Téléphonie mobile : Nexttel Cameroun au bord de l’implosion

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Gangstérisme managérial, filouterie fiscale, gestion calamiteuse et mauvaise foi manifeste caractérisent les investisseurs vietnamiens toujours enclins à entuber la partie camerounaise impliquée dans ce projet de téléphonie mobile pourtant voué à un avenir radieux.

«Jeu de dupes des Vietnamiens». Ainsi qualifie-t-on, le partenariat qui lie les investisseurs vietnamiens à la partie camerounaise dans l’aventure baptisée Nexttell, alias Viettel, au regard des frasques à répétition multipliées par le premier, dont l’intention manifeste est de flouer la partie camerounaise dans le projet.

Pourtant, l’entrée en scène du 3e opérateur de téléphonie mobile au Cameroun avait suscité beaucoup d’espoir dans le secteur, quelques années plus tard, les Camerounais étaient confrontés à la dure réalité sur le terrain. Le management de l’entreprise, assurée par les Vietnamiens, pose problème : forfaiture et imposture auraient droit de cité ici.

Le contrat établi au départ entre les investisseurs vietnamiens et leur partenaire camerounais semble remis en cause. Toute chose qui porte un coup sur le moral des personnels de cette entreprise, considérés comme des patins, voire des marionnettes qui n’auraient aucun rôle à jouer véritablement.

A cela s’ajoute la gestion scabreuse de l’entreprise. En témoigne par exemple la mise sur le marché de certains produits totalement ignorés de l’actionnaire camerounais, qui regarde désormais en chien de faïence son partenaire vietnamien. Au départ déjà, l’affaire sentait le roussi. Un mois seulement après le lancement de ses activités, le 3e opérateur de la téléphonie mobile se portait mal, et très mal.

La société de téléphonie mobile Nexttel alias Viettel était au bord d’une crise sociale. Dans un rapport adressé au gouvernement camerounais au sujet de l’état de gestion au sein de cette entreprise, les responsables locaux ne supportaient plus la manière dont est géré l’opérateur de la 3G au Cameroun.

Les employés se plaignaient déjà que le directeur général dirigeait l’entreprise en maître absolu et prenait des décisions stratégiques et tactiques sans informer ses collaborateurs, directeurs généraux adjoints, qui sont toujours surpris des actions entreprises par ce dernier.

Ceci a pour conséquence de créer un conflit permanent au sein de l’équipe dirigeante. Plusieurs réclamations ont été adressées, sans suite, au directeur général.

Mauvaise foi

Les deux directeurs généraux adjoints camerounais avaient alors accusé le directeur général, le Vietnamien Vu Khanh Duy, de verrouiller la gestion de l’entreprise. Il lui était reproché de procéder, de façon unilatérale, à l’importation tous azimuts de la main d’œuvre vietnamienne, contrairement au cahier de charges. Bien plus, il était reproché au Dg d’instaurer le principe de la double signature pour les dépenses de la société détentrice exclusive de la 3G au Cameroun, et l’octroi aux Vietnamiens d’à peu près 500 postes légalement réservés aux nationaux. Pourtant, lors de la création de Viettel, il avait été convenu que pendant la phase d’implantation, le personnel vietnamien serait composé uniquement de techniciens, 200 au maximum.

Mais aujourd’hui, constate-t-on, à l’insu de la partie camerounaise, l’on dénombre près de 400 Vietnamiens avec des profils administratifs, comptables, gestionnaires des ressources humaines. Toute chose qui va à l’encontre des dispositions du décret du 15 juillet 1992 fixant les conditions d’emploi des travailleurs de nationalité étrangère pour certaines professions ou certains niveaux de qualification professionnelle.

En effet, selon l’article 2(1) dudit décret, «nonobstant les dispositions du code du travail relatives au visa des contrats des travailleurs de nationalité étrangère, les emplois de manœuvre, d’ouvriers ou d’agents de maîtrise ne peuvent être confiés à un étranger que sur présentation d’une attestation délivrée par les services de la main d’œuvre certifiant le manque de travailleurs camerounais dans la spécialité concernée».

Dans tous les cas, pour ramener la sérénité au sein de cette société qui doit créer 6300 emplois directs et indirects, la partie camerounaise exigeait ni plus ni moins que la régulation de la situation du personnel, la nomination des Camerounais à la tête des départements dédiés à l’administration, aux ressources humaines et aux affaires juridiques.

Toujours est-il que le climat était devenu si délétère que le Premier ministre camerounais, Philemon Yang, avait dû intervenir en se constituant médiateur entre les principaux responsables de l’entreprise vietnamienne. Malgré cette initiative de convoquer les deux parties dans ses services en septembre dernier, les responsables camerounais et vietnamiens se regardent toujours en chiens de faïence. Pire, on reproche au top management de na pas s’acquitter de ses obligations fiscales.

Vers la rupture de partenariat ?

Nexttel, la filiale camerounaise du groupe télécoms vietnamien Viettel, qui a officiellement lancé ses activités en septembre 2014, est aujourd’hui au bord du gouffre.

Les partenaires nationaux se disent floués par les Vietnamiens, qui ne cherchent qu’à se frotter les mains. Du coup, on court à une rupture du contrat de partenariat.

Surtout que le partenaire camerounais craint ne pas contrôler la destination des recettes à venir. Toutefois, l’entreprise compte aujourd’hui près de 5 millions d’abonnés. L’information est révélée dans un communiqué publié le 15 août 2018, lequel annonce la signature d’un partenariat avec la firme israélienne Gilat Telecom, aux fins du déploiement du réseau 4G. Avec ce parc d’abonnés, qui s’étoffe finalement assez rapidement, le 3ème opérateur de mobile au Cameroun tutoie désormais MTN et Orange, arrivés sur le marché camerounais de la téléphonie mobile presque 15 ans plus tôt.

En effet, selon les derniers pointages des deux opérateurs, Orange et MTN sont pratiquement au coude à coude en termes de nombre d’abonnés enregistrés au premier semestre 2018, avec 6,58 millions et 6,6 millions de clients respectivement.

L’on peut cependant remarquer que le plus grand perdant dans ce match des abonnés au mobile au Cameroun est la filiale locale du groupe sud-africain MTN International, qui revendiquait déjà plus de 10 millions d’abonnés dans le pays il y a 5 ans. Et dont le parc d’abonnés, au même titre que celui d’Orange Cameroun, pourrait encore faire les frais du lancement du réseau 4G annoncé par Nexttel.

Jean Paul ONANA