LA FRANCE OUVERTE A « UNE REFORME AMBITIEUSE » DU FRANC CFA

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La France est ouverte à une « réforme ambitieuse » du franc CFA et attend des quinze pays qui partagent cette devise attachée à l’euro qu’ils « décident ce qu’ils souhaitent », à un moment où l’Afrique de l’Ouest envisage de créer sa propre monnaie unique. « Nous sommes ouverts, avec le président de la République, à une réforme ambitieuse de la zone franc », a affirmé le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, lors d’une conférence de presse à Paris, au terme d’une réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des pays de la zone franc.

« Nous sommes disponibles et nous sommes prêts », a-t-il assuré, rappelant les propos du président Emmanuel Macron en juillet dernier, lorsqu’il avait souhaité aborder le sujet délicat de l’avenir du franc CFA « de manière apaisée » et « sans tabou ».

Le Maire, qui a dit entendre « les attentes des Etats et des peuples » sur la réforme du franc CFA, en vigueur dans quinze pays africains répartis en trois zones, a toutefois souligné qu’il revenait « aux Etats membres de décider ce qu’ils souhaitent. C’est à eux et à eux seuls ».

Mais avant de lancer cette réforme, le ministre a toutefois tenu à rappeler les bienfaits de cette monnaie pour les économies africaines devant les ministres et gouverneurs qui se trouvaient à ses côtés sur l’estrade. « La zone franc est un espace de stabilité et de prospérité », a-t-il assuré.

« Elle permet à tous les Etats membres de travailler ensemble, d’être solidaires, de faire converger davantage les économies », a-t-il déclaré. « Etre ensemble, ça protège! C’est vrai pour les Etats de la zone franc et c’est vrai pour les Etats de la zone euro », a-t-il souligné.

Le Maire a aussi qualifié d’acquis « fondamental » la stabilité des taux de change pour la zone franc « à un moment où l’on voit resurgir le risque d’une guerre des monnaies et des changes », rappelant aussi qu’il n’y avait pas d’inflation dans les pays membres.

Le ministre béninois des Finances, Romuald Wadagni, a été le seul représentant africain à prendre la parole lors de la conférence de presse au nom des pays de la zone Umoa (Union monétaire ouest-africaine), qui comprend le Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et le Togo.

« Nous travaillons la main dans la main avec la France », a-t-il affirmé, tout en rappelant que les pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) – dont le Ghana – se sont mis d’accord pour l’adoption à l’horizon 2020 d’une monnaie unique – l’eco – qui sonnerait le glas du franc CFA dans cette région. « Nous avons pris l’initiative de travailler sur la monnaie Cédéao et donc dans ce calendrier de monnaie unique Cédéao, nous attendons une approche graduelle des pays de l’UEMOA », a-t-il affirmé.

A l’heure actuelle, huit pays de la Cédéao utilisent le franc CFA, tandis que les sept autres manient autant de devises qui ne sont pas convertibles entre elles.

La création de « l’eco » fait face à plusieurs difficultés: rares sont les pays qui respectent trois critères clés à savoir moins de 3% du Produit intérieur brut de déficit, moins de 10% d’inflation et une dette inférieure à 70% du PIB.

En outre, les disparités entre les économies de la Cédéao restent immenses, la plupart des pays étant par exemple bien moins puissants que le Nigeria, gros exportateur de pétrole, qui pèse à lui seul 2/3 du PIB de la zone.

Etabli en 1945, une quinzaine d’année avant l’indépendance des colonies françaises, la valeur du franc CFA est aujourd’hui indexée sur l’euro (1 euro = 655,96 francs CFA) ce qui maintient les économies africaines dans la dépendance de la politique monétaire européenne, une situation régulièrement taxée de « néo-colonialisme ». Outre la zone UMOA, six pays d’Afrique centrale (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad) sont regroupés dans la zone CEmac. Les Comores sont le 15e pays du franc CFA.

Les Etats africains doivent par ailleurs déposer 50% de leurs réserves en France. En contrepartie, leur convertibilité illimitée avec l’euro leur donne une crédibilité internationale.