Cameroun: le Dg Benoît Galichet plombe la compétitivité de Cimencam

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A peine installé dans ses fonctions, Benoît Galichet a plutôt entrepris de saborder le travail de son prédécesseur en prétextant engager l’entreprise dans une révolution qui restaurera très vite son leadership perdu sur le marché du ciment. En réalité, il a plutôt démontré ses limites managériales en optant pour le renchérissement du prix de la matière auprès du fournisseur de clinker Lafargeholcim qui l’employa précédemment avant de rejoindre la Cimencam en lieu et place de Pierre Damnon dont le mandat était arrivé à terme.

Si on avait placé de réels espoirs en ce nouveau directeur général littéralement moulé dans la cimenterie, on fut rapidement déçu quand bien même il s’engageait à son installation de révolutionner Cimencam en y apportant des changements notables.

Et ces changements, on ne tarda pas à s’en faire une idée précise quand contre toute attente il revint à l’ancien prix d’acquisition du clinker que son prédécesseur avait réussi à stabiliser d’accord parties à 50 dollars la tonne, alors que celui-ci fluctuait en fonction du marché au point d’atteindre des pics de plus de soixante dollars.

Malheureusement c’est pour ce prix plafond qu’opta le nouveau directeur général en faisant bien évidemment fi des négociations de son prédécesseur qu’il entendait effacer à tous les prix. « or, celui-ci s’employa en son temps à remettre un minimum d’ordre et de transparence sur le marché du ciment, alors caractérisé par une spéculation à large échelle, entretenue par un circuit de distribution déstructuré et des opportunistes et aventuriers de tous bords, en obtenant du ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a rendu public ce jour, un arrêté bloquant le prix du ciment Cpj 35 de Cimencam à son prix à savoir que le sac de ciment Cpj 35 de 50 kg est respectivement de 4.600 et 4960 Fcfa pour les villes de Douala et Yaoundé. Un communiqué publié après que le gouvernement ait rejeté la décision d’augmentation unilatérale du prix du ciment par Cimencam, estimant que le pouvoir d’achat des Camerounais aujourd’hui ne leur permet pas de supporter une hausse de prix.

Cette décision rejetée, le prix du ciment n’avait pour autant pas baissé dans les différents points de vente publique, où les Camerounais se ruaient sur du ciment importé émanant notamment de Turquie et de Roumanie et ne garantissant pas toujours les normes requises.

Supplantée par la concurrence

Fort de ce qui précède et suite à la libéralisation dudit secteur, il s’en suivit une véritable ruée de nouveaux opérateurs qui très tôt prirent la pleine mesure du marché en proposant notamment une baisse substantielle du prix marchand pour étendre l’accessibilité du ciment et favoriser ainsi le développement de l’habitat décent au Cameroun à en juger par la proposition pour ce faire de Dangote Cement Cameroon. Mais fort heureusement le gouvernement n’adhéra pas à celle-ci en entérinant l’alignement du prix des nouveaux arrivants à celui de Cimencam sans que pour autant celle-ci parvienne à maintenir son leadership sur le marché desservie qu’elle était désormais par un coût de production peu compétitif eu égard aux pertes d’opportunités financières inhérentes à son prix d’acquisition du clinker renchéri de plus de 10 dollars la tonne pour une consommation annuelle moyenne de 800 000 tonnes soit près de 8 millions de dollars en sus par rapport à la concurrence directe qui venaient ainsi plomber la compétitivité des produits de Cimencam qui entreprit alors de diversifier sa gamme en commettant de nouveaux produits à l’instar de Sublim’ et depuis peu de Hydro.

Mais le mal était fait, surtout que les consommateurs semblent rétifs quant à l’adoption desdits produits nouveaux plutôt perçus comme superflus comme matériau de construction. En fait, ceux-ci sont assimilés comme un luxe superflu, aussi longtemps que le ciment traditionnel remplit parfaitement leurs attentes.

