Le Tchad fête 60 ans d’indépendance, le président Deby devient maréchal

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Le président tchadien Idriss Deby Itno a été promu maréchal mardi, jour du 60è anniversaire de l’indépendance de son pays, donnant un ton résolument martial à la cérémonie.

Vêtu d’un uniforme flambant neuf digne de son nouveau grade, le président Déby, 68 ans, devient le premier maréchal du Tchad.

Il a à cette occasion prononcé devant l’Assemblée nationale un discours guerrier devant une audience limitée où il a peu été question de l’indépendance de son pays, ex-colonie française, acquise le 11 août 1960.

« C’est le mérite des faits d’arme qui me vaut cette distinction, que je dédie à tous mes frères d’armes », a indiqué le président, ajoutant: « la menace du terrorisme est toujours là et elle est implacable ».

« Je continuerai d’être le premier garant de la liberté de mes concitoyens », a promis le président Déby devant une assemblée peu remplie, le Tchad ayant interdit les rassemblements de plus de 50 personnes pour éviter la propagation du coronavirus.

Le traditionnel défilé militaire annuel de la fête de l’Indépendance a également été annulé cette année, remplacé par un simple survol de la ville par l’aviation tchadienne.

Le parlement tchadien où le parti présidentiel possède une large majorité absolue, avait voté en juin l’élévation du président au titre de maréchal, ce que ce dernier avait lui-même confirmé par un décret.

« Vous êtes une icône et un symbole pour le Tchad », a affirmé le président de l’Assemblée nationale, Haroun Kabadi.

Le parlement lui a accordé le titre de maréchal après une vaste opération contre le groupe jihadiste Boko Haram en avril qu’il a lui même dirigée.

– Image de chef de guerre travaillée –

Arrivé au pouvoir par les armes en 1990, il assoit son image de chef de guerre, aussi bien auprès de ses compatriotes que de ses partenaires internationaux.

L’armée tchadienne est notamment présente dans la Force multinationale mixte (FMM) aux côtés du Nigeria, du Niger et du Cameroun qui combattent le groupe jihadiste Boko Haram dans la zone du lac Tchad.

Si la présence tchadienne est logique dans cette zone à quelques heures de route de la capitale N’Djamena, où des jihadistes profitent des îlots parsemés sur cette vaste étendue marécageuse pour attaquer les quatre pays frontaliers, l’armée tchadienne fait également partie des forces du G5 Sahel aux côtés de la Mauritanie, du Mali, du Burkina Faso et du Niger, déployée plus loin.

Une présence qui permet au président Déby de faire pression sur ses partenaires.

En avril, après l’offensive contre le groupe Boko Haram, le président avait affirmé qu' »aucun soldat tchadien ne participera à une opération militaire en dehors du Tchad ».

Mais depuis, la présidence a peu à peu assoupli son message, et confirmé dimanche qu’un bataillon tchadien allait bien être envoyé dans la zone des trois frontières, entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

« La lutte contre le terrorisme est un imperatif vital et demeurera au centre de nos préoccupations, c’est pourquoi nous allons poursuivre notre lutte de manière résolue, en synergie avec les pays de la BCLT (Commission du bassin du lac Tchad, qui regroupe les quatre pays frontaliers de cette région, ndlr) et du G5 Sahel », a asséné le président mardi.

Des promesses guerrières et une cérémonie qui n’ont pas plu à l’opposition, qui aurait préféré voir le Tchad célébrer l’indépendance.

« Aujourd’hui, la fête de l’indépendance a été réduite à une simple cérémonie de prise d’arme », a regretté auprès de l’AFP Saleh Kebzabo, chef de fil historique de l’opposition et candidat malheureux à la présidentielle face à Idriss Déby.

« L’accession à l’indépendance ne sera plus racontée aux enfants et aux petits-enfants de ce pays, parce que l’élévation à la dignité du maréchal va éclipser cet événement primordial de l’accession du Tchad à la souveraineté internationale », a pour sa part déploré le politologue tchadien Evariste Ngarlem Tolde.