Congo – Tribune libre : 60 ans d’abus de confiance, place au peuple ! (par Vivien Romain MANANGOU)

0
33

Le 28 juillet 1960, réunis au sein de l’Assemblée nationale, les représentants de la République du Congo, se dressèrent unanimement pour ratifier par acclamations les accords de transfert des compétences communes qui nous rendîmes indépendants.

Cette nuit-là, notait André Malraux, « retentit la salve solennelle qui salue l’indépendance des peuples, et qui retentira dans les mémoires de [vos] enfants, comme celles qui saluaient jadis la naissance des rois […]».

Nombreux parmi les pères fondateurs, militants inlassables de l’indépendance, saluèrent ce moment comme celui d’un rendez-vous historique pour le peuple congolais. Oui, « l’histoire de la colonisation s’achevait. Une nouvelle ère nouvelle commençait.

En ce 15 août, qui marque le soixantième anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale, je me permets de m’adresser au peuple Congolais, afin de lui préciser l’idée que je me fais de notre indépendance.

C’est donc le 28 juillet 1960, que nos pères fondateurs ratifièrent par acclamations les accords de transfert des compétences communes qui nous rendîmes indépendants.

Dithyrambique, l’Abbé Fulbert Youlou, premier président de la République du Congo, à l’unisson de son futur Vice-président Jacques Opangault, affirmait que « l’accession de notre pays à la souveraineté et à l’indépendance [devrait nous permettre] de tenir notre rang international au sein d’une communauté rénovée des nations amies et unies entre elles par des conceptions, une civilisation et des intérêts communs ».

Alphonse Massamba-Débat, président de l’Assemblée nationale et futur président de la République, pensait que « l’indépendance effective et vraie, [était] celle que le peuple lui-même acquiert par son travail, par son dévouement, son civisme, son patriotisme, son abnégation devant la cause nationale, bref par son sacrifice ».

C’est aussi en termes de sacrifice que plusieurs années plus tard, le président Marien Ngouabi, imaginera le service au pays, en affirmant que : « lorsque ton pays est sale et manque de paix durable, tu ne peux lui rendre sa propreté et son unité qu’en le lavant avec ton sang ».

Mais si le peuple à plusieurs reprises, dans notre jeune histoire, a montré sa volonté de rester libre et indépendant, il n’en demeure pas moins que cette volonté a toujours été étouffée par une élite plus soucieuse de ses propres intérêts.

Le peuple a cru en lui, lorsque le professeur Pascal Lissouba lui avait promis une « petite Suisse ». Il a accepté de « vivre durement le présent pour mieux vivre dans le futur » comme le lui suggérait, le président Jacques Joachim Yombi Opango.

Cependant, la construction d’un État démocratique, libre, indépendant, prospère, uni et solidaire a été un fiasco. La promesse de la véritable indépendance, n’a pas été tenue, au contraire, nous dirons qu’à la place, le peuple congolais n’a eu droit à rien d’autre que « du sang, de la peine, des larmes et de la sueur ».

En appelant le peuple Congolais à se sauver soi-même, le président de la République Denis Sassou N’Guesso ne croyait pas si bien dire car la situation actuelle de notre pays donne le tournis et ces quelques chiffres l’illustrent parfaitement :

14e dans le classement des pays les plus corrompus au monde selon l’indice de perception de corruption élaboré par l’ONG Transparency International 2019; 

121e au classement des pays les plus sûrs en 2019 (insécurité) ; 

177e au classement des États du monde par accès à l’électricité ; 

180e dans le classement 2017 des États du monde par accès à l’eau potable 

166e dans le classement de l’OMS (organisation mondiale de santé) par pays des meilleurs soins de santé dans le monde ; 

152e dans le classement mondial des États par taux de scolarisation (niveau secondaire). L’Université Marien Ngouabi est absente du classement World University Rankings 2018 qui recense les 1000 meilleures universités au Monde ; 

180e dans le classement Doing Business 2019 des économies les plus performantes en matière de facilitation des affaires dans le monde ;

Avec seulement 9% de personnes connectées, le Congo est dans le bas du tableau des pays connectés en Afrique selon Internet World Stats 2019.

Comme on peut aisément le constater qu’il s’agisse de la corruption, de la sécurité, de la santé, de l’énergie de l’éducation (…) le Congo ne fait que régresser dans les comparaisons mondiales.

Peut-on se satisfaire de cette dégringolade ?

