L’ombre de la crise des prix plane sur la conférence de la Fondation mondiale du cacao

0
5

Le rendez-vous annuel de l’industrie mondiale du cacao est assombri par la chute des prix mondiaux du cacao. Une situation qui a plongé les principaux fournisseurs dans la crise.

A Amsterdam, l’heure n’est pas à la fête. Dans la ville qui accueille du 17 au 18 février la Réunion de partenariat de la World Cocoa Foundation (WCFPM), l’atmosphère est plutôt morose. La conférence avait pour ambition de faire avancer les problématiques liées à l’or brun. Le thème de l’évènement : « Sécuriser l’avenir du cacao dans un monde en mutation ».

Contexte sur le terrain

Au total, plus de 500 délégués se sont réunis dans la capitale néerlandaise pour cet événement annuel qui rassemble des représentants des multinationales et des négociants comme Mondelez, Hershey ou Nestlé.

Mais en coulisses, les regards restent tournés vers l’Afrique de l’Ouest. Et pour cause, ni les responsables de haut niveau de la Côte d’Ivoire, ni ceux du Ghana ne sont présents. De quoi limiter la portée symbolique de ce sommet.

Il faut dire que dans les deux principaux pays producteurs, le temps est à l’urgence. Après une chute d’environ 70 % des prix mondiaux du cacao depuis leur pic de fin 2024, les deux pays voisins ont été plongés dans une conjoncture difficile.

« Nous sommes confrontés à une volatilité sans précédent des prix du cacao », a reconnu Chris Vincent, président de la World Cocoa Foundation, dans son discours d’ouverture.

Sur le terrain, cette situation a conduit à l’accumulation des sacs de fèves dans les ports ivoiriens et ghanéens. Les acheteurs en crise de liquidité étant désormais peu enclins à verser les prix au producteur fixés pour la campagne 2025/2026 avec la chute des prix sur le marché.

Même crise, différentes approches

Face à la crise, chaque pays a choisi une approche selon son propre contexte. Au Ghana, le couperet est tombé le 12 février dernier avec l’annonce par les autorités de la réduction de 28,6 % des prix à 41 392 cédis (3 764 $) pour le reste de la saison 2025/2026.

« La situation actuelle est principalement due à la réticence des acheteurs à acquérir le cacao ghanéen, devenu non compétitif et très coûteux », avait déclaré Cassiel Ato Forson, ministre des Finances.

Le but de cette démarche, relancer l’intérêt des négociants pour évacuer d’abord les 50 000 tonnes de cacao en stock dans les débouchés portuaires selon le Conseil ghanéen du cacao (Cocobod).

En Côte d’Ivoire, le gouvernement a lancé en janvier un programme d’achat de 123 000 tonnes de cacao stockées depuis plusieurs semaines pour un coût global estimé à 280 milliards FCFA (506 millions $).

Jusqu’ici, le régulateur de la filière en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, a maintenu le prix du cacao à 2 800 FCFA le kilogramme, fixé au lancement de la campagne 2025/2026 en octobre dernier, contre 1 800 FCFA un an plus tôt.

Un niveau jugé élevé par les acheteurs qui font valoir qu’outre ce tarif, ils doivent payer le différentiel d’origine qui est une prime associée à la qualité du produit, et le différentiel de revenu décent de 400 $ par tonne instauré depuis 2020/2021 pour améliorer les conditions des producteurs.

En attendant l’issue des négociations, les prix mondiaux du cacao à New York ont atteint, la semaine dernière, leur niveau le plus bas depuis plus de deux ans, en raison de l’abondance des stocks invendus dans le bassin cacaoyer, de la baisse de la demande mondiale et des perspectives de surplus pour la saison 2025/2026.

Dans les rangs des observateurs, on estime que la dégradation de la qualité des fèves en stock sera un défi dans les prochaines semaines et que la non-coordination des actions entre les deux pays pourrait encore alimenter la contrebande en raison de la différence de prix, de part et d’autre des frontières.

 Espoir Olodo/écofin