Best tennis competitions of the year

0
284

kanteCédric Kanté, 35 ans, est défenseur de l’AC Ajaccio (Ligue 2) et a aussi porté les maillots de Nice et de Sochaux. Avec le Mali, il a disputé deux Coupes d’’Afrique des nations, en 2008 et en 2012. Né en France, formé au Racing club de Strasbourg, il est le premier joueur d’origine africaine en activité à prendre la parole dans un entretien pour réagir aux propos polémiques de l’entraîneur de Bordeaux sur « le joueur typique africain ». 

Aucun joueur d’’origine africaine n’’a pris la parole pour réagir aux propos de Willy Sagnol. Pourquoi un tel silence ?

Cédric Kanté : Je vais parler des joueurs d’’Afrique de l’’Ouest et des Maliens, que je connais. On est assez « fatalistes ». Mon compatriote Cheick Diabaté [attaquant des Girondins de Bordeaux] a dû taper sur l’’épaule de son entraîneur le lendemain et lui dire « c’’est rien », sans l’’enfoncer. Il y a déjà assez de pression sur les joueurs africains. Ils ont envie de passer à autre chose. Leurs familles vivent en Afrique. Il y a plus grave que les propos de Sagnol.

Le joueur africain n’’a pas la prétention de changer les mentalités françaises. On sait ce qu’’on a apporté au football et au sport français en général. Que fait-on contre les idées reçues, les stéréotypes, les cases dans lesquelles on veut nous enfermer ? Ces propos interpellent, car ils ne viennent pas de n’’importe qui. Ce n’’était pas une conversation enregistrée en cachette comme lors de l’’affaire des quotas [révélée par Mediapart en 2011]. C’’était une discussion assumée, en public. On ne sait pas comment cette affaire se terminera. Mais on peut opposer à ces stéréotypes l’’histoire récente de l’’équipe de France. Cette nouvelle affaire peut peut-être provoquer le début d’’une réflexion sur les clichés qui entourent les joueurs africains.

Comment avez-vous réagi ?

Je pense que Willy Sagnol s’’est exprimé d’’une manière plus que maladroite. C’’est dommageable au regard du joueur qu’’il a été et de ce qu’’il représente. Il est l’’une des figures du football français. Ses propos sont blessants par rapport à tout ce qui se rapporte sur les joueurs africains, les « blacks » en général et les binationaux nés en France. On veut croire que le football et le sport professionnel en général est le seul secteur où il n’’y a pas d’’étiquette, que c’est un vecteur d’’ascension sociale, de réussite, d’’intégration, d’’égalité. C’’est dommage. J’’ai regardé et écouté les commentaires qui ont suivi les déclarations de Sagnol. Ce sont des débats qui n’’ont pas leur place dans le football. Cela m’’a rappelé l’’affaire des quotas, il y a trois ans.

Ces deux polémiques sont-elles comparables ?

L’’affaire des quotas évoquait des jeunes joueurs issus de l’’immigration. On pensait pourtant qu’’il n’’y avait pas de discrimination dans le football professionnel et qu’’il y avait une égalité des chances effective. Les déclarations de Willy Sagnol et les commentaires qu’elles ont générés sont un très mauvais message envoyé aux jeunes joueurs qui viennent d’’Afrique.

Willy Sagnol a été un grand professionnel, avec une grande carrière. Je ne remets pas en cause ses qualités d’’entraîneur, je ne suis pas là pour l’’accabler. Ses mots ont peut-être dépassé sa pensée mais, en étant cynique, on sait que c’’est ce que beaucoup de dirigeants du football français pensent des joueurs africains. Si ces mots ont dépassé sa pensée, alors il aurait mieux fait de se taire. Mais il n’’est pas le seul à tenir ce type de discours en privé.

Avez-vous souffert de ces clichés durant votre carrière ?

De par mon parcours et ma double origine, j’’ai pu échapper à ce genre de raccourcis ou de descriptions. J’’ai été international malien durant plus de douze ans. J’’ai été confronté à la réalité de l’’Afrique et aux joueurs africains qui jouent en Europe. Je ne vais pas répondre à leur place, mais à partir du moment où cette pensée a été exposée en public, les mentalités sont là. On avait peut-être espéré aveuglement échapper à ça ou être préservé des stéréotypes……

Avez-vous eu des échanges avec des coéquipiers ou d’’anciens partenaires d’’origine africaine ?

J’’ai échangé avec de jeunes coéquipiers qui ont vu la vidéo avec les paroles malencontreuses de Sagnol. Ils n’’ont pas compris. Je ne dirais pas qu’’ils étaient dégoûtés, mais ils ont compris qu’’il avait été trop loin. Ce discours ne me plaît pas, il est nauséabond. Moi, par mon expérience, je n’’ai pas été blessé personnellement. Mais si j’’avais été un joueur africain, né en Afrique, c’’est quelque chose qui m’’aurait blessé. J’’ai ressenti plutôt de la déception. Le sport est un moyen d’exister pour beaucoup d’’Africains. Et là, on se réfère à des qualités « primitives ». C’’est un retour en arrière.

 Realisée Réné dupré-le Monde-

.