Congo: Denis Christel Sassou Nguesso : le destin du prince et la démocratie

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A la différence de son militaire de père, qui dirige le Congo depuis 36 ans, Denis Christel Sassou Nguesso aime briller en public par son élégance et son intellect. Mais, malgré cette différence avec son géniteur, le fils du président de la République congolaise ne se cache presque plus d’aspirer un jour, comme son père, à la magistrature suprême de son pays.

A Brazzaville, le nom de Denis Christel Sassou Nguesso est sur toutes les lèvres. Le 16 mai, le fils du président a été nommé ministre de la Coopération internationale et de la Promotion du partenariat public-privé dans le nouveau gouvernement de son père. Pour beaucoup, cette nomination constitue une étape vers le destin tout tracé pour le fils du président : lui succéder. Lors des deux dernières élections présidentielles organisées au Congo, la presse locale a scruté et attendu tout signe laissant penser que le fils se présenterait.

Finalement il n’en fut rien et pour brouiller encore plus les pistes, Denis Christel Sassou Nguesso n’a cessé de souffler le chaud et le froid dans les médias. Pourtant, habituée à cette danse qui dure maintenant depuis pas mal d’années, la presse congolaise a interprété cette entrée au gouvernement comme un ultime aveu d’une prochaine tentative de se faire élire.

Pourtant, habituée à cette danse qui dure maintenant depuis pas mal d’années, la presse congolaise a interprété cette entrée au gouvernement comme un ultime aveu d’une prochaine tentative de se faire élire.

Et cette fois, les premières réactions du camp opposé à celui du régime en place laissent penser que les médias ne sont plus les seuls à imaginer Denis Christel devenir le prochain Sassou Nguesso à occuper le palais présidentiel.

Un citoyen normal

Pendant des années, Denis Christel Sassou Nguesso a toujours voulu qu’on le considère comme un citoyen normal, qui n’a pas eu besoin de passe-droits pour atteindre ses objectifs. « De toute façon on ne naît pas fils de président, on le devient », déclare-t-il en interview. Effectivement, Denis Christel est né le 14 janvier 1975, l’année où son père est devenu ministre de la Défense. Il fait ses études secondaires à l’école préparatoire des cadets de la Révolution de Brazzaville, devenue l’école militaire préparatoire général Leclerc, jusqu’à la classe de première, avant d’aller passer son baccalauréat en France. Il y débute ses études de droit, dans la ville de Bordeaux. Quelques années plus tard, il obtient une maîtrise de droit privé et se spécialise dans le notariat.

Il débute ses études de droit, dans la ville de Bordeaux. Quelques années plus tard, il obtient une maîtrise de droit privé et se spécialise dans le notariat.

Après avoir été clerc de notaire, il part durant son année de stage pour les Etats-Unis. Il décide alors de se former en trading pétrolier dans l’entreprise parapétrolière Halliburton située dans le Texas. Cette incursion dans le secteur de l’or noir lui vaudra d’ailleurs un de ses surnoms souvent cités dans la presse : « Kiki le pétrolier ».

En 2001, il entre au service de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), en tant que trader affecté au bureau de Londres. Là, grâce aux conseils du président de la compagnie pétrolière nationale, il approfondit sa connaissance des rouages du secteur. En 2005, il rentre au Congo. Il est nommé, dans la foulée, administrateur général de la Cotrade, une filiale de la SNPC spécialisée dans la commercialisation du pétrole, et occupe ce poste jusqu’en 2009. Cette année-là, il est nommé directeur général adjoint en charge de l’aval, englobant le raffinage et la distribution au sein de la SNPC, tout en cumulant avec les fonctions d’administrateur général de la Coraf (Congolaise de raffinage) jusqu’en 2011.

Cette année-là, il est nommé directeur général adjoint en charge de l’aval, englobant le raffinage et la distribution au sein de la SNPC, tout en cumulant avec les fonctions d’administrateur général de la Coraf (Congolaise de raffinage) jusqu’en 2011.

A ce moment, la politique commence à prendre une place de plus en plus importante dans sa vie. Quatre années plus tôt, il avait créé le Pôle des jeunes républicains, une association « à caractère sociopolitique » qui lui donne une certaine visibilité. Mais c’est en 2011, lorsqu’il intègre le Parti congolais du travail dirigé par son père, que débute réellement le parcours politique du fils du président congolais.

