-privé (Ppp).
Rejoindre nos chantiers, ce n’est pas seulement bâtir des infrastructures industrielles : c’est verrouiller la sécurité énergétique d’un pays en pleine renaissance, faire baisser les surcoûts logistiques, stimuler l’industrialisation et participer à la création de valeur partagée au cœur de la zone Cémac.
Aux investisseurs, institutions financières et partenaires technologiques : la Socasp vous offre un cadre de collaboration transparent, solide et orienté vers la performance. Elle est prête à construire avec eux des partenariats durables, fondés sur la confiance, la transparence et la création de valeur partagée. Investir dans les infrastructures énergétiques de la République centrafricaine, c’est le choix d’un partenariat durable, gagnant-gagnant, et ancré dans la croissance de demain. Investir dans les infrastructures énergétiques de la République centrafricaine, c’est investir dans la croissance, la compétitivité et l’avenir de toute une nation.
Propos recueillis à Bangui par Richard KENMOGNE
















