COP 30 au Brézil : Le continent africain est-il mal parti ? :

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La conférence des Nations Unies sur le climat (COP30) qui se tenait depuis le 6 novembre 2025, à Belém au Brésil a pris fin ce samedi. Plusieurs délégations africaines prenaient part à ce rendez-vous des changements climatiques. Malheureusement, on a remarqué l’absence de concertation entre les ambassadeurs de l’Afrique, alors que leurs défis restent communs et tournent autour des énergies renouvelables, l’agriculture climato-intelligente, la restauration des écosystèmes, et la création d’emplois verts.

Des Chefs d’états, des chefs de gouvernements, des ministres, des banquiers, des négociateurs, des scientifiques, des acteurs de la société civile… plus de 50 000 participants, représentants de 191 pays dans le monde, se réunissaient à Belém, au Brésil, du 6 au 22 novembre, pour discuter des mesures prioritaires à prendre pour lutter contre le changement climatique. L’Afrique y était fortement représentée et au plus haut niveau. Mais pour quoi faire ? Au total, 55 décisions ont été adoptées : 20 par la COP-30, 27 par la CMA-7 et 8 par la CMP-20. Il a été regroupé les 15 décisions les plus importantes du point de vue politique et des enjeux associés dans le cadre du paquet politique de Belém.

Un développement positif pour le climat

De nombreux pays africains sont amputé tous les ans de 2% à 5% de leur produit intérieur brut (PIB) par des catastrophes climatiques. Pourtant le continent noir n’est pas historiquement responsable du réchauffement climatique, au contraire, il subit plutôt de plein fouet les effets du changement climatique. Les Etats africains étaient en rang dispersé au Brésil, jouant pour la plupart, la carte de victimes. La déclaration des dirigeants africains sur le climat de Nairobi en faveur d’un régime mondial de taxation du carbone, présentée à l’occasion, n’a pas été suffisamment défendue collectivement par les délégations. Notamment en ce qui concerne la mise en place d’une taxe carbone sur le commerce des combustibles fossiles, le transport maritime et l’aviation, ainsi qu’une taxe mondiale sur les transactions financières (TTF) afin de fournir un financement dédié, abordable et accessible pour des investissements à grande échelle favorables au climat.

Même l’appel lancé en faveur d’une réévaluation du concept de produit intérieur brut par une valorisation appropriée du capital naturel et des services écosystémiques en Afrique n’a été soutenu que mollement.

De l’avis de la grande majorité des spécialistes, les demandes de l’Afrique à la COP 30 devaient s’appuyer sur sa vision d’un développement positif pour le climat.

RENFORCER L’ARCHITECTURE FINANCIERE

On s’attendait à ce que les africains œuvrent à ce que la conférence mettre en avant et donne la priorité à l’adaptation et à la mise en œuvre rapide de tous les engagements préalablement convenus, y compris la mise en service complète du Fonds pour les pertes et dommages et la finalisation d’un objectif mondial en matière d’adaptation d’ici 2026.

L’ONU pense que la résilience doit être considérée comme un atout fiscal et un investissement productif dans la croissance en Afrique. La qualité et la quantité des financements destinés à l’adaptation doivent être considérablement améliorées en fonction des besoins mesurables et des impacts négatifs du changement climatique sur le continent. En intégrant les avantages économiques à long terme de la résilience dans les fondamentaux macroéconomiques, le monde peut non seulement réduire les pressions fiscales auxquelles de nombreux pays africains sont confrontés, mais aussi libérer les capitaux, tant publics que privés, nécessaires à la construction d’économies durables et inclusives. Etant donné que selon l’ONU, l’architecture financière mondiale doit être réformée afin de s’aligner sur les objectifs climatiques mondiaux, de réduire le coût du capital, de faciliter la mobilisation des capitaux nécessaires au développement et à l’action climatique en attirant et en réduisant les risques liés aux capitaux privés, et de renforcer la résilience face aux chocs climatiques, notamment sur les pays d’Afrique. Surtout qu’il est observé que l’argent qui devait utilement financer l’enseignement ou la santé et faire croître l’économie des états, est réorienté plutôt vers la gestion des dégâts climatiques.

Pour une transition juste et équitable

A Belém on s’attendait à ce que les pays africains viennent dénonce collectivement cette injustice et réclamer une transition juste et équitable, que le monde franchisse le pas des paroles vers les actes. Selon le rapport du PSA, les pertes et dommages des états africains s’élèveraient à environ 290 à 440 milliards de dollars, entre 2020 et 2030, or le continent n’a reçu que 14,8 milliards en 2023, pour ses besoins d’adaptation pourtant estimés à 70 milliards de dollars par an.

Plusieurs initiatives isolées étaient déployées à Belém, pour motiver la mobilisation des délégations africaines. Il y a eu cette « Journée de l’Afrique à la COP 30 », qui a eu lieu le mardi 11 novembre 2025, au Pavillon Afrique, zone bleue du salon de la COP, à l’initiative de la Commission de l’Union africaine, de la Banque africaine de développement, de l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD) et de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA). Un événement pour célébrer la Journée de l’Afrique à la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 30). Cette rencontre placée sous le thème : « L’Afrique à l’avant-garde de l’action climatique : un financement durable pour une croissance verte résiliente et inclusive », n’a enregistré qu’une participation timide des chefs de délégations des états africains.

Déjà que seulement 13 pays africains ont soumis une nouvelle CDN (Contribution Nationales Déterminées), le Maroc se distingue par son leadership et l’ambition de sa Contribution déterminée au niveau national 3.0, engageant une transformation profonde de son économie. Objectif : une réduction de 53% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035. A côté du Maroc, sur ce tableau, il y’a la Mauritanie, la Guinée, le Nigeria, l’Éthiopie, l’Angola, la Zambie, le Zimbabwe, la Mozambique, l’Afrique du Sud, la Somalie, le Kenya et le Liberia.

A tout point de vue, Belém, pittoresque ville brésilienne de 1,5 million d’habitants, a tenu son pari. La COP 30 a été un grand succès organisationnel. La prochaine COP se tiendra à Antalya (Turquie), du 9 au 20 novembre 2026. Ankara la présidera, mais c’est Canberra (Australie) qui dirigera les négociations.

François ABY DONFACK

Envoyé spécial à Belém (Brésil)