Le temps de l’engagement

Dès les premières années de sa présence au sein du parti, certaines personnalités politiques laissent entendre que le fils du président se prépare à prendre sa place. En dehors de l’élection de Denis Christel Sassou Nguesso en tant que député d’Oyo, le village de son père, en 2012, rien ne vient donner du crédit à cette idée.

Effectivement, s’il a des ambitions politiques, le fils du président ne laisse rien transparaître et prend son temps. Peu de temps après son élection au Parlement, il crée la Fondation perspective d’avenir et s’investit dans des projets sociaux. En 2013, sa fondation lance une campagne de vaccinations et de dépistages gratuits du cancer du col de l’utérus, en partenariat avec l’association Solidarité cancer et le ministère de la Santé. Des actions de ce type lui valent une notoriété locale qui l’aide à se faire réélire facilement lors des élections législatives de 2017, avec 99% des voix au premier tour.

En 2013, sa fondation lance une campagne de vaccinations et de dépistages gratuits du cancer du col de l’utérus, en partenariat avec l’association Solidarité cancer et le ministère de la Santé.

Une année auparavant, il avait accompagné la réélection de son père à la magistrature suprême. et finalement, on attribue un peu moins au fils Sassou Nguesso des envies de succéder au président. Ceci jusqu’en 2018 où il publie son livre « Ce que je crois », qui aborde sa vision du Congo de demain. Dans la foulée, il lance son think tank Horizons qui a pour objectif d’être « un laboratoire d’idées pour l’élaboration des politiques publiques orientées vers la transformation et le développement de la société congolaise ». A partir de là, les rumeurs d’une participation au scrutin de 2021 repartent de plus belle dans les médias.

Ceci jusqu’en 2018 où il publie son livre « Ce que je crois », qui aborde sa vision du Congo de demain. Dans la foulée, il lance son think tank Horizons

Cette fois, les déclarations de l’intéressé laissent planer le doute. Lorsqu’on lui demande s’il pense que les Congolais qui ont déjà son père voudront de lui comme président dans le futur, Denis Christel Sassou Nguesso répond sans aucune gêne : « Vous me posez une question à laquelle les Congolais répondront un jour ». D’autres fois, à la question de savoir s’il veut diriger le pays, il répond simplement : « A ce jour, cette assertion est inexacte ».

L’héritier de son père ?

Dans son village, le président de la République est Mwènè, autrement dit un chef coutumier. Son fils Denis Christel Sassou Nguesso a été désigné « mwana ndeya », autrement dit enfant de l’espoir, de la prophétie ou encore celui qui porte l’héritage du père. Pour beaucoup, cette symbolique n’est pas anodine. Petit à petit, les langues se délient au sujet du fils du président. De plus en plus de médias locaux mettent en avant les goûts de luxe et le train de vie de Denis Christel Sassou Nguesso.

Déjà en 2007, l’ONG Global Witness l’accusait d’avoir détourné une partie des recettes de la compagnie pétrolière nationale. Quelques années plus tard, le fils du président congolais sera visé par des enquêtes en France et aux Etats-Unis pour détournements et blanchiments de fonds publics, justement de l’époque où il travaillait notamment à la SNPC.

Quelques années plus tard, le fils du président congolais sera visé par des enquêtes en France et aux Etats-Unis pour détournements et blanchiments de fonds publics, justement de l’époque où il travaillait notamment à la SNPC.

Il est accusé d’avoir utilisé l’argent du contribuable pour acheter des maisons, des vêtements et des voitures de luxe aux Etats-Unis, en France, entre autres. Il sera même cité en 2016 dans les révélations de l’affaire des Panama Papers.

Pour certaines personnalités de l’opposition, plus qu’un chemin vers la présidence, le portefeuille ministériel accordé à Denis Christel Sassou Nguesso est une sorte de parapluie contre les possibles actions en justice.

Pourtant, alors qu’elles ont été lancées depuis des années, les enquêtes et les procédures ne semblent pas avoir perturbé le fils Sassou Nguesso. En attendant de nouveaux dénouements, l’exercice de sa nouvelle fonction donnera, ou pas, des indications sur les futurs plans de Denis Christel Sassou Nguesso. Pour le moment, il souffle toujours le chaud et le froid lorsqu’on lui demande s’il souhaite devenir président. « Jusqu’à preuve du contraire, je n’ai pas dit quelque part que je faisais acte de candidature pour 2021, mais cela ne veut pas dire que dans l’avenir du Congo, je ne serai jamais candidat à une élection présidentielle », a-t-il déclaré il y a quelques mois.

Ecofin