BURUNDI: DES MILICIENS PROCHES DU POUVOIR TUENT ET TORTURENT

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Des membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir au Burundi, ont brutalement tué, torturé ou tabassé des dizaines de personnes dans tout le pays ces derniers mois, a dénoncé jeudi Human Rights Watch (HRW).

Les Imbonerakure, que l’ONU qualifie de miliciens, jouissent d’une impunité quasi-totale, le gouvernement rechignant à les sanctionner, accuse dans un rapport l’organisation de défense des droits de l’homme.

Les Imbonerakure ont déjà été accusés par le passé de se livrer à de telles exactions. Mais ils « sont devenus de plus en plus puissants dans certaines provinces ces derniers mois », assure HRW, qui souligne aussi leur proximité avec le redouté Service national de renseignement (SNR).

Ces trois derniers mois, des Imbonerakure (« ceux qui voient loin » en kirundi, la langue nationale), ont notamment battu à mort un garçon de 15 ans, éborgné au moins deux personnes, dont une qu’ils ont ensuite piétinée à mort, et en ont attaqué d’autres avec des couteaux ou des matraques.

« Les Burundais vivent dans la peur de la prochaine attaque. Ils ont peur de parler, de dénoncer les tueries, les tortures et les autres sévices », déplore Ida Sawyer, directrice pour l’Afrique centrale à HRW.

« Les tueurs et les tortionnaires qui commettent des violences aussi librement et les responsables burundais qui les soutiennent doivent savoir qu’il y aura des conséquences pour ces actions », ajoute-t-elle.

Le Burundi est plongé dans une grave crise depuis l’annonce en avril 2015 de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat controversé et son élection en juillet de la même année.

Le gouvernement burundais s’est employé à museler toute voix critique, rappelle HRW, et les violences ont fait plus de 500 morts et poussé plus de 300.000 personnes à quitter le pays.

HRW a depuis octobre 2016 mené des entretiens avec plus de 20 victimes, avec des défenseurs des droits de l’homme, et avec d’autres témoins des violences commises par les Imbonerakure.

Selon ces personnes, certains Imbonerakure sont plus puissants que la police, qui ferme les yeux sur leurs exactions.

Les miliciens ont établi des barrages dans plusieurs provinces du pays, où ils arrêtent des passants, les extorquent et parfois les battent, selon la même source.

Les victimes sont parfois accusées de soutenir l’opposition. Parfois, elles n’ont aucune idée de la raison pour laquelle elles ont été visées.

Les Imbonerakure imposent parfois des couvre-feux, indiquent les témoignages recueillis par HRW. Le 19 novembre, 10 jeunes hommes qui rentraient chez eux après avoir regardé un match de football à Gihanga (nord-ouest) ont été tabassés par des miliciens, sans raison apparente.

L’un d’entre eux, un élève de 15 ans nommé Faustin Niyonsaba, n’en a pas réchappé et est décédé le lendemain à l’hôpital.

Après l’incident, la police a arrêté au moins neuf hommes, dont un dirigeant local des Imbonerakure. Il a ensuite été relâché sans avoir été inculpé, rapporte HRW.

Un autre témoin raconte avoir été appréhendé et emmené dans un poste de police par des Imbonerakure le 29 octobre, dans une zone rurale du nord du Burundi.

« Ils nous ont battus partout et un Imbonerakure (…) a pris un poignard et a percé l’oeil d’un homme en lui disant: +La prochaine fois, tu verras loin+. Un responsable local et un Imbonerakure l’ont ensuite frappé dans le ventre jusqu’à ce qu’il meure », décrit-il.

Les autorités ont répondu aux accusations d’HRW. Les Imbonerakure mènent leurs activités politiques « calmement et sereinement » et n’arrêtent personne, a affirmé Nancy-Ninette Mutoni, la secrétaire exécutive en charge de la communication pour le parti au pouvoir (CNDD-FDD).

                                                                               Afp