Alors que d’après Molière, dans l’Avare, « soixante ans !…C’est la fleur de l’âge [celle qui vous permet d’] entrer dans la belle saison de l’homme. » Pour le Congo, les 60 ans sont celles du constat de l’échec, de l’abus de confiance d’une élite qui a trahi les espoirs et les espérances du peuple.

Oui, il est hors de question, en 60 ans d’existence, d’incriminer le destin, la malchance ou encore la colonisation : il s’agit au contraire, du résultat des choix de gouvernance cumulés depuis des décennies.

Un personnel politique coupable d’abus de confiance

L’élite politique depuis 60 ans a abusé de la confiance du peuple.

Qui peut prétendre à l’indépendance lorsque la dette extérieure et intérieure du pays annihile toutes nos marges de manœuvres budgétaires ?

Comment se dire indépendant si des partenaires internationaux nous dictent nos objectifs financiers ?

Soixante ans après notre accession à la souveraineté internationale, qu’a reçue le peuple en retour ?

L’école, le bien le plus précieux des pauvres, part aujourd’hui en lambeau ;

La justice, pourtant baromètre de l’égalité républicaine, est prisonnière des appétits politiques de l’élite égoïste ;

La crise de la Covid -19 a révélé de façon éclatante – ce que les Congolais savaient déjà – l’extrême faiblesse de notre système de santé.

Le tribalisme est devenu aujourd’hui une donnée incontournable dans la société congolaise. La classe politique a réussi à faire croire aux Congolais qu’il existait une différence entre les Congolais du nord et ceux du sud. Entre Bakongos, Mbochis et Tékés. Des partis politiques se créent et se forgent sur la seule croyance du fait ethnique, comme s’il suffisait de convaincre les ressortissants de sa région d’origine pour bien gouverner.

Dans cette configuration, le peuple est seul, sans gardien et sans défense. Ceux qui prétendent le défendre et crient partout qu’ils veulent son bien, ont le plus grand mal à convaincre car nombreux d’entre eux ont eu l’occasion d’exercer le pouvoir sans que le quotidien du peuple ne change. Rien de ce qu’ils font ne concourt à redonner l’espoir au peuple.

Deux exemples récents : le FMI entame des négociations avec le Congo, le Gouvernement propose une lettre d’intention, pour signer une facilité élargie au crédit, aucun plan alternatif de la part de l’opposition ; la Covid-19 arrive, le Gouvernement propose un plan de confinement, puis de déconfinement avec de nombreuses incohérences, rien du côté de l’opposition.https:

En réalité, elle a trouvé son talisman « Sassou doit partir ! », que fera-t-elle de mieux si elle arrivait au pouvoir ? Comment fera-t-elle pour améliorer le sort des Congolais ? Personne ne sait. Pour elle, c’est le « ôtes-toi de là que je m’y mette » qui compte.

L’émergence d’une nouvelle aristocratie

Plus dramatique, alors que l’indépendance, la liberté et la prospérité du peuple se révèlent être une douce raillerie, l’on voit apparaitre une nouvelle catégorie de Congolais, dépositaires de tous les pouvoirs : politique, judiciaire, économique, militaire, social, culturel et même religieux.

L’ethnie et la soumission sont les principaux critères pour faire partie de cette nouvelle caste, qui, domine le pouvoir politique depuis des années, apprivoise la justice pour son impunité, contrôle les forces publiques pour sa survie, affame le peuple pour sa gloire et abrutit les Congolais pour sa tranquillité.

Cette caste enjoint au peuple de faire des sacrifices, au nom du patriotisme, mais ne consent pour elle-même aucun effort. L’on se demande bien souvent au nom de quoi, un préfet, un procureur, un journaliste, un militaire, un homme d’affaires ou même un musicien, se croit tout permis au Congo ? La réponse se trouve dans l’appartenance à cette caste, dont la seule devise est l’enrichissement personnel.

Cette nouvelle élite se fiche de l’appartenance partisane, elle est souvent dans la majorité, tantôt dans l’opposition, quelques fois dans la société dite civile. Mais, quel que soit le côté où elle se retrouve, elle reconnaît ses semblables et se protège. Sa cible demeure le peuple, qui doit être tenu loin de la chose publique. Pour elle, la devise de la République est une douce fiction.

