Nigeria: « Blackout » à Lekki et tirs sur les manifestants : le mouvement END SARS s’embrase

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De nombreuses vidéos circulant sur les réseaux sociaux dans la nuit du mardi 20 octobre 2020 accusent les soldats nigérians d’avoir tiré à balles réelles sur les manifestants du mouvement END SARS. Sur twitter, l’armée dénonce des fake news et affirme qu’aucun soldat n’était présent sur les vidéos.

Au Nigeria, le mouvement END SARS semble être entré dans une nouvelle dimension dans la nuit du 20 octobre 2020. Selon plusieurs témoignages relayés par des médias locaux, l’armée nigériane aurait usé d’armes à feu pour disperser des manifestants pacifistes au poste péage de Lekki (Lekki Toll Gate), à Lagos.

« Voici ce que nous voyons maintenant au Nigeria. Regardez, ils sont en train de faire feu. Ici c’est Lekki Toll Gate et les soldats y ont été envoyés pour tirer sur les manifestants. Nous avons besoin d’aide ici, les manifestants sont toujours par terre » commentait sur twitter un internaute qui filmait du haut d’un immeuble une scène montrant des véhicules appartenant visiblement à l’armée, en train d’avancer et de tirer sur des personnes. Pour l’instant, la vidéo n’a pas encore pu être authentifiée par l’Agence Ecofin.

Cependant, sur les réseaux sociaux, on peut désormais voir circuler de nombreuses vidéos comme celle-là dénonçant des « tueries » de manifestants, ainsi qu’un « blackout » de la zone concernée. Selon la plupart des témoignages, l’armée aurait plongé la zone de Lekki Toll Gate dans le noir afin d’empêcher les gens de relayer les informations sur ce qui se déroule vraiment sur les lieux.

Cet embrasement de la situation intervient quelques heures après l’annonce d’un couvre-feu de 24h dans l’Etat de Lagos, après l’intensification des manifestations contre les brutalités policières.

Créé au départ pour réclamer la dissolution d’une force de police spéciale, la SARS, réputée pour ses exactions, le mouvement « END SARS » s’est très vite amplifié pour réclamer de plus grandes réformes sécuritaires, malgré la satisfaction des premières revendications des manifestants. Après que le mouvement a progressivement sombré dans la violence, le gouvernement a décidé de déployer l’armée pour reprendre le contrôle de la situation.

Si les accusations de tirs sur les manifestations se confirmaient, au terme de futures enquêtes, cela représenterait un coup dur pour le gouvernement de Muhammadu Buhari, déjà fragilisé par une situation économique catastrophique et une situation sécuritaire de moins en moins tenable. Déjà plusieurs grandes personnalités nigérianes ou mondiales sont montées au créneau pour dénoncer ces agissements.

« J’appelle Muhammadu Buhari et l’armée nigériane à arrêter de tuer les jeunes manifestants du mouvement END SARS », a tweeté l’ancienne candidate à la présidentielle américaine, Hillary Clinton, terminant son message par un hashtag « Stop Nigeria Government ».

De son côté, le président Muhammadu Buhari n’a toujours pas officiellement réagi à la situation. L’armée nigériane, elle, s’est contentée de dénoncer des fake news, arguant qu’aucun soldat n’était présent sur les scènes filmées.

Moutiou Adjibi Nourou