CAMEROUN: DES AVOCATS PRIVÉS D’ACCÈS AUX SÉPARATISTES EXTRADÉS DU NIGERIA

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Des avocats camerounais essayent en vain depuis lundi de « rencontrer les sécessionnistes » anglophones emprisonnés à Yaoundé après avoir été extradés du Nigeria en début de semaine, a appris l’AFP jeudi auprès de l’un d’eux.

Me Claude Assira a expliqué s’être rendu à deux reprises, en compagnie de deux autres avocats, au Secrétariat d’Etat à la Défense (SED), le siège de la gendarmerie à Yaoundé, où 47 séparatistes de l’ouest anglophone, dont leur leader et « président » autoproclamé, Sisiku Ayuk Tabe, sont supposés détenus depuis leur extradition au Cameroun lundi.

« Nous nous sommes hélas trouvés confrontés à un obstacle du fait du manque de coopération des hommes en tenue (gendarmes) sur place (qui ont affirmé) avoir besoin d’une autorisation du Commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de Yaoundé », a-t-il précisé à la presse.

« Le Commissaire du gouvernement s’est lui aussi révélé inaccessible », a-t-il poursuivi.

Parmi les trois avocats figure Félix Agbor Nkongho, un des leaders de la contestation anglophone depuis plus d’un an, emprisonné mi-2017 et libéré en septembre par un décret présidentiel.

« Les démarches entreprises se poursuivront dans les formes et délais de droit juste pour permettre aux mis en cause de bénéficier des garanties prévues par les lois de la République », a assuré Me. Assira.

Le « président » du mouvement séparatiste anglophone, Sisiku Ayuk Tabe, détenu au Nigeria depuis le 5 janvier, a été extradé lundi au Cameroun avec 46 de ses partisans, considérés comme des « terroristes » par Yaoundé, selon Issa Tchiroma Bakary, porte-parole du gouvernement camerounais.

« Ils risquent la torture et des procès partiaux devant des cours militaires camerounaises », avait affirmé mardi à l’AFP Ilaria Allegrozzi, chercheuse à l’ONG Amnesty International.

Avant l’extradition de ces séparatistes, 125 personnes étaient déjà détenues à Yaoundé dans le cadre de la crise anglophone, selon Me Agbor Nkongho, demandant aux autorités de dialoguer avec les sécessionnistes, une option que n’envisage pas le gouvernement, d’après M. Tchiroma.

« Nous devrions leur parler! Ce pays devrait parler à chaque citoyen », a écrit Agbor Nkongho sur les réseaux sociaux.

Le Cameroun se prépare à des élections – dont la présidentielle – fin 2018. Selon les observateurs, la profonde crise socio-politique que Yaoundé traverse dans ses régions anglophones pourrait perturber ces scrutins.

                                                                            Afp