La compétence, ce « gros mot », doit être banni. C’est le réseau qui compte. Les concours sont désormais une affaire de copinage. Les recrutements même dans le secteur privé se font dans le strict respect du réseautage. L’accès aux marchés publics, malgré la loi, est conditionné par des retro commissions inavouées.

Cette nouvelle élite rit, alors que le peuple pleure !

Lorsque ce dernier est dans l’obscurité parce que le fournisseur d’électricité ne fait pas son job, les nouveaux aristocrates Congolais achètent des groupes électrogènes pour éclairer leur domicile Lorsque les Congolais réclament de l’eau potable, nos élitistes autoproclamés font construire des forages pour eux et leurs familles. Que les Congolais demandent l’amélioration du réseau routier, nos nouveaux riches achètent des Prados ou autres 4×4 pour ne pas ressentir les méfaits de l’état piteux des routes. Même lorsque les Congolais revendiquent des écoles, nos amis mettent leurs enfants dans les écoles privées huppées de la place ou mieux encore, les envoient loin des foutoirs scolaires congolais.

Ils disent aimer le peuple, se battre pour lui, alors que matin, midi et soir, ils posent des actes contraires aux intérêts de ce dernier. Un seul mot permet de qualifier cette caste : l’hubris, qui désigne en grec ancien, la démesure ! Oui la démesure de voir un peuple vivant avec moins d’un dollar par jour entourés d’élus se pavanant avec des voitures valant plus de 25 millions de FCFA.https:

Pourtant, l’espoir est encore permis !

Devant ce tableau sombre, le peuple se cherche, il cherche des solutions, un nouveau leadership, il observe et prie pour que ceux à qui il a confié sa destinée se tournent enfin vers lui. Non, le Congo n’est pas fini ! Oui, comme Malraux, nous pensons que :  » l’espoir des hommes, c’est leur raison de vivre et de mourir.”

Il nous appartient donc de faire vivre cet espoir et particulièrement à travers notre devise républicaine : « Vivons pour notre devise : Unité – Travail- Progrès ! » ce chant qui fredonne dans la tête de centaines de milliers d’enfants Congolais, doit enfin sortir de l’imaginaire pour devenir une réalité.

D’abord, l’Unité, sans quoi rien ne sera possible. Pourtant, elle est aujourd’hui maintenue que par la force, on entend désormais des voix réclamant la division du pays. À force de faire la politique de l’autruche, le tribalisme est devenu un critère politique fondamental aux yeux de l’élite en cause. On participe aux élections, on nomme des ministres, des préfets et quelques fois des doyens de facultés en tenant compte des appartenances ethniques, sans que cela n’émeuve grand monde. L’élite destructrice a réussi à imposer l’idée d’un particularisme ethnique au détriment de l’universalisme républicain mais sans jamais l’avouer ou le revendiquer.

Et pourtant en adoptant la Charte des libertés et de l’unité nationale, la Conférence nationale avait pris en compte le danger de la déflagration ethnique. Malheureusement, les gouvernements qui se sont succédés n’ont mis en œuvre aucune véritable politique pour endiguer définitivement ce fléau.

Il est temps de s’attaquer au tribalisme pour conforter notre unité. Ce combat doit s’engager dans quatre sens.

1. Sur le plan pédagogique

– il consistera à faire de la citoyenneté un cours obligatoire et fondamental dès l’école primaire. On enseignera à nos enfants la primauté de la nation congolaise sur l’ethnie.

– La conception d’un guide pour sensibiliser et traiter les questions relatives au tribalisme et à l’ethnicisme. Cet outil devra être diffusé au grand public et à tous les agents de l’État et du secteur privé qui ont un rôle à jouer dans la prévention et le signalement de phénomènes tribalistes.

– L’organisation des campagnes publicitaires sur le vivre ensemble et les méfaits du tribalisme.

2. Sur le plan préventif

– Construire des logements sociaux dont la finalité sera d’aboutir au brassage des populations.

– Encourager les mariages mixtes en octroyant une bourse spéciale aux enfants issus desdits mariages.

3. Sur le plan répressif

Bien que la Constitution prohibe toute discrimination fondée sur l’origine ethnique, notre arsenal législatif pénal demeure à ce jour orphelin sur la question. Pourtant, chaque acte discriminatoire constitue une atteinte à notre charte fondamentale, mais aussi à notre devise républicaine qui prône l’unité. Le temps est donc venu de faire en sorte que les actes et propos tribalistes soient réprimés par la loi. L’heure de la pénalisation du tribalisme a sonné.

