Bolloré recalé pour le terminal à conteneurs à kribi

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L’annonce est passée inaperçue, malgré sa publication le 22 janvier 2014 dans le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune. Vincent BolloreAnalyse faite pourtant, ledit communiqué sonne comme un désaveu cinglant infligé au Groupe Bolloré Africa Logistics, qui avait été pressenti pour les travaux de construction dudit terminal.

 

Tout semblait pourtant indiquer que le Groupe Bolloré Africa Logistics, déjà présent dans ledit secteur, avait les faveurs des pronostics surtout au travers de l’une de ses entreprises, en l’occurrence Douala International Terminal (DIT), concessionnaire du terminal à conteneurs du port de Douala.

 

Bien plus, ledit groupe avait d’ores et déjà été déclaré adjudicataire du marché inhérent au financement et à la réalisation des travaux de construction du terminal polyvalent au port en eau profonde de Kribi par le ministre de l’économie, du plan et de l’aménagement du territoire, Emmanuel Nganou Djoumessi en juin 2013. Annonce qui venait en ait entériné celle faite quelques mois auparavant par le directeur général dudit groupe, Dominique Laffont, au sortir d’une conférence de presse donnée à Yaoundé le 26 février 2013, et selon laquelle la soumission de celui-ci était en bonne voie quant à l’adjudication de la gestion du terminal à conteneurs du port en construction à Kribi.

 

Le gouvernement revenant sur sa décision initiale par la voie la plus autorisée, le premier ministre Philémon Yang en l’occurrence, on pourrait penser que celui-ci ait sur le tard mesuré le risque latent attaché à la situation de quasi monopole qu’allait inéluctablement entraîner une nouvelle concession accordée à ce groupe dans un secteur aussi porteur que la gestion d’un terminal à conteneurs. Surtout qu’en la matière, des voix se seraient élevées pour décrier si ce n’est le lobbying plutôt malveillant de ce groupe, du moins le peu de compétitivité de son offre afférente au terminal à conteneurs du port en eau profonde de Kribi.

 

Rebuffade

Analyse faite, mieux qu’un recul il s’agit d’une véritable rebuffade émanant du gouvernement camerounais qui étale ainsi au grand jour, sa navigation à vue. Sinon, comment comprendre qu’entre le 18 juin 2013, date à laquelle le ministre camerounais de l’économie, du plan et de l’aménagement du territoire (Minépat),Emmanuel Nganou Djoumessi, révéla l’identité du groupe Bolloré comme adjudicataire de fait du marché et le 22 janvier 2014, jour où le premier ministre attribua le même marché à un autre opérateur, il y ait eu un tel revirement de sa part.

 

Serait-ce la résultante de quelque offensive du nouvel adjudicataire Necotrans, dont le Dg fut reçu en avril 2013 par le secrétaire général de la présidence de la République ? Dans tous les cas, on peut valablement mettre cela sur le compte d’une meilleure évaluation des offres, mais aussi et surtout la volonté du gouvernement de libéraliser au mieux ce secteur porteur et réfréner conséquemment les risques latents attachés au monopole de fait de Bolloré Africa Logistics. Raison évoquée fort à propos par des indiscrétions recueillies auprès de sources proches dudit dossier.

 

Selon ces dernières en effet, le revirement de la partie camerounaise tient effectivement de la volonté d’éviter que la gestion des terminaux à conteneurs des deux plus grands ports du pays, échoie au groupe Bolloré Africa Logistics déjà très présent au port de Douala. Dans la foulée, on en vient à croire que son choix initial n’aurait pas obéi aux critères de compétitivité, tant il est vrai que l’offre de Necotrans aura été jugée plus intéressante en dernière analyse.

 Boomerang

Nous y fondant par conséquent, ledit groupe essuie une sorte de boomerang si l’on s’en tient aux antécédents d’avec le nouvel adjudicataire qui n’est autre qu’un de ses plus redoutables concurrents. Du coup, on peut s’imaginer que ce dernier ait retenu les leçons de ses échecs antérieurs face à Bolloré et ait conséquemment entrepris de se déployer davantage sur le terrain du lobbying, non sans réitérer à chaque occasion, son intérêt pour les ports de la République dans lesquels il entend insuffler un «nouveau schéma d’infrastructures portuaires», aussi bien à Douala qu’à Kribi particulièrement.

 

Une approche différenciée en somme qui aura certainement fait mouche au détriment bien entendu du Groupe Bolloré. Et y étant, l’arrivée imminente de Necotrans sur le port en eau profonde de Kribi, revêt des allures de revanche, après cette autre bataille entre les deux mastodontes françaises des opérations maritimes et logistiques. Surtout que la dernière en date qui eut pour arène le terminal à conteneurs du port de Conakry, en Guinée avait obéi au même mode opératoire. En effet, déclaré concessionnaire dudit terminal à conteneurs, Necotrans a vu son contrat résilié au profit du groupe Bolloré, dès l’arrivée au pouvoir du président Alpha Condé. Une issue qui résolut Necotrans à assigner le groupe Bolloré devant le tribunal de commerce de Nanterre, en France, pour «concurrence déloyale et parasitisme».

 

Et quand bien même Necotrans eut gain de cause au regard de la décision de justice obligeant le groupe Bolloré à lui verser deux millions d’euros (environ 1,3 milliard de francs Cfa). En réalité il s’est agi de la compensation des financements mobilisés pour ce faire par Necotrans à travers son partenaire Getma. Depuis lors, on comprend pourquoi Necotrans semblait nourrir une rancœur tenace contre ledit groupe. Rancœur quelque peu altérée le 22 janvier dernier, par le boomerang de fait subi par Bolloré.

 Christine Toguem

 

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