LÉGISLATIVES AU GABON BOYCOTTÉES PAR LE RIVAL DU PRÉSIDENT BONGO

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Les Gabonais votaient samedi à des législatives et municipales, boycottées par l’opposant Jean Ping qui se proclame toujours « président élu » deux ans après la victoire du président Ali Bongo Ondimba à la présidentielle, marquée par la violence et la contestation.

Ces législatives et municipales, reportées trois fois, sont les premières élections nationales depuis les violences meurtrières de la présidentielle de 2016, liées à la victoire du président d’Ali Bongo.

Ce dernier, au pouvoir depuis 2009, avait succédé à son père Omar Bongo Ondimba, décédé cette année-là après avoir dirigé le Gabon depuis 1967.

A Libreville, les bureaux de vote ont ouvert à 08H00 locales (07H00 GMT) par un temps maussade, a constaté une journaliste de l’AFP.

L’un des premiers électeurs présents dans un centre de vote de la capitale, Stanislas Bidoubi, un commerçant de 53 ans, a affirmé qu’il allait voter pour un parti d’opposition. « Je veux qu’il y ait l’alternance dans mon pays », dit-il.

Alors que le taux de participation est généralement bas aux élections gabonaises, des files d’attentes se sont rapidement formées dans des bureaux visités par l’AFP, notamment en centre-ville.

Même si « dans tous les votes en Afrique il y a des +trucages+, en tant que citoyenne gabonaise, je préfère aller voter », dit Rainatou Wagne, 52 ans, commerçante. « Je n’ai jamais manqué une élection », affirme-t-elle.

Sur les réseaux sociaux, des Gabonais ont fait part de leur grand scepticisme quant à ces élections auxquelles ils n’entendent pas participer.

« Je n’irai pas voter car le processus électoral est biaisé, les dés sont pipés », écrit ainsi Samy Maghoumbou, enseignant, sur Whatsapp. « On sait déjà qui à gagné d’avance, donc ça ne sert à rien de faire semblant », ajoute-t-il.

Face a une opposition divisée, le Parti démocratique gabonais (PDG) du président Bongo Ondimba, part favori.

Rose-Christiane Ossouka Raponda, maire de Libreville et candidate du PDG, affirme que dans ce parti, « tout a été régénéré, revitalisé, et c’est cet engouement là qui fait que le PDG reste le plus solide, le plus puissant, le plus fort de notre pays ».

Premier parti gabonais, le PDG rassemble plus de 2.000 adhérents et bénéficie de ses connexions dans l’administration et il lui arrive de mobiliser les moyens de l’Etat en sa faveur.

Jean Ping, rival malheureux d’Ali Bongo à la présidentielle de 2016, n’a jamais reconnu sa réélection qualifiée de « frauduleuse » et se proclame toujours « président élu ». Très discret depuis sa défaite, il a décidé de boycotter le vote de samedi.

– Elections « toujours biaisées » –

Mais une majorité d’opposants et leurs partis ont décidé d’y participer. Parmi eux, certains sont membres de partis d’opposition présents au gouvernement, d’autres d’ex-caciques du PDG, passés dans l’opposition.

Des candidats d’opposition ont d’ores et déjà denoncé dès samedi des irrégularités, comme l’absence de listes d’émargement dans des bureaux, l’accès refusé à leurs représentants, « l’achat » de votes.

« Les processus électoraux sont toujours biaisés » au Gabon, selon le politologue gabonais Wilson Andre Ndombet. La fraude « multiple » va de « l’achat des membres des bureaux de vote au bourrage des urnes », plutôt « en faveur du pouvoir ».

Les 680.000 électeurs appelés à voter doivent désigner leurs 143 représentants à l’Assemblée nationale, ainsi que dans les assemblées des villes et provinces.

Ces élections sont organisées par le Centre gabonais des élections (CGE) et observées par une mission de l’Union africaine (UA).

Contrairement à la dernière présidentielle, elles devraient se dérouler sans violence majeure, mais avec un fort taux d’abstention, selon les observateurs.

Les premiers résultats doivent être envoyés dès samedi soir au CGE pour une proclamation définitive dans les prochains jours.

Pour éviter des troubles, le gouvernement a décidé de fermer les frontières pendant le scrutin ainsi que les débits de boisson.

Afp