Oui à la nationalisation du secteur de l’électricité au Cameroun !!!

0
587

electriciteLe fonds d’investissement Actis négocie avec le gouvernement en vue d’obtenir une prorogation de 10 ans de son contrat de concession du service public de l’électricité au Cameroun. Rappelons que c’est sous le nom commercial d’Eneo Cameroun qu’Actis exploite ce contrat de concession.

Cette concession, ACTIS l’a obtenue en juin 2014 en rachetant 56% des parts appartenant au précédent concessionnaire, AES-Sonel. Il s’agissait en réalité des parts détenues par AES Sirocco dans AES-Sonel. L’Etat du Cameroun détient donc 44% des parts d’Eneo. La concession avait été acquise en 2001 pour une vingtaine d’années. Actis a racheté le contrat 7 ans avant son expiration et souhaite maintenant obtenir une prorogation de dix ans, soit jusqu’à l’année 2031.

DES NEGOCIATIONS OPAQUES

Comme d’habitude, les discussions entre le gouvernement et les représentants d’Actis se déroulent dans une opacité totale. Le gouvernement agit comme s’il s’agissait de transactions purement privées entre deux individus, alors que cela concerne tous les camerounais. Le devoir du Gouvernement est d’informer la population sur le contenu de ces négociations car il s’agit d’une question publique. Les informations disponibles jusqu’ici sont le résultat de révélations faites par la presse, aucune communication officielle n’étant faite sur le sujet. Nous voulons rappeler qu’informer le public n’est pas une faveur accordée à la population, mais une obligation du gouvernement envers la population.

C’EST LE PEUPLE CAMEROUNAIS QUI SUPPORTE LES INVESTISSEMENTS

Pour le peu que nous savons, promet d’investir 900 milliards FCFA d’ici 2031…à condition bien sûr que la prorogation de 10 ans soit accordée. Selon une information relayée par la presse, Actis souligne que ses prêteurs « ont indiqué la nécessité d’avoir une durée de la concession qui couvre la durée du remboursement ». Sommes-nous naïfs au point de donner crédit à de si vides promesses ?

Les 900 milliards d’investissements promis par Actis seraient financés pour 700 milliards sur les fonds propres et les recettes d’exploitation (c’est-à-dire sur les factures que nous payons), tandis que 200 milliards devraient provenir d’un emprunt à long terme. C’est pour ces 200 milliards que les prêteurs souhaiteraient selon Actis « une durée de la concession qui couvre la durée du remboursement ». Il va sans dire qu’un tel emprunt sera garanti par l’Etat et que son remboursement sera financé par un prélèvement de taxes sur le travail des camerounais. En dernière analyse, le Cameroun ne gagnerait rien à accorder une faveur à Actis puisque tous le poids de l’investissement repose en réalité sur la sueur des Camerounais.

Et pour cause, en cinq ans l’Etat du Cameroun a investi plus de 1700 milliards de francs Cfa dans le domaine de l’énergie, un montant rappelons-le qui est supporté par le porte-monnaie des camerounais. Dans la même période combien Actis a-t-il investi ?

LA DEMARCHE SPECULATIVE D’ACTIS

La requête d’Actis s’inscrit dans la démarche traditionnelle des fonds d’investissements qui consiste à faire grimper la valeur des leurs actifs pour les revendre sur le marché en empochant des bénéfices. Les fonds d’investissements réalisent des profits par le biais d’opérations d’entrées et sorties du capital de sociétés. Ils entrent dans le capital en achetant des actions, cherchent à faire augmenter la valeur des actions, puis en sortent en revendant leurs parts à un prix supérieur au prix d’achat pour réaliser des bénéfices. Actis n’est pas une exception en la matière. Créé en 2004, Actis totalise en 12 ans pas moins de 200 entrées pour plus de 130 sorties de capital de diverses sociétés opérant en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

La prorogation de la concession donnera à Actis la possibilité de brandir un titre pour spéculer sur les marchés financiers. Une telle démarche purement financière n’a strictement rien à voir avec une quelconque volonté d’améliorer l’accès de la population à l’électricité, elle est motivée par une volonté d’exploiter et d’extraire un maximum de profit sur le dos de millions de camerounais. Les promesses de centaines de milliards d’investissements de la part d’Actis sont une promesse vide, un mensonge pur et simple.

DES MILLIONS DE CAMEROUNAIS VIVENT ENCORE SANS ECLECTRICITE

A travers le pays ce sont des millions de camerounais qui vivent encore sans électricité. Au déficit d’électrification s’ajoute la piètre qualité du service dans les zones électrifiées. Les coupures sauvages sont innombrables, et pénalisent à la fois le quotidien des ménages et l’activité économique, où les pertes se chiffrent en milliards. Le mois de février et mars de l’année 2016 ont été parmi les pires en la matière. Le site investiraucameroun.com rapportait que le 12 mars, la mise hors service du poste de transformation d’Oyomabang avait privé la capitale Yaoundé de 70 mégawatts d’énergie.

POUR LA NATIONALISATION DU SECTEUR DE L’ELETRICITE

Alors que la crise énergétique atteint des niveaux catastrophiques pour l’ensemble du pays, la politique du gouvernement consiste à s’aligner systématiquement non pas sur les besoins réels de la population, mais sur les intérêts financiers des fonds d’investissements avides de profits.

Les décisions liées à la politique énergétique entraînent des conséquences importantes et potentiellement désastreuses sur la vie quotidienne et l’avenir de la population. Ces décisions sont pourtant prises dans le dos de la population, dans le dos des millions de gens qui produisent la richesse du pays.

ENERGIES CITOYENNES se prononce contre la prorogation du contrat de concession et pour la nationalisation du service de l’électricité. Au lieu d’un contrôle par les fonds d’investissements uniquement motivés par le profit, il faut au contraire procéder à la nationalisation du service de l’électricité et placer la compagnie nationale sous le contrôle démocratique des Camerounais.

© Correspondance : Dibango Moïse, Secrétaire Général D’Energies Citoyennes