Dans l’effervescence sereine et sécurisée de cette 31e édition du SIEL, une conférence captivante sur l’hydrogène a illuminé les débats le 3 mai dernier. Animée par le Pr Nadia Yousfi, enseignante-chercheuse et Chargée de Mission Hydrogène à l’Université Internationale de Rabat (UIR), elle a démystifié ce gaz miracle pour un auditoire conquis.
Pour les initiés – chimistes, étudiants ou experts, l’exercice semble limpide. Mais pour le profane, attiré par la promesse d’un thème brûlant, c’est une véritable gymnastique intellectuelle. L’hydrogène ? Pas moins que le pilier de l’eau (H₂O), dont la formule révèle deux atomes d’hydrogène (H₂) liés à un atome d’oxygène (O). Source d’énergie colossale, il alimente les combustions explosives, génère de l’électricité via l’électrolyse de l’eau, et se décline en trois couleurs stratégiques : gris (issu des fossiles, polluant), bleu (avec captage du CO₂) et vert (par électrolyse renouvelable, propre et d’avenir).
Avec clarté magistrale, Pr Yousfi a décortiqué sa provenance (souterraine ou produite), ses usages omniprésents (carburant, industrie, stockage d’énergie), ses risques (inflammabilité extrême) et ses atouts titanesques : zéro émission à l’usage final, densité énergétique trois fois supérieure à l’essence. Des chiffres éloquents ? Le Maroc importe annuellement 4 milliards de dirhams d’ammoniac pour ses engrais, un marché que l’hydrogène vert pourrait révolutionner.
Mais au-delà de la science, l’enjeu est géostratégique. Alors que les énergies fossiles s’épuisent, le pétrole chutant de 80 millions de barils/jour aujourd’hui vers un pic mondial imminent, les nations se ruent sur l’hydrogène. Seuls rares pays en regorgent naturellement : en Afrique du Nord, le Maroc ; au Sahel, le Mali, où un village entier brille déjà grâce à ses gisements, alimentant 100% de ses besoins électriques.
Investir aujourd’hui ? C’est miser sur une rentabilité exponentielle demain. La bataille mondiale fait rage : l’Europe vise 40 GW d’électrolyseurs d’ici 2030, les USA injectent 7 milliards de dollars via l’Inflation Reduction Act. Le conflit récent au Moyen-Orient ? Un avertissement : la souveraineté énergétique passe par la recherche, les publications scientifiques et l’exploitation de nos gisements – gage de puissance nationale.
Lors du débat, une question fusante : «Le Maroc peut-il financer cette production dès à présent ?» Réponse affirmative et visionnaire du Pr Yousfi : «Oui, en priorisant la recherche. Un investissement à long terme, preuve irréfutable de souveraineté et de rayonnement scientifique.»
Ces conférences du SIEL ne sont pas de vains mots : elles forgent l’avenir.
Par Sylvain Timamo à Rabat
