Et c’est dans ce contexte qu’arrive benoît Galichet qui sans maîtriser ces subtilités du marché se lance plutôt dans l’extension de la production avec l’inauguration dans la foulée d’une nouvelle unité à Nomayos assortie de la modernisation de celle de Figuil en augmentant dans la foulée les besoins en clinker qu’il acquiert auprès de son ex-patron, un peu comme s’il continuait d’y tenir un rôle de commercial rémunéré à la commission, à moins pour lui de bénéficier de rétro-commissions.

Choix stratégique inopérant

Fort de ce qui précède, on comprend aisément que Cimencam s’enlise depuis dans la dégradation de ses parts de marché, même si elle continue de bénéficier de la préférence des pouvoirs publics engagés dans de vastes chantiers de génie civil pour lesquels ils recommandent exclusivement ses produits.

Mais en dehors de ces chantiers, on retrouve plutôt sur les autres les produits Cimaf et Dangote et dans une moindre mesure Medcem. Comme quoi, obnubilée par un long monopole, elle n’a pas su s’arrimer à la nouvelle donne et doit désormais agir comme un challenger en multipliant des artifices dans le genre promotions sur les quantités et communication commerciale agressive pour essayer de survivre à la rude concurrence sectorielle. Plus grave, le climat social n’est pas des plus sereins à l’usine de Cimencam à Figuil, dans la région du nord du pays. Selon des sources internes à cette unité de production, le malaise qui couve au sein de cette usine est consécutif à la nomination, à titre intérimaire, du Marocain Mounir Khaled au poste de directeur d’usine, en remplacement du Camerounais Marc Sinclair Mamiah.

Or, celui-ci est arrivé il y a quelque temps à la direction générale de l’entreprise à Douala, en qualité de consultant. La notification de sa nomination, survenue le 18 septembre 2019, provoque des grincements de dents qui transparaissent dans une correspondance signée le 12 novembre 2019 par le délégué régional du travail et de la sécurité

sociale pour la région du Nord, Medje Abbo qui lui intima ce qui suit : « Afin de me permettre d’avoir une situation exacte sur le climat social au sein de votre structure, ainsi que les conditions de travail des employés exerçant dans les carrières, j’ai l’honneur de vous informer qu’une équipe d’inspection du travail conduite par le chef de la brigade régionale d’inspection effectuera une descente dans votre structure le jeudi 21 novembre 2019 à 10h précises».

Du coup, son arrivée est considérée par des cadres camerounais comme preuve de la marginalisation de l’expertise locale. De plus, la coïncidence entre le changement de directeur à l’usine de Figuil et l’arrivée à Casablanca d’un nouveau directeur général de la maison-mère Lafarge-Holcim-Maroc Afrique (LHMA) n’est pas pour atténuer les inquiétudes des cadres locaux.

Gestion approximative des ressources humaines

Pour ces derniers, le remplacement d’Emmanuel Rigaux par Xavier Saint-Martin Tillet pourrait aboutir à une «marocanisation» du management de Cimencam, au détriment de l’expertise camerounaise qui a contribué, pendant plusieurs décennies, à positionner Cimencam parmi les leaders de la production du ciment en Afrique subsaharienne. Plus grave, l’impatience des personnels se fait également jour sur l’effectivité des investissements annoncés par LHMA à l’usine de Figuil.

En effet, le 2 avril 2019, au cours de la cérémonie d’inauguration de la nouvelle usine de Cimencam de Nomayos, dans la banlieue de la capitale camerounaise, Emmanuel Riguaux, alors directeur général de LHMA, avait annoncé des investissements en vue de l’augmentation des capacités de production de l’usine de Figuil de 25%.

Plus précis sur ce projet, Benoît Galichet, le directeur général de Cimencam, avait indiqué que, à la faveur de ces investissements, la production de l’usine de Figuil progresserait de manière à atteindre entre 140 et 150 000 tonnes au cours de l’année 2019, et 190 000 tonnes en 2020. Depuis lors, ces promesses tardent à se concrétiser.

Richard De Thirre