4. Sur le plan politique

– La création d’un Commissariat général contre le tribalisme et l’ethnicisme.

– L’interdiction de l’usage des dialectes dans les lieux officiels et lors des campagnes électorales Débarrassés du tribalisme, nous aurons beaucoup plus de chances de vaincre le chômage endémique qui nous surplombe pour réaliser enfin la seconde promesse des pères fondateurs : le travail.

Ensuite le Travail, qui émancipe, qui libère, qui enrichit, mais qui demeure malheureusement un luxe au Congo. Chaque année des milliers de jeunes Congolais rejoignent le wagon des sans-emplois, diplômés ou non. La situation de l’emploi préoccupante dans les villes, est désastreuse dans la ruralité.

Tenons-nous-le pour dit, la promesse constitutionnelle de l’État assurant l’accès à l’emploi n’a jamais été tenue. Ceci s’explique notamment par le logiciel des gouvernants et d’une grande partie du peuple qui pensent qu’il revient à l’État de trouver du travail à tout le monde.

Pour vaincre enfin la malédiction du chômage et notamment auprès des jeunes, des décisions devront être prises dans trois directions.

1. Investir massivement dans l’entreprenariat

Entreprendre c’est prendre le risque de se lancer seul comme un grand dans le monde professionnel. Alors que le salariat ne permet pas au pays d’endiguer le chômage de masse, l’entrepreneuriat peut nous aider à procurer du travail à une majorité des jeunes Congolais.

La difficulté réside dans le fait que les jeunes dans notre pays, du fait de leur éducation, fruit des années du communisme, rêvent d’être fonctionnaires ou salariés de grands groupes ou encore d’évoluer dans l’informalité. Cette réalité explique le succès mitigé du centre des formalités des entreprises et même du statut de l’artisan qui pourtant offre des réelles opportunités entrepreneuriales.

Par conséquent, notre pays compte un taux relativement modeste de création d’entreprises, alors qu’on aurait pu imaginer que l’apparition du chômage de masse conduise à une multiplication de la création d’entreprises.

Plus dramatique, lorsque les entreprises sont finalement créées, peu, très peu survivent. Il est donc évident, qu’en dehors des blocages institutionnels, il y a culturellement une méfiance congolaise à l’égard de l’entreprise. Il faut donc mettre en place une politique volontariste en faveur de l’entrepreneuriat, ce qui nécessite une analyse préalable des freins à la réforme.

– La diffusion de l’entrepreneuriat : elle consistera à enseigner l’entreprenariat aux élèves dès le collège. L’objectif étant de renverser la tendance à la « fonctionnarisation » de la société congolaise.

– La promotion de l’entreprise : il s’agira, avec l’appui des chefs d’entreprise et des chambres de commerce, de promouvoir l’image de l’entreprise et son rôle dans le développement d’un État.

– Faire de la formation une cause nationale : il n’y a pas d’entreprise, donc pas de création d’emplois sans formation. Il faudra mettre un accent particulier à destination des jeunes pour renforcer le lien entre eux et l’entreprise. Dans ce sens, on pourrait envisager d’attribuer automatiquement à chaque jeune Congolais qui atteint sa majorité une entreprise sur la forme d’établissements avec un capital d’un million de francs CFA. Dans le même sens, pourquoi ne pas envisager une épreuve optionnelle au baccalauréat portant sur un projet d’entreprise ?

Enfin, c’est par l’entremise de l’apprentissage que devra se réaliser le grand dessein du pays d’entrepreneurs. Pour ce faire, il faudra encourager l’apprentissage à tous les niveaux de la société congolaise et à tous les étages de la vie.

Réconcilier les congolais avec l’entreprise pour leur donner des emplois qualifiés, tel est notre objectif. Mais nous devons aussi veiller à ce que notre arsenal législatif et règlementaire soit adapté.

2. Déréglementer pour libérer les énergies

La réglementation congolaise tend souvent à freiner les énergies, en favorisant l’ultra- bureaucratie. Or, l’emploi ne doit pas s’embarrasser de freins administratifs de tous genres. Il convient donc de passer en revue l’ensemble des blocages qui empêchent la création massive d’emplois. Il nous semble qu’il convient de libéraliser les formations susceptibles de conduire à une création massive d’emploi dans le secteur privé.

