GUINÉE ÉQUATORIALE: ANNONCE L' »AMNISTIE TOTALE », L’OPPOSITION ATTEND DES ACTES

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L’opposition en Guinée équatoriale a accueilli jeudi avec prudence l’annonce d’une « amnistie totale » pour les prisonniers politiques et opposants par le président Teodoro Obiang Nguema, attendant maintenant des actes.

Gabriel Nse Obiang, chef de Citoyens pour l’innovation (CI), principal parti d’opposition à Malabo, a déclaré à l’AFP qu’il attendait d’ici à « demain ou samedi la libération » des prisonniers politiques annoncée la veille par le président Nguema.

Affirmant qu’il accordait « beaucoup de valeur » au décret présidentiel, il a encouragé le chef de l’Etat à poursuivre « dans cette voie » de l’ouverture, mais a souhaité que l’amnistie soit « vraie » et non « un piège ».

Il attend donc que son parti, dissous en février, soit « automatiquement restauré ». « Dans ce cas, nous sommes prêts à aller au dialogue » national prévu mi-juillet, a-t-il ajouté.

M. Nse Obiang a appelé les opposants de la diaspora à rentrer « pour que nous tous dialoguions » avec le régime de Malabo.

Dans un décret lu mercredi à la télévision, le président Obiang, 76 ans, qui dirige sans partage son pays depuis 1979, a accordé « l’amnistie totale à tous les citoyens condamnés par les tribunaux (…) pour des délits politiques dans l’exercice de leur activité, purgeant ou non leur peine ».

Cette amnistie s’étend à toute personne « privée de liberté ou empêchée d’exercer son droit politique dans le pays ».

Si elle est appliquée rapidement, cette mesure spectaculaire devrait se traduire par la libération de 21 militants de CI, condamnés en février à plus de 30 ans de prison, notamment pour « sédition ».

Ce parti, légalisé en 2014 à l’issue d’un précédent dialogue national, a été dissous quatre ans plus tard, en même temps qu’étaient condamnés ses partisans à la suite d’incidents à Aconibé (sud-est).

L’objectif affiché de l’amnistie est, selon le président Obiang Nguema, de « permettre une large participation de tous les acteurs politiques » à un dialogue national prévu du 16 au 21 juillet.

Il s’engage à garantir « liberté » et « sécurité » à tous les participants à ce dialogue, auquel ont été conviés et seront présents, pour la première fois, la société civile, l’Eglise et la communauté internationale.

– Retour de Severo Moto ? –

L’amnistie était l’une des principales conditions posées par l’opposition de l’intérieur et de la diaspora pour prendre part à ce dialogue national, le sixième sous la présidence Obiang.

De la sincérité et de la crédibilité de l’annonce du président Obiang dépendra aussi la réponse que lui apportera Severo Moto Nsa, 74 ans, chef d’un gouvernement en exil réfugié en Espagne depuis près de 40 ans.

Il a été condamné par contumace à Malabo à plus de 160 ans de prison pour participation présumée à des tentatives de coups d’Etat en 1997 et 2004.

Un retour à Malabo de celui qui, en 2004, avait accusé Obiang d’être un « satrape sanguinaire, cannibale et voleur » qui dévore les testicules et le cerveau de ses opposants, serait historique.

Selon un diplomate européen d’Afrique centrale, le dialogue lancé par le président Obiang est « un jeu de dupes, tout le monde le sait ». « Pour un vrai dialogue (…), il faudrait des élections vraiment libres », affirme ce diplomate.

Le Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE, au pouvoir) a remporté 99 des 100 sièges au Parlement lors des dernières législatives, en novembre. CI n’a eu qu’un seul député élu, en prison depuis décembre, sans charge contre lui.

CI dénonce régulièrement les exactions et « tortures » dont sont victimes ses militants emprisonnés.

En février, l’Union européenne s’était inquiétée de la « forte détérioration de la situation des droits de l’homme » en Guinée équatoriale, petit pays pétrolier d’Afrique centrale, également connu pour les frasques de son vice-président, Teodorin Nguema Obiang, fils du président.

Il est accusé d’avoir pillé les caisses de l’Etat et d’avoir acheté avec des voitures de luxe et des propriétés somptueuses dans les endroits les plus chers du monde, y compris à Paris.

Teodorin Obiang, 49 ans, a été condamné par la justice française en octobre 2017 à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d’euros d’amende, également avec sursis, dans cette affaire dite des « biens mal acquis ».

Il semble prendre de plus en plus de poids dans son pays au point d’apparaître comme le probable successeur de son père: il a récemment signé une note stipulant que toute autorisation de voyage à l’étranger des fonctionnaires devait passer par ses services.

Afp