GAMBIE: 8 MILITAIRES CONDAMNÉS POUR COMPLOT CONTRE LE PRÉSIDENT BARROW

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Sept militaires gambiens ont été condamnés lundi par une cour martiale à neuf ans de prison et un autre à trois ans pour faits de trahison et mutinerie contre le président Adama Barrow, quelques mois après le départ forcé de Yahya Jammeh.

Par ailleurs, deux généraux de l’ex-président qui l’avaient suivi en exil avant de rentrer en Gambie en janvier 2018, accusés de désertion, ont été acquittés.

Yahya Jammeh a dirigé pendant 22 ans d’une main de fer ce petit pays d’Afrique de l’Ouest jusqu’à son départ pour la Guinée équatoriale le 21 janvier 2017 sous la pression d’une force régionale majoritairement composée de troupes du Sénégal voisin.

Sur 12 militaires détenus et inculpés depuis 2017, la Cour martiale de Yundum, à 25 km de Banjul, en a acquitté quatre et reconnu coupables les huit autres la semaine dernière, avant de prononcer les peines lundi.

Le président de la cour martiale, le colonel Salifu Bojang, a lu les noms des sept condamnés à neuf ans de prison et de leur camarade condamné à trois ans, tous étant « radiés avec indignité des forces armées ».

Les condamnés et leurs proches ont réagi au verdict par des cris et des pleurs, a rapporté un correspondant de l’AFP.

Le colonel Bojang a indiqué que les condamnés avaient comploté l’arrestation de ministres et de responsables de l’armée et créé un groupe WhatsApp pour planifier des attaques contre la force de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) dans la région d’origine de Yahya Jammeh.

En revanche, les généraux Ansumana Tamba, ancien commandant de la garde présidentielle, et Umpa Mendy, ex-responsable de la protection rapprochée de Yahya Jammeh, ont été acquittés, lors d’un autre procès en cour martiale.

Cette décision doit encore être confirmée par le chef d’état-major, en vertu de la règlementation militaire.

Les deux généraux avaient été arrêté chacun à son domicile, après avoir pu quitter l’aéroport sans être inquiétés. Le président Barrow avait qualifié peu après cet incident de « sonnette d’alarme », affirmant qu’il avait abouti à la suspension de responsables des services d’immigration.

La sécurité du pays est toujours assurée par la force de la Cédéao, dont le mandat a été prolongé à plusieurs reprises.

Yahya Jammeh a réagi la semaine dernière dans un enregistrement sur WhatsApp à un incident au cours duquel un habitant de son village de Kanilai a été blessé le 19 mai par un soldat gambien, en promettant de « régler le problème », sans autre précision.

En mars, une commission présidée par un juriste, Surahata Semega Janneh, a remis un rapport de 1.600 pages accusant Yahya Jammeh d’avoir détourné quelque 360 millions de dollars en 22 ans de pouvoir.

Mais une enquête publiée le même mois par le consortium de journalistes Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) estimait ce montant à près d’un milliard de dollars.

Par ailleurs, la Commission vérité et réconciliation (TRRC), qui enquête sur les crimes présumés du régime Jammeh doit entamer le 10 juin sa 5e session d’auditions.

Parvenu au pouvoir par un putsch sans effusion de sang en 1994, Yahya Jammeh s’était fait largement élire et réélire sans interruption jusqu’à sa défaite en décembre 2016 face à l’opposant Adama Barrow.

Après six semaines d’une crise à rebondissements provoquée par son refus de céder le pouvoir, il a finalement dû quitter le pays à la suite de l’intervention militaire de la Cédéao et d’une ultime médiation guinéo-mauritanienne.

Afp