La Conférence des parties, acte 30, s’est tenue au Brésil du 10 au 21 novembre 2025, dans la ville de Belém. Que faut-il retenir de cette réunion internationale snobée par les ‘’grands pollueurs’’ ? Pas grand-chose véritablement.
Belém, ville de l’estuaire des fleuves Tocantins et Pará, est située dans le Nord du Brésil. Capitale de l’État du Pará, c’est un port industriel situé à une centaine de kilomètres de l’océan Atlantique. La ville est située sur la rive droite du rio Guamá qui, tout en faisant partie du système hydrographique de l’Amazone, est séparé de la plus grande partie du delta de l’Amazone par l’île de Marajó. Fondée en 1616, Belém est alors la première colonie européenne sur l’Amazone. Elle n’est intégrée à la nation brésilienne qu’en 1715. La ville compte actuellement environ 1,4 million d’habitants, et est aussi connue comme la « Cité des Manguiers » (Cidade das Mangueiras en portugais).
La légende raconte que Belém est le nom en portugais de Bethléem, ville de Cisjordanie où est né Jésus de Nazareth. Les Brésiliens se réfèrent souvent à la ville par le nom de Belém do Pará (Belém du Pará) plutôt que seulement Belém. Une manière pour eux de différencier d’une part Belém de Bethléem et d’autre part de différencier Belém situé dans l’État du Pará des autres villes du pays portant le nom de Belém. En 2009, Belém a accueilli le Forum social mondial.
Une personne sur trois vit dans une grande vulnérabilité à cause de ces changements climatiques
C’est donc cette ville, rompue dans l’organisation des événements internationaux de grande envergure, qui a été pendant une dizaine de jours la ‘’capitale’’ du Brésil, en accueillant la conférence sur les changements climatiques, dénommée COP 30. Un petit rappel en arrière nous indique qu’à la COP 29 tenue l’année dernière à Bakou en Azerbaïdjan, les pays avaient conclu un accord de financement à long terme très faible, et extrêmement vague quant au niveau de financement public sous forme de subventions pour la lutte contre le changement climatique.
C’est la raison pour laquelle Mohamed Adow, le directeur de Power Shift Africa estimait à la fin de la première semaine des travaux à Belém que « si nous avions obtenu un engagement ferme en matière de financement public sous forme de subventions à Bakou, l’adoption de l’Objectif mondial d’adaptation à Belém aurait été simple. ». En ce qui le concerne, « l’absence de définition claire des fonds publics l’an dernier explique pourquoi les pays en développement sont si déterminés à formaliser l’article 9.1 de l’Accord de Paris, qui stipule que les pays riches sont responsables du financement de la lutte contre le changement climatique.
Le besoin de financement public pour l’adaptation est immense, compte tenu de l’endettement considérable des pays en développement. C’est pourquoi l’article 9.1 est devenu un cri de ralliement pour les pays du Sud ».
Les pays du Sud ont-ils pour autant été entendus au Brésil ? Pas vraiment ! Pourtant, le président de la COP 30, André Corrêa do Lago, avait dressé un constat sans appel dans sa dernière lettre aux membres ; en exhortant la communauté internationale à faire de cette COP le « début d’un nouveau cycle d’action ». Surtout en transformant la conférence en « laboratoire de solutions » plutôt qu’en simple « forum de débats ».
Son plaidoyer était le suivant : « Ou nous choisissons de changer ensemble, ou nous serons contraints de le faire par la tragédie ». Il positionne ainsi la COP 30 comme la « COP de la vérité », un moment potentiel de réconciliation de « l’humanité avec la planète et entre générations », où assumer la « responsabilité collective » devient un « privilège » pour toutes les générations.
Tout aussi engagé dans l’action climatique que son prédécesseur, le pape Léon XIV, n’avait ménagé aucun effort pour sensibiliser les participants à trouver un accord juste. « Une personne sur trois vit dans une grande vulnérabilité à cause de ces changements climatiques. Pour eux, le changement climatique n’est pas une menace lointaine, et les ignorer, c’est nier notre humanité commune.» ; avait déclaré le successeur de François quelques jours avant le début du sommet de Belém.
Finalement, le communiqué du sommet indique que « les 29 décisions approuvées par consensus comprennent des accords sur des sujets tels que la transition juste, le financement de l’adaptation, le commerce, l’égalité des sexes et les technologies, réaffirmant l’engagement collectif en faveur d’une action accélérée et d’un régime climatique plus proche des réalités quotidiennes ».
Au grand dam des pays africains ayant fait entendre leurs voix à cette conférence, notamment le Kenya, le Nigeria, le Djibouti et le Soudan du Sud. A ceux-ci se sont ajoutés d’autres pays comme le Burundi, la Guinée et le Zimbabwe également présents avec de jeunes leaders climatiques. La participation des pays africains à la COP 30 s’est concentrée sur la nécessité d’accélérer la transition énergétique, de mobiliser des financements pour l’adaptation au changement climatique et de défendre la souveraineté des pays face aux initiatives internationales.
Le Kenya a présenté des projets d’énergie propre, soulignant la demande des pays africains pour plus de financement pour leur transition vers les énergies renouvelables. Le Djibouti, le Nigeria et le Soudan du Sud ont rejoint une coalition visant à taxer les vols long-courriers et les jets privés pour financer l’adaptation au changement climatique.
Un engagement à tripler le financement de l’adaptation d’ici à 2035
Les pays africains ont exprimé des frustrations quant à la façon dont les initiatives internationales sont gérées, souhaitant une plus grande souveraineté dans la gestion de leurs ressources naturelles, en particulier les forêts. Ils ont mis l’accent sur le besoin de financement adéquat pour s’adapter au changement climatique et accélérer la transition vers des énergies propres.
En somme le bilan africain de la COP 30 est marqué par un appel à la justice climatique et à un financement accru et équitable, tout en présentant des solutions africaines concrètes. Le continent a mis en avant son rôle de premier plan dans l’action climatique grâce à son potentiel d’énergies renouvelables et sa richesse naturelle comme le bassin du Congo.
Les principaux objectifs étaient d’obtenir un financement climatique plus substantiel pour l’adaptation, d’intégrer les besoins africains dans les mécanismes de financement mondiaux et de traduire le plaidoyer en actions tangibles. Parmi les décisions approuvées et qui contenteront certainement les Africains, figure un « engagement à tripler le financement de l’adaptation d’ici à 2035, soulignant la nécessité pour les pays développés d’accroître significativement le financement climatique destiné aux pays en développement ».
Avant de quitter le Brésil, le président André Corrêa do Lago a exhorté les participants à l’optimisme. « L’esprit que nous avons insufflé ici ne s’éteint pas avec la clôture de la conférence ; il se poursuit dans chaque réunion gouvernementale, chaque conseil d’administration et chaque syndicat, chaque salle de classe, chaque laboratoire, chaque communauté forestière, chaque grande ville et chaque village côtier ; a-t-il indiqué. En langage diplomatique, cela signifie que chacun doit se débrouiller pour résoudre ses problèmes, jusqu’à la prochaine COP où les discours sans réel impact vont encore davantage se multiplier alors que la planète va de plus en plus mal.
Serge HENGOUP














