Cameroun : Coalition sociale contre la Hausse du prix de l’électricité

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L’annonce d’une hausse imminente du prix du Kwh alimente david Bille1 david Billedepuis peu des réactions divergentes de la société civile, quand bien même dans son ensemble, elle y voit plutôt des signes avant coureurs d’une nouvelle crise sociale d’envergure, à l’instar de février 2008 qui faillit faire vaciller  le pouvoir.

L’activisme justifié des associations de défense des consommateurs sur la question de la hausse annoncée du prix du Kwh, fait craindre un nouveau bras de fer entre les consommateurs finaux, Aes Sonel et le gouvernement. Car, si pour ce dernier il s’agit de répondre aux coûts induits de production de l’énergie électrique, pour les consommateurs il s’agit davantage d’un savant sauf-conduit pour les étrangler davantage financièrement. Et la tension perceptible de ces deux parties ces derniers jours résulte de ce que les consommateurs sont astreints depuis plus d’une décennie au rationnement de l’énergie électrique, sans qu’à aucun moment Aes Sonel en fasse une préoccupation majeure.

  Des manquements du reste avalisés par le gouvernement à travers l’Agence de Régulation du Secteur de l’électricité (Arsel) qui a littéralement démissionné de ses missions. Ce postulat établi, il devient difficile de comprendre qu’Aes Sonel en soit à suggérer unilatéralement le prix du Kwh, non sans l’assujettir depuis peu à des hausses permanentes. La dernière en date ayant eu lieu en 2012, après celle de 2008. Toutes choses qui ont très certainement fait durcir le ton au Réseau Associatif des Consommateurs d’Electricité (Race) mais aussi engendré l’émergence d’une culture consumériste articulée sur la floraison depuis lors, de nombreuses Ong de défense des consommateurs telle la Ligue Camerounaise des Consommateurs (Lcc).

Ainsi devenues une sorte d’interface entre consommateur et Aes Sonel, ces associations se sont obligées de suivre littéralement au jour le jour, le niveau de satisfaction induite des consommateurs et singulièrement pour les produits dits sensibles, comme l’est inéluctablement l’énergie électrique. A ce propos, si le constat est largement négatif ces deux associations n’ont de cesse d’interpeller Aes Sonel sur la nécessité impérieuse qu’il y a à accroître son offre globale, mais aussi et surtout à améliorer ses prestations à la clientèle. Mais loin de s’y faire, cette entreprise en est plutôt à opérer des hausses de prix indues, sans qu’elle s’oblige à corriger ses tares opérationnelles.

 Il en est ainsi notamment de la persistance des délestages quand bien même quelque programme d’urgence a été établi pour en diluer la portée, mais aussi et surtout du non respect du cahier de charges élaboré d’accord parties avec le gouvernement camerounais, au moment de la signature de la convention de concession entre ces deux parties. Du coup, on comprend mal qu’en dépit de tous ces manquements, c’est encore Aes Sonel qui évoque la nécessité de bonifier les prix à la hausse à concurrence de 7% pour les clients de basse tension et de 8,2% pour les consommateurs non domestiques. Des bonifications qui viendront inéluctablement grever davantage l’étroitesse des revenus moyens des ménages. Une appréhension d’autant plus légitime qu’en dépit des précédentes hausses, ils n’ont guère bénéficié de quelque réajustement de leurs revenus.

 Aberration

Analyse faite, la faillite programmée d’Aes Sonel l’aura été à l’essence, eu égard au peu de maîtrise dudit groupe en matière d’hydroélectricité. A preuve, alors qu’on entendait le voir s’y déployer pour améliorer l’offre globale, il s’en tint plutôt à suggérer des mesures palliatives en développant le recours au thermique. Du coup, il revenait encore au gouvernement de mobiliser des financements auprès des bailleurs de fonds pour la mise en œuvre de nouvelles centrales hydroélectriques, le subventionnement du fuel pour les centrales thermiques et surtout la concession de l’exploitation de notre important potentiel hydroélectrique à titre gracieux. Pourtant, Aes Sonel ne s’offusque guère de faire payer un prix fort aux consommateurs finaux au motif de fallacieux efforts consentis pour l’amélioration de la desserte. Une aberration si l’on tient compte de la dégradation graduelle de l’offre globale, mais aussi des dysfonctionnements participant de l’option de rationnement de l’énergie.

  Ajoutés à cela, les coûts additionnels engendrés par ces deux tares ne sauraient justifier la moindre hausse du prix du Kwh, surtout qu’à aucun moment Aes Sonel n’a indemnisé le moindre client pour les pertes d’opportunités subies de son fait. A preuve, à peine rentré dans ses mises et après avoir réalisé d’important bénéfices le groupe Aes en est à céder unilatéralement ses actions à un fonds d’investissement britannique dénommé Actis. Mais comme la validation de cette cession traîne, il croit tirer le maximum durant la période de latence que lui a imposée le gouvernement, au travers d’un renchérissement du prix du Kwh.

Affrontements latents

Si le terme premier renvoie davantage à une opposition physique, pour le cas d’espèce il s’agit plutôt de diversification des moyens de pression pour invalider les velléités haussières d’Aes Sonel. Et dans ce registre, on pourrait mentionner la grève de la faim depuis une semaine du président de la Lcc, mais aussi et surtout des mises en garde du Race qui rend Aes Sonel responsable de tout mouvement d’humeur d’envergure qui pourrait survenir dans les prochains jours.

 Dans le sillage, l’Arsel est littéralement dos au mur et devra dès lors prendre ses responsabilités. A défaut, il urge de libéraliser le secteur et surtout de promouvoir l’avènement d’autres sources d’énergie que celle gérée par Aes Sonel. Car, quand bien même le contrat de concession lui concède un monopole de fait en matière de fourniture de courant électrique, Aes Sonel ne peut plus assumer ce monopole. Par conséquent, il urge de combler le déficit structurel de l’offre dans lequel il nous aura plongé en raison de l’absence d’investissements probants de sa part. Plus grave, sa défaillance dans la maintenance des équipements de production a conforté cette situation de perpétuels désagréments. Toutes choses que ne sauraient par conséquent garantir la hausse du prix du kilowatt envisagée.

Richard KENMOGNE

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