Côte d’Ivoire : l’opposition exige la reprise totale du processus électoral et appelle à la désobéissance civile

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L’opposition politique ivoirienne semble décidée à faire bloc contre la tenue du scrutin présidentiel du 31 octobre, exigeant la reprise du processus électoral, ainsi que la dissolution de plusieurs institutions. Tout en se préparant à des mouvements de désobéissance civile.

A l’issue d’une rencontre commune organisée le dimanche 20 septembre à Abidjan, l’opposition ivoirienne a appelé à la reprise totale du processus électoral avant toute tenue du scrutin présidentiel dans le pays. Laissant planer, dans le même temps, le spectre de la désobéissance civile au cas où cet appel ne serait pas entendu par le pouvoir en place.

Dans une déclaration commune, plusieurs partis, plateformes et mouvements politiques dont le PDCI d’Henri Konan Bédié (photo), l’EDS soutenant la candidature de Laurent Gbagbo, GPS de Guillaume Soro et LIDER de Mamadou Koulibaly, ont exigé le retrait de la candidature d’Alassane Ouattara, la dissolution du Conseil constitutionnel, la dissolution de l’actuelle Commission électorale et l’audit international de la liste électorale avant la tenue de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire.

L’opposition politique ivoirienne a également exigé la libération de tous les prisonniers politiques, civils et militaires encore détenus dans le pays. Ainsi que « le retour sécurisé de tous les exilés sur la terre de leurs ancêtres, avec à leur tête le Président Laurent Gbagbo, le Premier ministre Guillaume Soro, le ministre Charles Blé Goudé et le maire Noël Akossi Bendjo ».

Ce front commun de l’opposition ivoirienne contre la tenue du scrutin du 31 octobre 2020, intervient après la décision du Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire invalidant une quarantaine de candidatures à la présidentielle, dont celles de plusieurs poids lourds de l’opposition ivoirienne.

Depuis Paris, Guillaume Soro, dont la candidature à l’élection a été rejetée, avait appelé le 17 septembre à l’unité d’action de toute l’opposition ivoirienne pour empêcher la tenue du scrutin présidentiel dans les conditions actuelles.

L’ancien président de l’Assemblée nationale est intervenu après une décision de la Cour africaine de droits de l’homme et des peuples (CADHP) en date du 15 septembre, qui ordonne à l’Etat de Côte d’Ivoire de « prendre toutes les mesures nécessaires en vue de lever immédiatement tous les obstacles empêchant Guillaume Soro de jouir de ses droits d’élire et d’être élu, notamment lors de l’élection présidentielle d’octobre 2020 ».

Avant cela, le 15 juillet 2020, la CADHP avait également fait injonction aux autorités ivoiriennes de réformer la Commission électorale.

L’opposition ivoirienne, qui semble fermement décidée à « faire bloc » contre le pouvoir en place, a ainsi demandé « au peuple de Côte d’Ivoire de demeurer en ordre de bataille, se mobiliser pour des manifestations légitimes sur toute l’étendue du territoire, conformément à la Constitution, pour la restauration de la démocratie et de l’Etat de droit, en vue des élections justes, régulières, transparentes et inclusives ».

« Face à la forfaiture, un seul mot d’ordre irréversible, la désobéissance civile dans l’unité́ d’action et dans la bonne programmation », a déclaré l’ancien président Henri Konan Bédié.

Prenant par ailleurs « à témoin la communauté internationale », l’opposition ivoirienne a signalé « la présence de mercenaires sur le territoire national », et alerté sur « les risques de conflits intercommunautaires et de guerre civile que le pouvoir RHDP unifié [parti au pouvoir, Ndlr] et Alassane Dramane Ouattara font courir à la Côte d’Ivoire ».

Pour sa part, le pouvoir en place semble déterminé à maintenir coûte que coûte l’élection présidentielle à la date indiquée. Dans un communiqué publié ce lundi 21 septembre, en réponse à la dernière déclaration de l’Union européenne sur la situation politique en Côte d’Ivoire, le gouvernement ivoirien estime que « les graves et intolérables agissements de la CADHP » portent « atteinte à sa souveraineté ».

Assurant prendre toutes les dispositions pour « garantir la tenue » du scrutin du 31 octobre, le pouvoir ivoirien a invité « l’ensemble des partenaires extérieurs à œuvrer résolument » en faveur du « respect du calendrier électoral ».

Borgia Kobri