ECLIPSÉ DU POUVOIR EN NOVEMBRE, MUGABE VOTE SOUS LE FEU DES PROJECTEURS

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Robert Mugabe a monopolisé la vie politique pendant près de quatre décennies au Zimbabwe, jusqu’à sa chute brutale en novembre après un coup de force militaire, mais lundi, lors des premières élections depuis cette humiliation, il a volé la vedette le temps de déposer son bulletin dans l’urne.

Le vieil homme de 94 ans, accompagné de son épouse Grace et de leur fille Bona, est arrivé dans une grosse berline sombre au bureau de vote de l’école primaire de Mhofu à Harare, où une foule mixte de curieux, admirateurs et déçus les ont accueillis.

« Il nous a dirigés pendant trente-sept ans, qu’on le veuille ou non ! Donc c’est un héros! », lance un homme de forte corpulence. « C’est notre icône ! », acquiesce une femme à côté.

Le jeune Mufaro Chiriga, 29 ans, est lui là pour dire adieu au camarade « Bob », qui a « brisé les rêves » des Zimbabwéens.

« On veut voir Robert Mugabe, juste voir l’homme qui nous a dirigés pendant trente-sept ans, celui qui est responsable des promesses non tenues, celui qui a ruiné notre pays. Juste pour voir s’il peut encore trouver le sommeil la nuit », explique-t-il. « C’est vraiment l’occasion de tourner la page ».

Robert Mugabe a laissé un pays à l’économie aux abois, où chômage de masse, hyperinflation, fuite des capitaux, pauvreté généralisée et faillite des services publics sont devenus la norme.

Depuis sa démission forcée, il vit une retraite dorée dans sa luxueuse maison de Blue Roof à Harare, et ses apparitions publiques se font rarissimes.

Mais en l’espace de deux jours, avec une conférence de presse surprise dimanche et son vote lundi, il a su de nouveau s’attirer la lumière des projecteurs.

– Huées et acclamations –

A son arrivée lundi dans le quartier de Highfield où il doit voter, le nonagénaire parvient, dans une cohue indescriptible, à se frayer un passage à pas lents mais sans canne jusque dans une salle de classe aux murs gris pâle.

Sous le crépitement des flashs, l’ancien homme fort du pays, vêtu d’un costume sombre, d’une chemise blanche et d’une cravate rouge, présente sa carte d’électeur aux agents électoraux.

Il tend ensuite sa main gauche. Un agent imbibe son auriculaire d’encre indélébile, preuve qu’il a effectué son devoir de citoyen.

Pendant de très longues minutes, il s’enferme ensuite dans un fragile isoloir en carton, estampillé ZEC, la commission électorale du Zimbabwe. Sa femme, Grace, cheveux mi-longs et robe sombre, fait de même dans l’isoloir installé juste à côté.

A la fenêtre, on se presse pour apercevoir les deux électeurs, anciens maîtres du pays.

Le couple dépose ses bulletins dans les trois urnes en plastique, l’une pour la présidentielle, l’une pour les législatives et la dernière pour un scrutin local.

Le premier bulletin a du mal à passer, et l’ancien homme fort du pays laisse le soin à sa fille Bona de le plier pour l’introduire plus facilement.

« Comment allez-vous ? Pour qui avez-vous voté ? », le pressent les journalistes.

L’ex-président reste muet, mais la veille il a donné son avis, laissant éclater sa colère contre son parti, la Zanu-PF, qui l’a lâché.

« J’espère que le vote de demain (lundi) va faire tomber la forme militaire de gouvernement » actuel, a-t-il lancé dimanche, assis à une table en marbre à Blue Roof.

« Je ne peux pas voter pour ceux qui m’ont mal traité », a-t-il poursuivi, avant de sous-entendre qu’il donnerait sa voix au principal opposant Nelson Chamisa, dont il a toujours combattu la formation, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), et non à son successeur Emmerson Mnangagwa, son ancien bras droit.

Après avoir dirigé d’une main de fer le Zimbabwe depuis l’indépendance en 1980, Robert Mugabe a été poussé le 21 novembre vers la sortie par l’armée et la Zanu-PF, qui ont refusé que sa fantasque et ambitieuse épouse lui succède le moment venu.

Le couple, qui affiche une différence d’âge de 41 ans, continue à faire cause commune depuis. Lundi, il a quitté en voiture le bureau de vote en laissant derrière lui un nuage de poussière parmi la foule où se mêlaient huées et acclamations.

                                                                                                                          Afp