– De cette manière, l’on pourrait s’étonner de constater qu’alors que la profession d’avocat est une profession libérale, c’est – à –dire une activité exercée par une personne seule et de manière indépendante, sans contrôle d’une hiérarchie. Que le nombre de places ouvertes pour l’école d’avocats soit fixé par la profession. À titre illustratif, en 2019, moins de 15 places étaient ouvertes, alors que les facultés de droit public et privé forment pas moins de 500 personnes en maîtrise chaque année. Cette limitation corporatiste, véritable hérésie se justifie d’autant moins que le nombre d’avocats au Congo demeure somme toute dérisoire eu égard aux nombres de possibles justiciables. Nous proposons donc de rendre illimité pendant au moins quelques années le nombre de places aux concours d’accès à la profession d’avocat.

– Il en est de même pour les instituts et écoles de l’université Marien Ngouabi. C’est un secret pour personne que notre pays manque dangereusement de médecins non seulement dans les villes, mais de façon outrancière dans les zones rurales. Dès lors, comment ferions-nous pour trouver les médecins qui travailleront dans les 12 hôpitaux généraux en construction ?

Le temps est venu de libéraliser l’INSSA afin d’en faire une faculté de médecine avec notes éliminatoires. Le concours d’entrée dans cet institut a été dévoyé depuis fort longtemps. Cette réforme soulagera les parents congolais qui sont obligés d’envoyer leurs enfants faire médecine dans les pays voisins.

– On peut aussi faire la même observation pour l’ISG qui forme les comptables et autres gestionnaires. Dans la perspective d’une promotion de l’entreprenariat, nous encouragerons les comptables, les secrétaires, les commerciaux à se mettre à leur propre compte. Il faudra donc impérativement, ouvrir largement cette école. Il est en effet impossible aujourd’hui avec près d’une dizaine de lycées commerciaux et tertiaires de disposer d’un seul institut dont les promotions dépassent difficilement 40 étudiants.

3. Inventer une administration qui accompagne l’entreprise

Notre administration n’est pas aujourd’hui au service de l’emploi et de l’entreprise. Au contraire, trop souvent, ceux qui ont l’honneur de servir l’administration se servent eux-mêmes privant ainsi les créateurs d’un allié indispensable pour leur développement.

L’impunité dans l’administration explique que des fonctionnaires interprètent souvent le droit dans le seul souci d’extorquer les entrepreneurs. L’entreprise n’est pas vue au niveau de l’administration comme une source de richesse collective, mais bien comme une source d’enrichissement personnel.

Nous ne réussirons donc pas à réconcilier les congolais avec l’entreprise tant que le service public jouera contre cette dernière.

Des réformes dans les trois directions nous permettront, enfin, de donner du travail à une majorité de Congolais. À partir de là, il sera alors possible de réaliser le progrès, troisième maillon de la promesse républicaine.

Enfin Le progrès !

Ambitieux et bardés de bon sens, les pères fondateurs de notre République nous ont promis le progrès. S’il est assez facile de comprendre ce qu’implique l’unité dans un État culturellement diversifié ; il est tout aussi aisé de se rendre compte de l’importance du travail. En revanche, pas simple de saisir le sens de la notion de progrès.

Le progrès désigne une évolution dans le sens d’une amélioration. De cette manière, elle implique une transformation positive progressive. Il s’agit d’une idée assez moderne qui s’oppose au conservatisme : Oui avouons-le, le progressisme est l’avenir du genre humain.

Ainsi posé, on se rend compte, que l’unité et le travail peuvent être rangés dans la catégorie du progrès : le progrès national dans le premier cas et le progrès social dans le second.

Pour les Congolais, la réalisation du progrès s’entendra d’une amélioration de la qualité de notre système de santé, pour les jeunes sans doute, celle des nouvelles technologies de l’information. Oui, le progrès devra être au rendez-vous à tous les niveaux !

En revanche, dans cette tribune, nous mettons en avant la pensée de Gustave Le Bon, pour qui, « Le véritable progrès démocratique n’est pas d’abaisser l’élite au niveau de la foule, mais d’élever la foule vers l’élite. »

Oui, la transformation de la société congolaise permettra au Congolais quel que soit son niveau social, scolaire ou autre, de se sentir utile et aimé dans son propre pays.

C’est à ce prix que nous réussirons à rétablir la confiance, sans quoi, rien ne sera possible, afin que vive le Congo véritablement indépendant, souverain et démocratique !

Vivien Romain MANANGOUhttps://lesechos-congobrazza.com